Nouvelles recherches

La maladie inflammatoire de l’intestin (MII) qui comprend principalement la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse est plus prévalente au Canada que dans tout autre pays du monde. Des recherches rigoureuses portant sur le développement de la MII et sur les meilleures façons de traiter et d’appuyer les personnes aux prises avec cette maladie se poursuivent. Les dernières découvertes vous sont présentées dans cet article.

 

L’impact des maladies inflammatoires de l’intestin en 2012

Pour faire suite à une initiative semblable entreprise en 2008, la Fondation canadienne des maladies inflammatoires de l’intestin (FCMII) a commandé un rapport exposant l’impact actuel de la MII au Canada. Les auteurs du rapport ont entrepris une analyse documentaire exhaustive dans plusieurs domaines, dévoilant des faits étonnants. Depuis un certain temps, les études démontrent que le Canada affiche la prévalence et les taux d’incidence de la MII les plus élevés au monde, et ce nouveau rapport révèle qu’encore plus de Canadiens sont maintenant aux prises avec cette maladie. Jusqu’à maintenant, les chercheurs savaient qu’au moins 170 000 Canadiens souffraient de cette maladie grave; ce chiffre s’élève maintenant à environ 233 000, une augmentation importante.1

Les cas de la MII sont à la hausse, touchant tout particulièrement les enfants canadiens. L’incidence de la MII chez les enfants de moins de dix ans augmente de façon importante depuis 2001 et l’on compte présentement 5 900 enfants canadiens aux prises avec la MII.

Une estimation prudente du coût annuel de la MII au Canada le situe à 2,8 milliards de dollars. Cela ne comprend pas le fardeau des coûts dévastateurs des médicaments que doivent assumer les patients n’ayant pas accès à des médicaments innovateurs qui peuvent changer la vie – surtout les produits biologiques coûteux – par l’entremise d’une assurance-maladie publique ou privée. Comme nous l’avons signalé dans des numéros précédents du bulletin Du coeur au ventreMC, lorsqu’un patient atteint de la MII n’est pas en mesure de travailler (ou d’aller à l’école) à cause de poussées mal traitées, il nécessite davantage de visites à l’hôpital, de soutien social et d’autres services, entraînant des dépenses gouvernementales et de soins de santé considérables. Quelquefois, une famille touchée par la MII peut être ruinée financièrement en raison de programmes d’assurance-médicaments qui ne couvrent pas les médicaments nécessaires.

En dépit des efforts vigoureux déployés par des organismes tels que la Société gastro-intestinale en ce qui concerne la défense des intérêts et la sensibilisation, le rapport indique que les patients atteints de la MII doivent toujours composer avec bon nombre des mêmes difficultés : manque de sensibilisation du public, diagnostic tardif, accès lent et inéquitable aux traitements et médicaments, prestation de services de santé médiocres, difficultés à obtenir et à conserver un emploi enrichissant et manque de systèmes de soutien. Fait surprenant, malgré la gravité croissante de ce problème au Canada, il existe une grande pénurie de fonds de recherche dans ce domaine.

 

Impact sur le travail

L’organisme Crohn’s and Colitis UK a récemment commandé une enquête au RU auprès d’adultes en âge de travailler souffrant de la maladie inflammatoire de l’intestin.2 Les résultats ont révélé que la MII a un impact important sur la vie de travail et le bien-être général. Elle touche toutes les phases de la carrière des patients, modifiant les aspirations professionnelles et le choix de carrière, ses effets étant ressentis pour la durée de la carrière et entraînant souvent une retraite prématurée.

L’enquête a aussi démontré que la plupart des personnes atteintes de la MII participent au marché du travail malgré leur maladie et que les employeurs peuvent les aider en apportant de simples aménagements dans le milieu du travail. Les auteurs de l’enquête ont souligné la nécessité absolue de programmes de sensibilisation du public à l’intention des employeurs pour aider ces derniers à comprendre les besoins des personnes vivant et travaillant avec la MII. Ils ont également précisé que les emplois gouvernementaux et les programmes de soutien aux personnes handicapées doivent être plus souples pour les patients souffrant de la MII dont les symptômes peuvent fluctuer avec le temps. Les personnes aux prises avec la MII désirent être actives dans le marché du travail et poursuivre leurs rêves de carrière comme tout le monde. Dans la plupart des cas, la MII ne nuit pas à la vie professionnelle aussi longtemps qu’il existe une certaine sensibilisation et une compréhension au sein des programmes gouvernementaux, chez les employeurs et dans la collectivité. Des programmes d’appui appropriés et un milieu de travail bien adapté aux besoins sont importants.

