Pour bon nombre des personnes qui en souffrent, vivre avec les symptômes continus du syndrome de l’intestin irritable (SII) a pour effet de réduire sensiblement leur qualité de vie (QdV). Cette maladie difficile a aussi un impact social notable puisqu’il s’agit d’un problème de santé très répandu.

Pendant de nombreuses années, le SII n’a pas été reconnu comme une maladie légitime et les fonds destinés à la recherche à son égard étaient rares. Cependant, des évaluations récentes effectuées par des chercheurs qui ont examiné les problèmes se rapportant au SII ont mis en lumière son lourd bilan. Par exemple, les personnes qui souffrent du SII ont une QdV inférieure à celle des patients souffrant du reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique, de l’asthme et de migraines; leur qualité de vie est comparable à celle des patients atteints du diabète de type 2 ou d’une maladie rénale terminale. Malgré cela, ces personnes ont une meilleure QdV que les patients souffrant de dépression, de trouble panique et de polyarthrite rhumatoïde.

Dans le monde occidental, la prévalence du SII est élevée, allant de 6 à 22 %. En dépit des symptômes importants associés à ce trouble, qui comprennent des crampes, des douleurs abdominales, des ballonnements, la constipation et la diarrhée, le SII n’attire pas beaucoup l’attention comparativement à d’autres problèmes de santé moins courants. Cela peut être dû à la nature des symptômes liés au SII ou au fait qu’entre seulement 22 et 50 % des personnes qui éprouvent ces symptômes consultent un médecin. Les personnes qui consultent un médecin attendent dix ans en moyenne avant de le faire, et les femmes le font plus souvent que les hommes. La QdV varie considérablement d’un patient à l’autre souffrant du SII.

La façon dont chaque personne définit la QdV dépend de nombreux facteurs. L’Organisation mondiale de la Santé définit la QdV comme « la perception qu’a un individu de sa place dans l’existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquels il vit, en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes. Il s’agit d’un large champ conceptuel, englobant de manière complexe la santé physique de la personne, son état psychologique, son niveau d’indépendance, ses relations sociales, ses croyances personnelles et sa relation avec les spécificités de son environnement ».

Les visites chez le médecin se rapportant au SII, rajustées en fonction de la prévalence, sont à peu près aussi fréquentes que les visites reliées à l’asthme et aux migraines. Sans compter les médicaments sur ordonnance et les médicaments en vente libre, on estime que plus de 30 milliards de dollars sont dépensés annuellement sur le SII aux É.-U., d’où proviennent la majorité des données.

Cette estimation comprend les coûts directs, l’utilisation mesurable des ressources en soins de santé et les coûts indirects découlant des pertes de productivité en milieu de travail – assumés par l’employeur – en raison de jours de travail manqués (absentéisme) et d’une baisse de rendement au travail (présentéisme). Au moins le tiers des employés souffrant du SII manque en moyenne une journée de travail par mois en raison de leurs symptômes, et ces employés ont rapporté une baisse de productivité au travail à cause de leurs symptômes gastro-intestinaux de 15 à 21 % supérieure à celle des employés ne souffrant pas du SII.

En 1992, le SII était la deuxième principale cause, après le rhume, de l’absentéisme au travail; des données récentes laissent entendre que l’écart entre les deux est peut-être en train de diminuer. Dans une étude réalisée auprès de 2,143 patients souffrant du SII aux É.-U. et dans huit pays européens, les personnes souffrant du SII ont déclaré avoir manqué de 4 à 10,9 jours de travail, en moyenne, au cours de l’année précédente, comparativement à une moyenne de 1,5 à 5,6 jours pour les sujets témoins. En guise de comparaison, une analyse récente a conclu que les travailleurs touchés perdaient à peu près une journée (9 heures) de travail chaque fois qu’ils avaient un rhume. Un autre sondage a révélé que 67 % des adultes ont au moins 1 rhume par année et que parmi ces adultes, la moyenne est de 2,2 rhumes par année.

Les symptômes associés au SII limitent ou exercent autrement un impact négatif sur de nombreux aspects de la vie des patients, incluant la diète, les voyages, le sommeil, les relations intimes et les loisirs. Les patients souffrant du SII disent que leurs symptômes les empêchent souvent d’arriver au travail à l’heure ou les obligent à quitter le travail plus tôt. À cause des symptômes qu’ils éprouvent, bon nombre des personnes souffrant du SII ont pris des décisions liées à leur emploi qu’ils n’auraient pas prises autrement, notamment réduire le nombre de jours de travail, travailler moins d’heures, refuser des promotions et travailler à partir de la maison. Un sondage a révélé que 47 % des répondants n’avaient pas informé leur employeur de leur diagnostic à cause de la nature des symptômes associés au SII et du fait que certains employeurs n’acceptent pas ces symptômes comme des motifs valables d’absence du travail.

Le SII est un trouble de motilité gastro-intestinale épisodique, à long terme, qui est courant chez les adultes en âge de travailler. Il impose un fardeau considérable aux patients et aux employeurs. Bien que le SII puisse être diagnostiqué de façon assez sûre en raison des symptômes caractéristiques qui y sont associés, il est souvent mal diagnostiqué ou sous-estimé des patients et des médecins, menant à de multiples visites chez le médecin, de multiples médicaments et des tests de diagnostic, des procédures et des chirurgies inutiles – tous des facteurs qui font augmenter les coûts médicaux directs.

De plus, les employeurs assument des coûts importants en raison de l’absentéisme et du présentéisme lié au SII. Ces coûts ont traditionnellement été difficiles à quantifier, mais des efforts récents nous ont permis de mieux comprendre leur ampleur.

Certaines administrations ont utilisé avec succès des programmes de sensibilisation du public pour réduire les coûts associés à d’autres problèmes de santé à long terme, et les chercheurs suggèrent que la mise en œuvre appropriée de tels programmes ayant trait au SII pourrait donner lieu à des résultats semblables pour le SII.


Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 151 – Septembre/Octobre 2005
Am J Manag Care. 2005;11:S7-S16; Digestion. 2004;69:254-261