Saviez-vous? Nouveau traitement contre l’hépatite C

L’hépatite C est une maladie du foie qui touche environ 242 500 Canadiens.1 Elle surgit à la suite d’une infection par le virus de l’hépatite C (VHC) et si elle n’est pas traitée, elle peut mener à la cicatrisation du foie (cirrhose), à l’hépatopathie terminale, au cancer du foie et même à la mort.

L’interféron est une substance qui renforce le système immunitaire et qui agit comme agent antiviral et antitumoral. L’ajout de polyéthylèneglycol à l’interféron, par un procédé appelé la pégylation, améliore son efficacité. Au cours de la dernière décennie, les médecins ont traité l’hépatite C au moyen d’une combinaison d’interféron pégylé et de ribavirine, un médicament antiviral. Le taux de guérison (éradication du virus) au moyen de cette combinaison se situe entre 30 % et 90 %, en fonction de plusieurs facteurs, dont :

  • la souche spécifique du virus (génotype VHC),
  • la durée de l’infection au VHC,
  • la quantité de virus dans le sang (charge virale du VHC),
  • l’âge,
  • la race, et
  • l’importance des dommages au foie (degré d’inflammation du foie et stade de la fibrose).

Au cours des deux ou trois derniers mois, notre bureau a été inondé d’appels de patients et toutes les conversations débutaient par : « Avez-vous entendu parler du nouveau traitement contre le VHC? » En un mot « oui », mais il faut bien comprendre en quoi s’agit le traitement avant de l’entreprendre.

Il existe présentement deux nouveaux médicaments appelés inhibiteurs de protéase (IP), récemment disponibles au Canada, qui sont très aptes à augmenter le taux de guérison du VHC : le médicament de première ligne de Merck, l’IP du VHC à prise orale, le Victrelis™ (boceprevir), qui a rapidement été suivi par le Incivek™ (telaprevir) de Vertex.

Il est important de savoir qu’aucun de ces médicaments ne peut être utilisé comme un traitement simple contre le VHC (monothérapie); ils doivent être administrés en combinaison avec l’interféron pégylé (peginterféron) et la ribavirine. Ces IP sont indiqués pour le traitement de personnes souffrant d’une infection au VHC de génotype 1. Le taux de guérison pendant les essais cliniques pour ce sous-groupe de patients souffrant du VHC se situait entre 63 % et 79 %.2,3 Les deux médicaments augmentent le taux de réponse aussi bien chez les personnes qui reçoivent le traitement pour la première fois que chez les personnes qui ont déjà été traitées. 4,5

Ces médicaments sont aussi administrés aux personnes qui n’ont pas répondu au traitement initial au peginterféron et à la ribavirine. Une étude a démontré que 38 % des participants traités au boceprevir, combiné à d’autres médicaments, sont parvenus à éradiquer le virus. L’un des avantages d’ajouter un IP à la thérapie est la diminution de la durée du traitement pour les personnes qui répondent rapidement et qui n’ont pas développé de cirrhose. La durée des effets secondaires et les coûts sont ainsi réduits pour les patients.

Le patient doit être surveillé de près pendant ces trithérapies. Au cours des 12 premières semaines particulièrement, les patients doivent subir des analyses sanguines plus fréquemment en raison des possibles mutations du virus en l’absence de suppression rapide. Les deux médicaments peuvent provoquer une baisse plus prononcée du taux d’hémoglobine (anémie) pouvant contribuer à l’état de fatigue. La prise d’Incivek™ peut entraîner une augmentation des incidences d’éruptions cutanées. La situation est cependant contrôlable si elle est prise en charge rapidement. Les médecins surveilleront de près les risques d’interaction médicamenteuse.

Le financement de ces thérapies peut poser un problème avec les régimes d’assurance-médicaments publics et privés. Le coût du traitement par IP se situe entre 25 000 $ à 48 000 $ ce qui n’inclue pas les frais supplémentaires du peginterféron et de la ribavirine. Ces médicaments ne sont pas couverts présentement par la plupart des régimes d’assurance-médicaments publics au Canada. La situation pourrait changer quand ils auront fait l’objet d’un examen du Programme commun d’évaluation des médicaments (un processus d’envergure canadienne qui examine avec objectivité et rigueur l’efficacité et la rentabilité des médicaments et les observations de patients à leur sujet et adresse des recommandations aux régimes d’assurance-médicaments publics au Canada).6 Les coûts du peginterféron et de la ribavirine sont couverts par le régime public d’assurance-médicaments pour les patients n’ayant jamais été traités, mais les patients déjà traités ne peuvent pas en bénéficier.

Une période stimulante s’annonce, nous entrons dans une nouvelle ère de meilleurs traitements et un taux plus élevé de guérison de l’hépatite C. Malgré les problèmes de financement et d’accessibilité, un grand nombre de personnes infectées au VHC peuvent s’attendre à une vie exempte du virus et de ses complications potentielles.

Remarque : Incivek™ (telaprevir) a été retiré du marché canadadien le 31 mars 2015.


Lori Lee Walston, IA
Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 180 – 2011
1. Public Health Agency of Canada. Available at http://www.publichealth.gc.ca. Accessed 2011-10-02.
2. Poordad F et al. Boceprevir for Untreated Chronic HCV Genotype 1 Infection. The New England Journal of Medicine. 2011;364:1195-1206.
3. Jacobson I et al. Telaprevir for Previously Untreated Chronic Hepatitis C Virus Infection. The New England Journal of Medicine. 2011;364:2405-16.
4. Bacon B et al. Boceprevir for Previously Treated Chronic HCV Genotype 1 Infection. The New England Journal of Medicine. 2011;364:1207-17.
5. Zuezem S et al. Telaprevir for Retreatment of HCV Infection. The New England Journal of Medicine. 2011;364 : 2417-28.
6. Canadian Agency for Drugs and Technologies in Health. Available at http://cadth.ca/en/products/cdr/cdr-overview. Accessed 2011-10-06.