Que l’on entrepose, transporte ou réchauffe nos aliments, ils entrent couramment en contact avec du plastique. Les plastiques sont-ils tous pareils? Pas du tout! Certains produits en plastique peuvent se ressembler – durs ou flexibles, mous ou cassables – mais ils peuvent contenir des produits chimiques fort différents et leur niveau de sécurité peut être variable.

Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique controversé, utilisé dans la fabrication de plusieurs produits et revêtements en plastique. De plus en plus de recherches révèlent que ce composé, à l’apparence autrefois inoffensive, s’infiltre dans les océans, perturbe la faune et pose parfois un risque à la santé des humains qui y sont exposés directement ou indirectement.

Le BPA n’est pas naturellement présent dans l’environnement; il est le résultat d’une invention humaine il y a près de 120 années. L’industrie manufacturière l’utilise depuis les années 1940 pour fabriquer les résines époxydes qui tapissent l’intérieur des boîtes de conserve et des cannettes de boissons (pour empêcher le contact direct des aliments et des boissons avec le métal). Il est aussi utilisé dans l’emballage des aliments pour micro-ondes et d’autres aliments préemballés ou transformés.

Certains scellants dentaires contiennent du BPA et les fabricants l’utilisent dans la production du polycarbonate, un plastique dur souvent utilisé pour les lentilles de lunettes, les pièces externes d’automobiles, les pièces électroniques, les articles de sport (p. ex., casques protecteurs) et les dispositifs médicaux. Jusqu’à tout récemment, le polycarbonate était utilisé dans la fabrication de biberons et de gobelets pour enfants, des bouteilles d’eau et d’autres récipients d’entreposage des aliments. Grâce à de nouvelles constatations scientifiques, aux protestations du public et à la règlementation gouvernementale, on retrouve moins de ces produits sur le marché nord-américain. Les biberons en polycarbonate sont maintenant régis par la Loi sur les produits dangereux du Canada, qui interdit leurs importation, publicité et vente.1

Une autre application moins connue, mais tout aussi importante du BPA, est dans le revêtement du papier autocopiant utilisé dans les reçus de caisse, par exemple.

 

Pourquoi le BPA est-il problématique?

En 2008, la Direction des aliments de Santé Canada a publié un énoncé révélant qu’elle avait « conclu que l’exposition actuelle au BPA provenant des matériaux d’emballage des aliments ne pose pas de risque pour la santé de la population en général, y compris pour la santé des nouveau-nés et des nourrissons. »2 En 2010, le Canada est cependant devenu le premier pays à déclarer le BPA substance toxique.

Comme d’autres composés chimiques, le BPA imite la principale hormone féminine, l’œstrogène, ce qui peut tromper les cellules vivantes à interagir avec cette substance, comme si elle était vraiment l’hormone. Le BPA peut être libéré des emballages et des bouteilles pour contaminer les aliments, surtout lorsqu’il est chauffé. Une enquête récente menée par Statistique Canada a établi qu’il y a présence de BPA dans le corps de 91 % de Canadiens.3 Les recherches menées depuis les vingt dernières années ont montré que l’exposition au BPA tôt dans la vie peut entraîner une puberté précoce, des problèmes de prostate, le cancer du sein et des troubles comportementaux.4,5

Afin d’améliorer l’exactitude des estimations de l’exposition au BPA, le gouvernement du Canada en surveille la teneur dans les aliments emballés au moyen de l’analyse de nombreuses études récentes et en cours.6,7,8

Dans le cadre d’une petite étude canadienne récemment publiée dans Environmental Health Perspectives, des chercheurs ont évalué les incidences du passage d’une diète comprenant des aliments emballés à une diète composée uniquement d’aliments frais.9 Le taux de BPA dans l’urine des participants dont la diète consistait en des aliments frais a chuté de 66 %. Cela confirme l’hypothèse des chercheurs selon laquelle l’apport alimentaire est une source importante d’exposition au BPA. Ces résultats suggèrent qu’il est possible de limiter notre exposition en consommant davantage d’aliments frais et en choisissant des méthodes judicieuses de conservation des aliments. Ils démontrent également l’efficacité du corps à éliminer le BPA.

