Les lignes directrices actuelles pour le traitement de la diverticulite, une complication de la diverticulose colique, comprennent habituellement l’antibiothérapie. Un article publié récemment dans Drug, Healthcare and Patient Safety examine les preuves liées à ce traitement et explore les autres options possibles.1

 

Diverticulose colique

La diverticulose colique et la maladie diverticulaire sont des termes interchangeables qui font référence à la présence de diverticules, de petites évaginations en forme de sac, qui traversent la muqueuse du côlon jusqu’à sa paroi externe. Cette affection touche seulement 5 % de la population adulte occidentale âgée de moins de quarante ans, mais monte en flèche pour atteindre au moins 50 % de la population âgée de plus de cinquante ans, et 75 % de la population âgée de plus de soixante-dix-neuf ans.

La grande variabilité géographique de la diverticulose colique et sa corrélation frappante avec une diète occidentale ont longtemps suggéré qu’un facteur diététique en est la racine; cependant, la cause exacte de cette maladie demeure inconnue. Une théorie stipule que le diverticule se forme lorsqu’une augmentation de pression à l’intérieur du côlon, telle que celle occasionnée par la constipation, amène la paroi intestinale à s’étirer à des endroits où elle est fragile.

 

Diverticulite

À un moment donné, chez environ 10 à 25 % des patients atteints de diverticulose colique, les diverticules deviennent enflammés ou infectés (diverticulite). Il est plus facile de diagnostiquer la diverticulose colique en présence de diverticulite puisque celle-ci ne présente généralement aucun symptôme apparent. Les patients aux prises avec une diverticulite consultent habituellement un médecin puisqu’ils connaissent des symptômes tels qu’une douleur abdominale grave, des saignements, un ballonnement, de la nausée ou de la fièvre. Il peut y avoir, mais rarement, la manifestation de fistules, une occlusion intestinale, une hémorragie de l’intestin inférieur ou la perforation d’un diverticule, créant un abcès local. Des analyses sanguines peuvent aider à déterminer le degré d’inflammation tandis que d’autres tests contribuent au diagnostic.

 

Prévention

Les fibres et les liquides aident à ramollir les selles, permettant un passage plus rapide et plus facile à travers le côlon, tout en prévenant une pression excessive contre la paroi du côlon. Les fournisseurs de soins de santé recommandent normalement un régime alimentaire riche en fibres sauf si un patient connaît un épisode de diverticulite (voir ci-dessous). L’auteur de l’étude en question souligne qu’il existe une incertitude quant à savoir si un régime riche en fibres prévient la formation de diverticules ou seulement l’apparition de diverticulite. D’une manière ou d’une autre, un régime équilibré et riche en fibres, et une consommation adéquate de liquides procurent de nombreux autres avantages pour la santé. De plus, malgré un mythe répandu, il n’existe aucune preuve selon laquelle l’exclusion des noix, du maïs ou des graines de la diète peut avoir un effet positif sur l’évolution de la diverticulose colique; vous pouvez donc continuer de consommer sans danger ces aliments nutritifs et riches en fibre.

 

Traitement

Standard

La plupart des cas de diverticulite sont bénins, nécessitant seulement un traitement en consultation externe qui comprend normalement un régime temporairement faible en fibres ou à liquides clairs, un repos physique et une antibiothérapie à large spectre pendant 7 à 10 jours. Un médecin pourrait hospitaliser un patient présentant un cas plus grave afin de lui administrer une alimentation par voie intraveineuse pour permettre aux intestins de se reposer.

L’auteur de l’étude cite deux études randomisées récentes qui suggèrent qu’en dépit de la pratique courante, les médecins devraient réserver l’antibiothérapie uniquement pour les cas de diverticulite complexe. Dans le cadre d’une des études, menée auprès de 272 patients souffrant d’une diverticulite légère, les chercheurs ont comparé 81 patients ayant reçu une antibiothérapie à 191 patients n’ayant reçu aucun traitement. Ils n’ont trouvé aucune différence relative à la résolution de l’inflammation ou au risque de récurrence entre ces deux groupes.

