Qu’est-ce que la maladie de Crohn?

La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique qui peut toucher toute partie du tractus gastro-intestinal, depuis la bouche jusqu’à l’anus, et se produit fréquemment dans l’iléon ou le côlon. Les régions affectées par la maladie peuvent être séparées par des segments d’intestin sains. L’incidence de cancers des intestins n’est pas plus élevée (contrairement à la colite ulcéreuse) chez les personnes souffrant de maladie de Crohn que parmi la population générale.

 

Quels sont les symptômes de la maladie de Crohn?

La maladie de Crohn se caractérise par des douleurs abdominales sévères, de la diarrhée fréquente, des nausées, de la fièvre et la perte de poids. Le diagnostic est posé au moyen d’une endoscopie, d’analyses aux rayons X et de signes cliniques. Parmi les complications qui y sont associées, mentionnons les fistules, les rétrécissements, les occlusions intestinales et les carences vitaminiques ou minérales.

 

Quelle diète est recommandée pour la maladie de Crohn?

Au cours des dernières quelques décennies, le traitement médical de la maladie de Crohn a porté essentiellement sur une thérapie « triple » (acide 5-aminosalicylique [5-ASA], corticostéroïdes et azathioprine) et la nutrition. La résection chirurgicale de l’intestin malade peut aussi être recommandée, mais une récurrence de la maladie n’est pas impossible après une chirurgie. Le but d’une nutrition d’appoint est de donner un repos à l’intestin à son gré (grâce à une nutrition parentérale totale [NPT] ou un régime élémentaire), afin de corriger une malnutrition ou de gérer les symptômes de la maladie de Crohn.

Lorsque les symptômes de la maladie de Crohn sont sévères, un appui à la nutrition est nécessaire pour prévenir toute autre perte musculaire ou protéique et pour le maintien du poids. Il peut également être nécessaire de corriger des carences en micronutriments communes comme celles du calcium, de l’acide folique, du fer, du zinc, de la vitamine D et de la vitamine B121. Dans les situations où il est essentiel de donner un repos à l’intestin ou lorsque l’alimentation entérale est contre-indiquée (c.-à-d., occlusion intestinale, présence de quelques fistules, etc.) la NPT est justifiée. Dans le cas contraire, la nutrition entérale est la méthode de choix; elle joue un rôle primordial dans la gestion de la maladie de Crohn. Certaines études ont démontré que la nutrition entérale peut favoriser la rémission dans la phase aigüe de la maladie de Crohn2, alors que d’autres études réfutent cette hypothèse. Les régimes élémentaires (prédigérés), semi-élémentaires et polymériques ont fait l’objet de comparaisons par méta-analyses, et aucune différence n’a été constatée en ce qui concerne la rémission de la maladie de Crohn; cependant, l’utilisation de corticostéroïdes a effectivement déclenché la rémission3.

Il existe certaines preuves indiquant que les acides gras oméga-3 (p. ex., les huiles de poisson) pourraient contribuer à réduire les rechutes dans le cas de la maladie de Crohn4, 5, alors que les suppléments de glutamine pris régulièrement6 et les régimes d’exclusion7 n’ont démontré que des bienfaits limités. Selon des études préliminaires, les formulations probiotiques qui contiennent des bifidobactéries, des lactobacilles et des streptocoques semblent prometteuses pour prévenir la récurrence de la maladie de Crohn8, 9.

 