Malgré la capacité du corps à évacuer assez rapidement le BPA, les recherches suggèrent qu’une exposition continue peut être nocive. De très récentes études ont lié la source du BPA présent sur la monnaie de papier à des reçus de caisse autocopiants, ces derniers entrant souvent en contact avec la monnaie. Cette constatation suggère que nous sommes exposés à d’autres sources de BPA (absorbé par la peau) et pour de plus longues durées que ce que l’on croyait auparavant.10,11

Le BPA provenant de produits de plastique jetés aux ordures peut aussi s’infiltrer dans les océans et le sol, et finalement nuire aux humains et à la faune. Une enquête menée auprès de vingt pays, dont les résultats ont récemment été présentés lors d’une réunion de la American Chemical Society, a révélé que les taux de BPA dans l’eau de mer et dans le sable étaient beaucoup plus élevés que ceux qui sont réputés sécuritaires par Santé Canada, et manifestement plus élevés que ceux obtenus lors de recherches antérieures.12

 

Comment minimiser l’exposition dans un monde de BPA

Déterminer les seuils de sécurité et estimer le degré auquel les humains et l’environnement sont exposés au BPA, voilà des sujets faisant l’objet de controverses depuis plusieurs décennies maintenant; les études menées hors de l’industrie ont souvent démontré des niveaux d’exposition et de risque sensiblement plus élevés que celles menées par l’industrie des plastiques. En plus de favoriser les aliments frais plutôt que ceux qui sont emballés, dans le but de réduire l’exposition au BPA, le gouvernement du Canada recommande d’utiliser des contenants en plastique sans polycarbonate ou ceux faits d’autres matériaux tels que le verre, la céramique ou l’acier inoxydable, pour réchauffer les aliments et les liquides. Si vous utilisez des contenants en polycarbonate, attendez que les aliments aient refroidi avant de les y transférer.

Vous voudrez aussi probablement éviter l’exposition inutile au BPA en minimisant le contact avec des reçus et en lavant vos mains après avoir manipulé de la monnaie en papier ou des reçus de caisse autocopiants. Il est sage de garder ces articles – et autres papiers autocopiants – hors de la portée des enfants.

La Society of the Plastics Industry, Inc. (SPI) a mis au point un système d’identification pour simplifier le processus de triage et de recyclage des plastiques (et non pour indiquer leur niveau de sécurité). Tout plastique affichant un code de 1 à 6 a été fabriqué sans BPA. Le BPA se classe sous le code 7 (autres), mais puisque ce code est utilisé pour tout type de plastique qui n’appartient pas aux catégories de 1 à 6, on ne peut pas déduire qu’un produit contient du polycarbonate ou du BPA, juste parce qu’il porte ce code. Les nouveaux plastiques biodégradables sont aussi classés sous le code 7. Le code « PC » est aussi souvent indiqué sur les plastiques en polycarbonate. Malheureusement, la loi n’exige pas que les fabricants de plastique ajoutent les codes de la SPI sur leurs produits et donc plusieurs ne le font pas. Si vous avez des doutes sur le type de plastique, contactez le fabricant.

Pour en apprendre davantage sur le BPA et pour connaître les dernières nouvelles à ce sujet, visitez le site Web de Santé Canada au www.hc-sc.gc.ca.

 

