Au mois d’août, l’Association médicale canadienne (AMC) a diffusé le 11e Bulletin national annuel sur la santé lors de son assemblée annuelle tenue à St. John’s, Terre-Neuve-et-Labrador. À l’invitation de l’AMC, j’ai assisté à cette assemblée en ma qualité de présidente de la Coalition pour de meilleurs médicaments. Le bulletin révèle les résultats de deux sondages menés récemment auprès de 2 026 Canadiens choisis au hasard : un auprès de 1 026 participants qui ont évalué différents éléments du système de soins de santé au moyen d’une lettre, et un autre auprès de 1 000 participants qui ont répondu une à une variété de questions. Les résultats ont nettement démontré ce que les patients recherchent : un système de soins de santé plus responsable.

Les Canadiens veulent une charte des soins axée sur les patients qui décrit les droits et les responsabilités des patients, croyant qu’une telle charte améliorerait les services de santé. De plus, la majorité de la population désire un système de soins de santé national qui prodigue un traitement équitable à tous les citoyens, peu importe la région du pays où ils habitent. Essentiellement, les Canadiens veulent un système de soins de santé qui est axé sur le patient afin que chaque personne reçoive les soins dont elle a besoin.

Fait intéressant, le point de vue du patient est également partagé par les médecins. « Nous entendons dire depuis des mois maintenant que les Canadiens s’attendent à ce que leurs gouvernements agissent dans le domaine des soins de santé », a déclaré le Dr Jeff Turnbull, président sortant de l’AMC. « Nous avons constaté le déclin lent et constant d’un système de santé profondément troublé, nous en convenons maintenant tous. Franchement, ce pilier de la société canadienne est en érosion. Nous perdons un bien précieux. Il nous échappe, lentement, graduellement. »

Le bulletin révèle aussi que les opinions favorables des Canadiens à l’égard du système de santé diminuent dans l’ensemble; 70 % des répondants au sondage ont accordé au système de santé un A ou un B, une baisse de 5 % comparée à l’année précédente, et 97 % des Canadiens croient que les gouvernements fédéral et provinciaux doivent s’engager à travailler ensemble.

Le bulletin montre également que bon nombre de personnes sont très mécontentes de la qualité des soins de santé à leur disposition. Une majorité de 87 % reconnaissent qu’une nouvelle charte des patients devrait comporter un mécanisme de plaintes afin d’améliorer la responsabilité devant les patients, et presque autant (86 %) reconnaissent que la charte devrait créer un poste de protecteur du citoyen indépendant. Un Canadien sur trois (ou un des membres de leur famille) a reçu des services de santé déficients qui les auraient convaincus de choisir de recevoir des services de santé d’un autre fournisseur de soins de santé ou de formuler une plainte auprès d’un protecteur du citoyen indépendant, si cela était possible.

De plus, le nombre de personnes étant assez satisfaites de leurs spécialistes pour leur accorder un A baisse de 1 % chaque année depuis 2008 et se trouve actuellement à 17 %. Les médecins sont d’accord qu’une des façons d’éliminer l’inégalité dans la prestation des services de santé serait de garantir un régime de base d’assurance-médicaments à tous les Canadiens, défaillance manifeste du système actuel. Il faut laisser tomber le système de soins établi dans les années 1950 et mettre en place un système de soins propre au Canada qui met l’accent sur la gestion des maladies chroniques et des initiatives de prévention.

Le nombre de patients n’ayant pas ou ayant rarement accès à un médecin de famille est une statistique qui surprend. Vingt-deux pour cent des participants ont accordé un C à « l’accès à un médecin de famille », tandis que 20 % ont accordé un F.

« Les patients sont trop souvent oubliés dans les réaménagements des soins de santé », a déclaré le Dr Turnbull. « Les Canadiens veulent que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux unissent leurs efforts pour créer un système centré sur le patient plutôt que ce soit le contraire, et ils favorisent des mesures pratiques qui peuvent nous faire avancer dans cette direction. »

Faisant preuve que son cœur est du côté des patients, le nouveau président de l’AMC, le Dr John Haggie a déclaré lors de son discours inaugural : « Les médecins font vraiment une différence lorsqu’ils s’impliquent. C’est un fait. C’est parfois difficile après une journée ou une semaine de dur labeur, mais si vous pensez que nous avons des problèmes, abordez alors la question du point de vue du patient. »

Le fait d’entendre de tels énoncés lors de la réunion de l’AMC m’a donné espoir que lorsque nous travaillons ensemble, nous pouvons élaborer des solutions crédibles afin de mettre en place un système de soins de santé qui répondra aux besoins des patients canadiens.

« C’est le moment où nous, membres de la profession médicale, devons faire preuve de leadership », a ajouté le Dr Haggie. « Nous devons proposer des solutions pour aider à créer un système durable et robuste, viable, de grande qualité et accessible à tous les Canadiens. C’est ce qui donnera réconfort et confiance dans notre système aux patients et à nos dirigeants politiques. »

En tant que DG de la Société GI et présidente de la Coalition pour de meilleurs médicaments, je continuerai de défendre le droit des patients atteints d’affection GI dans tous les coins du pays. Cette lutte comprend l’accès aux médecins, aux hôpitaux, aux médicaments et à toutes les options modernes de soins de santé. Je compte continuer ma collaboration avec les médecins canadiens dans ces efforts.


Gail Attara, présidente et directrice générale, Société gastro-intestinale
Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 179 – 2011