Le Dr Hugh Freeman, gastroentérologue à l’Université de la Colombie-Britannique, a rédigé un bon nombre d’articles au cours des dernières années qui relatent ses constatations en ce qui concerne le développement de la maladie inflammatoire de l’intestin (MII) et plus récemment la maladie cœliaque de l’adulte chez les membres de la population immigrante, en particulier chez la communauté indo-canadienne en Colombie-Britannique.

En 20011, le Dr Freeman a rapporté les résultats d’une étude servant à faire avancer les connaissances des formes familiales de la maladie de Crohn. L’étude portait sur une famille indo-canadienne composée de trois enfants atteints de maladie de Crohn; le diagnostic avait été posé alors que les enfants étaient âgés de 15 à 27 ans, soit 6 à 11 ans après leur arrivée au Canada. Par la suite, leur père a été diagnostiqué à l’âge de 76 ans, après presque trois décennies au Canada. La famille avait émigré de l’Ouganda.

Ces résultats appuient ceux de plusieurs autres études récentes qui suggèrent que : « Les facteurs génétiques ou hérités seraient critiques dans la pathogénie de la maladie de Crohn ». Un proposant* chez qui la maladie de Crohn est nouvellement diagnostiquée est au moins dix fois plus susceptible d’avoir une histoire familiale prouvée de maladie de Crohn. Si un membre de la famille souffre de maladie de Crohn, particulièrement un frère ou une soeur, le risque de développer la maladie Crohn a été décrit comme étant jusqu’à trente fois plus élevé. De plus, l’étude indique un degré élevé de concordance chez les trois enfants pour bon nombre des caractéristiques cliniques telles que le site et le type de comportement de la maladie. Les différences observées dans les caractéristiques cliniques et dans la présentation tardive des symptômes chez le père appuient également d’autres études suggérant qu’il y aurait des différences générationnelles dans le temps écoulé avant qu’un diagnostic soit posé chez les générations plus âgées.

Chez la famille en question, la maladie a été diagnostiquée seulement après qu’elle ait résidé au Canada pour une période prolongée, ce qui appuie la position que la maladie de Crohn fait apparition chez les personnes génétiquement prédisposées par suite de l’exposition à un facteur environnemental commun inconnu à ce jour.

Plusieurs études antérieures portant sur des individus indo-canadiens atteints de MII ont été complétées en 19982 et en l’année 20003. Leurs résultats analogues appuient la théorie selon laquelle une prédisposition génétique suivie d’une exposition en Amérique du Nord à un facteur environnemental commun, inconnu à ce jour, joue un rôle dans le développement de la MII. La période d’exposition serait de 8,9 années pour la maladie de Crohn et de 13,5 années pour la colite ulcéreuse.

Suite à une autre étude récente, le Dr Freeman rapporte que la maladie cœliaque, une autre maladie gastro-intestinale considérée comme étant d’ordre génétique qui se présente surtout dans les pays européens et dans les pays auxquels les Européens ont immigré (y compris ceux de l’Amérique du Nord), a maintenant fait apparition dans les populations asiatiques vivant en Amérique du Nord.

*Un proposant est une personne qui sert de point de départ pour l’étude génétique d’une famille.


Claudia Roberts, MBA, CGA
Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 140 – Novembre/Décembre 2003
1. Freeman, Dr. Hugh J. and Hershfield, Dr. Noel B., “Anticipation in an Indo-Canadian family with Crohn’s disease”, Can J Gastroenterol Vol 15 No 10 October 2001
2. Freeman, Dr. Hugh J., “Inflammatory bowel disease with cytoplasmic-staining antineutrophil cytoplasmic antibody and extensive colitis”, Can J Gastroenterol Vol 12 No 4 May/June 1998
3. Freeman, Dr. Hugh J., “Inflammatory bowel diseases in Indo-Canadians with and without antineutrophil cytoplasmic antibodies”, Can J Gastroenterol Vol 14 No 1 January 2000
4. Freeman, Dr. Hugh J., “Biopsy-defined adult celiac disease in Asian Canadians”, Can J Gastroenterol Vol 17 No 7 July 2003