Source : The Society of the Plastics Industry, Inc. (SPI)
Code SPI13,14 Type de plastique Emplois/Produits
1 Polyéthylène téréphtalate (PETE ou PET) Autre nom : polyester. Se dégrade avec l’utilisation répétée et permet la prolifération de bactéries. Contient parfois des traces de BPA. Utilisé pour les bouteilles de boissons gazeuses, les emballages d’aliments (p. ex., les bouteilles de condiments, les revêtements d’aliments emballés et les contenants pour l’utilisation au four) et les contenants pour produits non alimentaires; il est aussi recyclé pour la fabrication de produits tels que les fibres de polyester pour le rembourrage, les tapis, les vêtements et autres textiles.
2 Polyéthylène haute densité (PEhd) Habituellement utilisé pour les aliments dont la durée de conservation est courte tels que le lait et le jus, aussi bien que pour l’eau et les produits de nettoyage industriel (détergent à lessive, javellisant); emballage des shampooings et produits de beauté; contenants en plastique dur et sacs d’épicerie; le bois d’apparence; l’équipement de terrains de jeux; aussi recyclé en d’autres produits semblables.
3 Polychlorure de vinyle (PVC) Vinyle (V)Contient des produits chimiques toxiques appelés adipates et phtalates (c.-à-d., plastifiants), utilisés pour ramollir le plastique. Il peut migrer des plastiques lorsqu’ils sont en contact avec les aliments. Pellicule moulante, contenants pour produits non alimentaires, rideaux de douche, meubles d’extérieur, cadres de fenêtres, revêtements de plancher, tuyaux, matériaux pour clôtures, jouets et jouets de dentition, tubes et instruments médicaux, revêtements et autres; aussi recyclé en d’autres produits semblables.
4 Polyéthylène basse densité (PEbd) Équipement de laboratoire, sacs alimentaires et non alimentaires (p. ex., d’épicerie, à pain, de nettoyage à sec, à ordures), seaux, jouets, couvercles et bouteilles flexibles, fils et câbles, bouteilles distributrices, tubes, variété d’équipement de laboratoire moulés, films/pellicules, produits moulés par injection, applications de scellement à chaud, revêtements pour boîtes de lait en carton et tasses pour boissons chaudes/froides; aussi recyclé pour la fabrication d’enveloppes d’expédition, de sacs à ordures, de carrelage, de meubles, etc.
5 Polypropylène (PP) Point de fusion élevé. Bouteilles de condiments, contenants de yogourt et de margarine, flacons de médicaments, tasses et couvercles à café réutilisables, produits automobiles (pare-chocs, finition intérieure), contenants pour produits non alimentaires, fibres industrielles; aussi recyclé en d’autres produits semblables.
6 Polystyrène (PS) Point de fusion faible. Emballages en styromousse pour aliments (barquettes pour viandes, boîtes d’œufs, contenants double coque) et pour produits non alimentaires, jouets, contenants horticoles, plateaux à repas, ustensiles en plastique, matériaux d’isolation, autres produits de styromousse; aussi recyclé en d’autres produits semblables.
7 Autres plastiques Comprend le polycarbonate (qui contient du BPA); la plupart des plastiques portant le code 7 ne contiennent pas de polycarbonate; comprend les plastiques biodégradables et les plastiques fabriqués à partir d’une combinaison de plastiques de codes de 1 à 6. Comprend l’acrylique, l’acrylonitrile-butadiène-styrène, la fibre de verre, le nylon, les bouteilles d’acide polylactique, le plastibois, les lentilles de phares et les écrans/lunettes de protection; parfois recyclé pour les applications qui font l’utilisation de bouteilles et de bois d’œuvre.

Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 180 – 2011
1. Health Canada. Prohibition of Polycarbonate Baby Bottles that contain bisphenol A. Available at http://www.hc-sc.gc.ca /cps-spc/legislation/acts-lois/bisphenol_a-eng.php. Accessed 2011-04-04.
2. Health Canada. Bisphenol A page. Available at http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/securit/packag-emball/bpa/index-eng.php. Accessed 2011-04-04.
3. Statistics Canada. Canadian Health Measures Survey: Lead, bisphenol A and mercury. Available at http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/100816/dq100816a-eng.htm. Accessed 2011-04-04.
4. Houlihan SL et al. Timeline: BPA from Invention to Phase-Out. Environmental Working Group. http://www.ewg.org/book/export/html/26291. Accessed 2011-04-04.
5. Braun et al. Impact of Early-Life Bisphenol A Exposure on Behavior and Executive Function in Children. Pediatrics. 2011;128(5):873-82.
6. Government of Canada. Chemical Substances. “Questions and Answers for Action on Bisphenol A Under the Chemicals Management Plan.” Available at http://www.chemicalsubstanceschimiques.gc.ca/fact-fait/bisphenol-a_qa-qr-eng.php#d. Accessed 2011-04-04.
7. Health Canada. Survey of Bisphenol A in Canned Food Products from Canadian Markets. June 2010.
8. Health Canada. Survey of Bisphenol A in Soft Drink and Beer Products from Canadian Markets. August 2010.
9. Rudel RA et al. Food Packaging and Bisphenol A and Bis(2-Ethyhexyl) Phthalate Exposure: Findings from a Dietary Intervention. Environmental Health Perspectives. 2011;119(8):1053-61.
10. Stahlut RW et al. Bisphenol A data in NHANES suggest longer than expected half-life, substantial nonfood exposure, or both. Environmental Health Perspectives. 2009 117(5):784-9.
11. Washington Toxics Coalition and Safer Chemicals Healthy Families. (report) On the Money: BPA in Dollar Bills and Receipts. Available at http://watoxics.org/files/onthemoneyreport_final2.pdf. Accessed 2011-11-15.
12. Mittelstaedt, M. BPA widespread in ocean water and sand. The Globe and Mail. 2010-04-01.
13. H2NO. Plastic Recycling Codes page. Available at http://www.h2no.org/plastic_recycling_codes.asp. Accessed 2011-11-18.
14. American Chemistry Council. Plastic Packaging Resins. Available at http://plastics.americanchemistry.com/Education-Resources/Hands-on-Plastics/Activities/Plastic-Packaging-Resins.pdf. Accessed 2011-11-18.