Sommaire des recommandations diététiques dans le cas de la maladie de Crohn

  1. Maladie active : On a recours à la NPT et aux diètes entérales ou orales selon la tolérance de chaque personne et la gravité de la maladie. Le remplacement de micronutriments en cas de carence et la correction d’une malnutrition sont essentiels au rétablissement dans le cas de toute maladie chronique, mais certaines études ont démontré que la diète choisie ne déclenchera pas la rémission comparativement au traitement médical. Si une personne souffre de pertes accrues (en raison de la diarrhée), de troubles de malabsorption (en raison de maladie ou de résection iléale causant une carence en vitamine B12) ou d’anémie (faible taux de fer en raison d’ingestion insuffisante, de malabsorption ou de saignement), il se pourrait que le remplacement des micronutriments soit requis à long terme. La NPT ou l’alimentation par sonde à long terme peut aussi être requise pour assurer une ingestion nutritionnelle adéquate dans le cas de certaines personnes atteintes de maladie de Crohn.
  2. Maladie inactive : Les avantages d’un régime d’exclusion sont minimes dans la prévention de la récurrence de la maladie de Crohn, mais certaines personnes pourraient devoir limiter leur consommation de certaines fibres (c.-à-d., en cas de diarrhée fréquente, de rétrécissement de l’intestin), de lactose (en cas d’intolérance au lactose) ou d’autres aliments, selon leur niveau de tolérance à ces aliments. On recommande généralement une diète équilibrée composée de protéines, de lipides et de glucides. En raison de la possibilité de carences en micronutriments, un supplément de multivitamines et de multiminéraux est recommandé pour toutes les personnes atteintes de maladie de Crohn.
  3. On a fait la promotion des acides gras oméga-3 (huiles de poisson) pour le traitement de la maladie inflammatoire de l’intestin (MII) en raison de leurs effets anti-inflammatoires. Dans une étude10 dans le cadre de laquelle on a utilisé des comprimés d’acides gras oméga-3 gastrorésistants de 2,7 grammes, 59 % des patients atteints de maladie de Crohn ont connu une rémission comparativement à 26 % des personnes dans le groupe placebo. Communiquez avec votre médecin avant de commencer à prendre ces produits.
  4. Étant donné que la flore microbienne intestinale peut être importante dans le cas de la MII, l’utilisation de prébiotiques, de probiotiques et d’antibiotiques suscite de plus en plus d’intérêt.Prébiotiques (ingrédients alimentaires non digestibles qui stimulent l’activité bactérienne dans le côlon) : comprennent le psyllium, l’inuline, l’oligofructose, le lactosucrose et les aliments d’orge germé9.

    Probiotiques
    (micro-organismes vivants) : comprennent les lactobacilles, les bifidobactéries, Streptococcus thermophilus et Saccharomyces boulardii. Bien que l’on considère les probiotiques sécuritaires et faciles à tolérer, l’étiquetage et le contrôle de la qualité inadéquats soulèvent des problèmes. Parlez à votre médecin ou à votre diététiste si n’importe lequel de ces produits vous intéresse.

 


Mary Flesher, diététiste clinicienne, Hôpital Richmond
Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 137 – Mai/Juin 2003
1. Goh, J. and O’Morain, C.A. (2003). Review article: Nutrition and adult inflammatory bowel disease. Aliment Pharmacol Ther, 17(3):307-320.
2. Lochs, H. et al (1991). Comparison of enteral nutrition and drug treatment in active Crohn’s disease. Gastroenterology, 101:881-888.
3. Gilandi, D. and Allgaier, H.P. (2002). Diet therapy in chronic inflammatory bowel disease: Results from meta-analysis and randomized controlled trials. Schweiz Rundsch Med Prax, 91(47): 2041-2049.
4. Belluzi, A. et al (1994). Effects of new fish oil derivatives on fatty acid phospholipid-membrane pattern in a group of Crohn’s disease patients. Dig Dis Sci, 39:2589-2594.
5. Belluzi, A. et al (1996). Effect of en enteric-coated fish-oil preparation on relapses in Crohn’s disease. N Engl J Med, 334:1557-1560.
6. Den, H.E. et al (1999). Effect of long-term oral glutamine supplements on small intestinal permeability in patients with Crohn’s disease. JPEN, 23:7-11.
7. Pearson, M. et al (1993). Food intolerance and Crohn’s disease. Gut, 34:783-787.
8. Madsen, K.L (2001). The use of probiotics in gastrointestinal disease. Can J Gastroenterol, 15(12): 817-822.
9. Kanauchi, O. et al (2003). Anti-TNF therapy for Crohn’s disease. Curr Pharm Des, 9(4): 289-294.