Notre environnement changeant joue peut-être un rôle dans la sensibilité de plus en plus grande aux maladies inflammatoires de l’intestin (MII), selon des preuves provenant des É.-U.

Au cours des années 2000 et 2001, des gastroentérologues pédiatriques au Wisconsin ont volontairement signalé tous les nouveaux cas de MII chez les enfants sous leurs soins. Les données démographiques et cliniques ont été acheminées dans un registre central aux fins d’analyse. Les résultats ont été extrapolés à partir d’une population de base composée de 5,4 millions de personnes, où les enfants de moins de 18 ans comptaient pour 26 % du total.

MII est un terme qui réfère à deux maladies des intestins : la maladie de Crohn (MC) et la colite ulcéreuse (CU). Ces maladies partagent quelques similarités, mais sont en fait très différentes. Dans le cas des deux maladies, il y a inflammation des intestins. La CU touche uniquement le gros intestin et commence toujours à l’anus. La MC peut toucher n’importe quelle partie du tube digestif, depuis la bouche jusqu’à l’anus, et se présente souvent par sections isolées.

Dans le cas de la CU, seule la muqueuse interne devient enflammée, tandis que dans le cas de la MC, l’inflammation peut s’étendre jusqu’au muscle et même jusqu’à la membrane séreuse. Le processus inflammatoire entraîne la dilatation des vaisseaux sanguins et est accompagné d’une augmentation de la température, une exsudation de fluide dans les tissus, une infiltration de cellules inflammatoires et l’ulcération de la muqueuse. Les crampes abdominales, la perte de poids et une diarrhée sanglante sont des symptômes courants.

Tel qu’il a été mentionné dans le numéro d’octobre 2003 du Journal of Pediatrics, l’incidence globale confirmée de MII chez les enfants dans le cadre de cette étude était de 7,05 cas par 100,000, et de ce chiffre, l’incidence de MC était de 4,56 et celle de CU, de 2,14 cas par 100,000. Pour ce qui est des autres cas, un diagnostic de MII était confirmé, mais pour diverses raisons il était impossible de vérifier s’il s’agissait de MC ou de CU; c’est ce que l’on appelle colite indéterminée (CI).

L’incidence globale de MII était de moins de 5 par 100,000 jusqu’à l’âge de huit ans, puis passait à 13 par 100,000 dès l’âge de 10 ans. L’incidence de MII la plus élevée liée à l’âge était parmi le groupe de 15 ans. L’âge moyen pour le diagnostic de MC était de 13,5 ans, et de 11,8 ans pour la CU.

Des études européennes ont démontré que l’incidence de MII chez les enfants et les adolescents a augmenté sensiblement au cours des 40 dernières années. Ces études pédiatriques laissent aussi entendre qu’il y a eu des changements dans les tendances de la maladie, l’incidence de MC étant plus élevée que celle de la CU.

Alors que des études antérieures ont aussi laissé entendre que les populations urbaines étaient plus à risque pour les MII que les populations rurales, cette étude n’a pas révélé une différence significative selon l’emplacement géographique, lorsque des régions peu densément peuplées ont été soigneusement comparées à des régions densément peuplées. Même si la population de base était diverse sur le plan ethnique, le taux de MII était semblable parmi tous les groupes ethniques. Seulement 11 % des enfants récemment diagnostiqués avaient un membre de la famille proche souffrant de MII, alors que des statistiques acceptées antérieurement démontraient que le développement de la MC était associé à une probabilité de 30 % que d’autres membres de la famille soient atteints.

En conclusion, les résultats notables de cette étude de grande envergure démontrent :

  • la plus haute incidence de MII rapportée chez les enfants dans le monde entier à ce jour;
  • une prédominance deux fois pus élevée de MC chez les enfants comparativement à la CU;
  • un taux beaucoup plus élevé de diagnostic de MC parmi les garçons comparativement aux filles, ce qui confirme des études menées au R.-U. (2001) et au Canada (1994);
  • un faible taux de patients ayant des antécédents familiaux de MII;
  • aucun effet modulateur de l’urbanisation sur l’incidence de MII chez les enfants;
  • une répartition égale de l’incidence de MII parmi tous les groupes ethniques, où aucun des enfants, autres que de race blanche, atteints de MII n’avait des antécédents familiaux de MII; et
  • une manifestation initiale de pancolite (colite affectant tout le côlon) chez la majorité des enfants nouvellement diagnostiqués de CU.

Les chercheurs ont expliqué qu’ils pensent que la pathogénie de la MC et de la CU implique l’interaction de plusieurs facteurs environnementaux agissant sur les personnes génétiquement prédisposées. Cette étude suggère que les facteurs environnementaux prédominent au chapitre des tendances changeantes de la maladie parce que la constitution génétique de la population humaine ne change pas sur de courtes périodes de temps. Un phénomène parallèle décrit par les chercheurs est la hausse spectaculaire de l’asthme pendant la même période en Occident. L’émergence concomitante d’inflammation chronique dans les poumons et les intestins appuie également le concept selon lequel les facteurs environnementaux changeants jouent un rôle dans la fréquence accrue de ces troubles chez les enfants.


Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 141 – Janvier/Février 2004
Journal of Pediatrics. Octobre 2003:525-531