 

Acide 5-aminosalicylique

La mésalamine est un médicament qui appartient au groupe d’acide 5-aminosalicylique (5-ASA), prescrit par les médecins pour certains cas de colite ulcéreuse, une maladie inflammatoire de l’intestin (MII). La mésalamine a des propriétés anti-inflammatoires et immunomodulatrices, et a récemment fait l’objet d’études pour déterminer son potentiel comme traitement contre la diverticulite. Dans le cadre de deux études randomisées à double insu, contrôlées par placebo et menées chez plus de 200 patients, les chercheurs ont constaté que la mésalamine, seule ou administrée conjointement avec des suppléments de probiotiques, aidait à contrôler la douleur abdominale chez les patients atteints de diverticulite et qu’elle avait un effet préventif à une faible dose de 3 mg/jour.

 

Probiotiques

Les probiotiques sont des microorganismes vivants pouvant modifier la microflore de l’hôte et qui confèrent des effets bénéfiques précis pour la santé sans augmenter les risques d’une résistance aux antibiotiques. Les auteurs des études décrivent une étude antérieure menée chez 79 patients où un traitement aux probiotiques combiné à une antibiothérapie à la rifaximine avait prévenu la récurrence de diverticulite chez la plupart des patients pendant la période de suivi d’un an. L’étude récente mentionnée ci-dessus a établi qu’un traitement aux probiotiques administré conjointement avec le 5-ASA semblait avoir un effet préventif. Bien que les preuves actuelles ne soient pas assez importantes pour suggérer l’utilisation de probiotiques comme traitement préventif de la diverticulite, elles justifient le besoin de recherches futures.

 

Traitements à base de plantes

Dans un petit essai rétrospectif ouvert, auquel ont pris part 31 patients atteints de diverticulite, ceux ayant reçu du daiobotanpito, un médicament traditionnel japonais à base de plantes (Kampo) en même temps qu’une antibiothérapie par voie intraveineuse à l’hôpital, ont connu une période de fièvre plus courte, un soulagement accru de leur douleur abdominale et une antibiothérapie réduite comparativement aux participants ayant reçu uniquement un traitement antibiotique.

 

Suppléments nutritifs

Des recherches antérieures ont démontré que le butyrate, un acide gras à chaîne courte, semble soulager les symptômes chez les patients souffrant d’une variété d’affections gastro-intestinales, y compris la diarrhée et la MII. Une récente étude randomisée à double insu, contrôlée par placebo, a évalué le rôle du butyrate dans la prévention de récurrences de diverticulite. Soixante-treize patients ayant connu au moins un épisode de diverticulite au cours de l’année précédant immédiatement l’étude, ont reçu soit 400 mg/jour de butyrate de sodium, ou soit un placebo. Après un an, seulement deux patients du groupe de traitement ont connu une récurrence de diverticulite comparativement à sept patients du groupe placebo. L’auteur de l’étude suggère que les recherches devraient se pencher davantage sur des traitements préventifs qui aident à renforcer la barrière muqueuse du côlon, de ce fait diminuant l’inflammation et favorisant la guérison de la muqueuse.

 

Chirurgie

Dans le passé, les médecins croyaient que deux attaques importantes de diverticulite justifiaient une chirurgie pour retirer les diverticules afin de prévenir la récurrence de diverticulite. Cependant, l’auteur de l’étude en question affirme que les recherches actuellement disponibles montrent que l’histoire naturelle de la diverticulite est plus bénigne qu’on le pensait auparavant. Par conséquent, de plus récentes lignes directrices n’encouragent pas la chirurgie préventive pour la diverticulite. En fait, ces lignes directrices recommandent maintenant que les médecins prennent les décisions relatives à la chirurgie au cas par cas. À l’heure actuelle, seulement environ 1 % des patients souffrant d’une affection diverticulaire doivent subir une chirurgie lors de laquelle une résection de la zone affectée est pratiquée. Dans de nombreux cas, le chirurgien peut retirer la section lésée de l’intestin (colectomie partielle) et relier ensemble les bouts qui restent, évitant ainsi une colostomie.

 

Conclusion

Selon les derniers développements, des études additionnelles de haute qualité sont justifiées pour déterminer si des antibiotiques sont toujours nécessaires dans la gestion d’une diverticulite non compliquée. Des recherches préliminaires démontrent également le potentiel d’une variété de traitements préventifs tels que les suppléments nutritifs ou les probiotiques, mais des études plus poussées de haute qualité sont requises pour prouver leur efficacité. Dans l’intervalle, la Société GI continuera de suivre les recherches émergentes se penchant sur cette affection courante, mais troublante.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 191 – 2014
1. Tursi A. Efficacy, safety, and applicability of outpatient treatment for diverticulitis. Drug, Healthcare and Patient Safety. 2014;6:29-36.