Nous savons déjà que la pollution atmosphérique nuit à l’environnement, apporte le smog à nos villes, sent mauvais, peut endommager nos poumons et peut avoir bien d’autres effets néfastes. De récentes preuves suggèrent maintenant qu’elle pourrait aussi augmenter l’incidence de l’appendicite.

L’appendice est un sac de 3 à 6 pouces de long en forme de tube, attaché au côlon ascendant et situé dans la région inférieure droite de l’abdomen. Il se compose d’un tissu qui absorbe les toxines (lymphatiques), mais les scientifiques médicaux ne comprennent pas bien son rôle fonctionnel dans le tube digestif.

Pour des raisons inconnues, l’appendice peut devenir infecté et enflammé, ce qui entraîne une affection appelée appendicite. Cela se produit très rapidement et peut causer une rupture de l’appendice en l’espace de 24 heures, répandant l’infection dans les tissus environnants et provoquant potentiellement une affection parfois fatale (péritonite). Pour éviter des complications graves, une intervention médicale urgente, appelée appendicectomie, est requise; au cours de cette procédure, un chirurgien retire l’appendice enflé.

 

 La douleur abdominale est le principal symptôme de l’appendicite et ses caractéristiques sont particulières. L’apparition de la douleur abdominale est habituellement soudaine et peut souvent réveiller une personne de son sommeil. Elle peut commencer dans la région autour du nombril, puis se déplacer vers la région inférieure droite. La douleur est normalement nouvelle et différente et s’aggrave rapidement, rendant les mouvements, les inspirations profondes, les éternuements et la toux extrêmement pénibles. D’autres symptômes importants sont la perte d’appétit, une légère fièvre, la nausée, la constipation ou la diarrhée, l’impossibilité d’évacuer des gaz, le gonflement abdominal et parfois des vomissements.

 

N’importe qui peut développer une appendicite, mais elle est plus commune chez les personnes âgées de 10 à 30 ans. Depuis qu’elle a été reconnue comme une affection médicale en 1886, la théorie dominante quant à sa cause est l’obstruction, soit par de la matière fécale ou par un nœud lymphatique enflé. Cette théorie n’explique toutefois pas les variations de l’incidence par rapport à l’âge, le sexe, l’origine ethnique, les antécédents familiaux, les regroupements géographiques et la saisonnalité. Les recherches démontrent que l’appendicite est beaucoup plus courante dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement. Lorsque des pays tels que les É.-U. et le R.-U. ont fait des efforts en vue de l’amélioration de la qualité de l’air, l’incidence de l’appendicite dans ces pays a chuté radicalement. Cela suggère que la qualité de l’air pourrait jouer un rôle dans le développement de l’inflammation.

Dans une étude récente publiée dans la revue Canadian Medical Association Journal,1 des chercheurs ont recueilli des informations auprès de 5 191 adultes à Calgary atteints d’appendicite et ont étudié la concentration de polluants atmosphériques précis pendant les sept jours précédant leur hospitalisation. Les polluants atmosphériques surveillés étaient l’ozone, le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre, le monoxyde de carbone et les particules en suspension dont les diamètres aérodynamiques étaient de <10μ et de <2.5μ.

Les résultats ont révélé que plus de sujets ont subi une appendicectomie au cours de l’été lorsque les gens sont plus susceptibles de passer du temps dehors ou de garder les fenêtres ouvertes; c’est pendant cette saison que les niveaux de polluants, notamment le dioxyde d’azote (provenant des gaz d’échappement des voitures) et l’ozone étaient les plus élevés. Ce risque connexe était plus élevé chez les hommes, possiblement puisqu’ils sont plus susceptibles de travailler dehors, augmentant la durée de leur exposition à l’air pollué. Les chercheurs affirment que leur étude ne s’est pas penchée sur les enfants; ce groupe serait d’une importance particulière puisque les enfants passent plus de temps dehors que les adultes et qu’on observe chez eux une plus grande incidence d’appendicite.

Cette étude donne à penser qu’une exposition à court terme à des niveaux élevés de pollution atmosphérique peut déclencher des cas d’appendicite. Toutefois, l’équipe de chercheurs affirme que d’autres études sont requises pour confirmer si la pollution atmosphérique a véritablement un impact sur les cas d’appendicite. Si ces résultats peuvent être reproduits dans de futures études, le lien entre l’appendicite et son incidence accrue dans les pays industrialisés pourrait être expliqué. En améliorant la qualité de l’air, il serait possible de prévenir certains cas d’appendicite.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 179 – 2011
1. Kaplan, GG et al. Effect of ambient air pollution on the incidence of appendicitis. Canadian Medical Association Journal. 2009;181(9):591-7.