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Nouveau traitement contre l’infection à C. difficile

Souvent considérée comme une maladie associée au milieu hospitalier, l’infection à Clostridium difficile (C. difficile) (ICD) fait aussi son apparition dans les foyers de soins infirmiers et au sein de la communauté. Cette infection bactérienne parfois mortelle fait obstacle à presque tous les aspects de la vie de ceux qui en sont atteints, les confinant à la maison ou à l’hôpital. En raison des taux accrus de mortalité liée aux infections à C. difficile en présence de souches hypervirulentes (graves et plus toxiques), une combinaison de mesures préventives efficaces et de traitements de première ligne appropriés est essentielle chez les personnes infectées. Bien que plus de vingt ans se soient écoulés depuis l’élaboration d’un nouvel agent pour traiter l’ICD, Santé Canada a récemment approuvé un nouveau traitement antibiotique prometteur, la fidaxomicine (Dificid™).

Nos intestins renferment un microbiome unique composé d’une grande diversité de bons microorganismes et de petites quantités de microorganismes qui entraînent des maladies chez l’hôte (pathogènes). Moins de 5 % de la population générale vit avec de petites colonies de la bactérie pathogène C. difficile dans leur tube digestif, qui par elles-mêmes ne provoquent pas de maladie. Un ensemble robuste de bons microorganismes intestinaux contrôlent la prolifération de C. difficile. Une infection se produit lorsque cette bactérie se prolifère excessivement dans les intestins à cause d’une perturbation du microbiome. Plusieurs antibiotiques qui traitent efficacement les infections bactériennes ont malheureusement comme effet secondaire de tuer les bonnes bactéries qui habitent dans les intestins. Il en résulte un déséquilibre du microbiome, ce qui provoque une prolifération excessive des bactéries pathogènes.

C. difficile produit des toxines précises qui peuvent endommager les intestins et entraîner une diarrhée aqueuse, de la fièvre, une douleur abdominale et des crampes abdominales. Les personnes dont le système immunitaire ou l’appareil digestif sont affaiblis (p. ex., les aînés et celles atteintes d’affections digestives graves) ou celles ayant pris des antibiotiques à large spectre pour une autre maladie sont surtout vulnérables aux perturbations du microbiome. Elles sont également plus susceptibles de contracter une infection à C. difficile et sont vulnérables à ses complications résultantes. Le fait que l’ICD puisse se manifester plusieurs fois chez les patients qui en souffrent constitue un des problèmes les plus importants de cette infection; environ 25 % des patients connaîtront au moins une rechute et ce risque augmente avec chaque infection additionnelle.

Les spores de C. difficile se propagent dans l’environnement et contaminent les surfaces des salles de toilettes, des couloirs, des barrières de lits, etc., pouvant infecter un patient ayant déjà complété une antibiothérapie avec succès ainsi que d’autres personnes. Les spores peuvent survivre pendant des mois sur les surfaces et sont résistantes à l’acide gastrique, les savons antibactériens et les agents désinfectants pour les mains à base d’alcool. Une bonne technique de lavage des mains faisant l’utilisation de savon et d’eau chaude est efficace pour prévenir la propagation de C. difficile, mais la surveillance sociale du lavage des mains est problématique. La diarrhée associée à C. difficile est souvent explosive et incontrôlable, aggravant son aspect infectieux.

Comment un antibiotique peut-il être efficace contre une maladie causée par les antibiotiques? Dificid, un traitement révolutionnaire, consiste d’un antibiotique à spectre très étroit qui agit en tuant C. difficile dans les intestins, empêchant la production de certaines toxines de C. difficile et inhibant la production de spores sans toutefois nuire au microbiome normal des intestins.

Les médecins ont eu deux antibiotiques principaux à leur disposition dans le traitement des infections à C. difficile, le métronidazole et la vancomycine. Le métronidazole circule à travers tout le corps, son efficacité contre une maladie plus grave est limitée et ses effets secondaires peuvent empêcher son utilisation à long terme. Dificid reste dans les intestins et son absorption dans le reste du corps est minime.

Quoique la vancomycine cible les intestins, son utilisation répandue a créé des souches résistantes de C. difficile surtout chez les patients réinfectés à plusieurs reprises.

Deux essais cliniques internationaux menés auprès de plus de 400 patients canadiens ont démontré qu’environ 15 % des patients traités avec Dificid ont connu un retour de l’infection, comparativement à 25 % de ceux ayant reçu la vancomycine. La diminution du taux de récurrence, par contre, a un prix : un traitement de 10 jours à Dificid (200 mg deux fois par jour) coûte 2 200$ comparativement à 400 $ pour un traitement à la vancomycine (125 mg quatre fois par jour). Le taux global d’effets secondaires qui, d’après les cliniciens-chercheurs, résultaient possiblement ou indéniablement du traitement à Dificid dans les essais cliniques de phase 3 était de 10,6 %, taux équivalant à celui de la vancomycine. Les effets secondaires les plus courants étaient la nausée (2,7 %), la constipation (1,2 %) et les vomissements (1,2 %).

Étant donné que presque tous les antibiotiques peuvent augmenter le risque pour une personne de contracter une infection à C. difficile, il est important de mettre l’accent sur la gestion des antibiotiques. L’utilisation de Dificid, antibiotique à action ciblée dont la recherche a prouvé l’innocuité et l’efficacité, fait partie de cette gestion.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 184 – 2012