 

Médecine complémentaire et douce

Les professionnels de la santé ont exprimé des inquiétudes dans les dernières années par rapport à la croissance de la médecine complémentaire et douce (MCD) et des effets possibles qu’elle pourrait avoir sur l’adhésion des patients relativement aux thérapies médicales traditionnelles prescrites par leurs médecins. Les résultats d’une nouvelle étude menée auprès de 380 patients adultes de Toronto atteints de la MII ont été publiés dans Alimentary Pharmacology & Therapeutics.3 Les participants ont rempli une variété de questionnaires standards portant sur leur santé et dont les questions visaient à obtenir des renseignements sur l’âge, le sexe, l’emploi, l’éducation, l’état civil, le type de MII et les antécédents médicaux, la qualité de vie, la confiance à l’endroit des médecins, les médicaments et traitements traditionnels contre la MII et l’utilisation de la MCD.

Cinquante-six pour cent des participants ont déclaré s’être servi de MCD, notamment des probiotiques, l’huile de poisson, la naturopathie, le massage/la relaxation, l’acupuncture, l’homéopathie, des herbes médicinales chinoises, l’aromathérapie et l’hypnose. Les probiotiques se sont avérés la forme de médecine douce la plus populaire (53 % des participants) suivis de près par l’huile de poisson (50 %). Une bonne partie des utilisateurs de MCD étaient plus jeunes au moment du diagnostic, avaient un niveau d’éducation plus élevé et étaient plus susceptibles d’avoir connu davantage d’effets néfastes découlant de la maladie que ceux n’utilisant pas la MCD. Les raisons évoquées par les participants pour s’être tournés vers des thérapies douces comprenaient l’utilisation antérieure de médicaments traditionnels inefficaces (indiqué par 40 %), la perception que la médecine douce pourrait être plus sécuritaire que les médicaments traditionnels contre la MII et l’impression d’avoir plus de contrôle sur la maladie.

Aucune association n’a été démontrée entre l’utilisation de médecines douces et l’adhésion à un traitement traditionnel. La plupart (81 %) des participants à l’étude, utilisateurs de MCD ou non, ont avoué placer leur confiance totale en leur gastro-entérologue. De plus, les chercheurs ont souligné que l’étude suggère que la MCD n’est pas associée à une diminution de l’adhérence des patients à des médicaments traditionnels contre la MII. Néanmoins, seulement 34 % des utilisateurs de MCD ont affirmé avoir discuté de leur utilisation d’une thérapie douce avec leur gastro-entérologue avant de l’entreprendre; cela suggère que dans le cadre de l’évaluation de patients atteints de la MII, les médecins devraient s’informer de façon proactive sur leur utilisation de thérapies douces.

Si vous êtes un patient atteint de la MII, assurez-vous de discuter de toute utilisation de MCD avec votre médecin de famille et votre gastro-entérologue.

 

Rayonnements de diagnostic médical

Dans le numéro 178 de The Inside Tract, nous avons fait état des résultats d’un symposium en Alberta où des spécialistes ont discuté de l’utilisation de l’échographie comme solution de rechange à la tomodensitométrie dans la mesure du possible, comme moyen de surveillance de l’activité de la maladie chez les patients souffrant de la maladie de Crohn, et ce dans le but d’alléger à la fois le fardeau financier des tomodensitométries et l’exposition des patients aux rayonnements (radiations). Une nouvelle méta-analyse d’études récentes ayant estimé l’exposition des patients aux rayonnements de diagnostic médical renforce les recommandations des médecins de Calgary.4 Cette nouvelle analyse s’est penchée principalement sur six études récentes comportant des données sur l’exposition à une quantité excessive de rayonnements chez les patients atteints de la MII. Une mesure standard de >50mSv est utilisée pour signaler des niveaux de rayonnements potentiellement nocifs. Les chercheurs ont constaté que 11,1 % des participants aux études atteints de la maladie de Crohn et 2 % des participants atteints de colite ulcéreuse avaient été exposés à des niveaux de rayonnements de diagnostic médical élevés.

Il est cependant important de souligner que presque toutes les données sont parvenues d’hôpitaux et elles correspondaient donc probablement à des patients dont l’activité de la maladie est plus fréquente ou grave. Les principaux facteurs de risque associés à une exposition à des niveaux élevés de rayonnements étaient une chirurgie abdominale antérieure liée à la MII et l’utilisation de corticostéroïdes. Les chercheurs recommandent vivement la mise en place de systèmes améliorés pour documenter l’exposition cumulative des patients aux rayonnements de diagnostic médical aussi bien que l’élaboration de stratégies pour réduire cette exposition, mettant l’accent sur une réduction par l’utilisation accrue de l’échographie comme solution de rechange à la tomodensitométrie dans la mesure du possible. Les auteurs de l’étude suggèrent aussi que des recherches additionnelles devront être menées pour déterminer si des niveaux élevés de rayonnements entraînent en fait l’apparition du cancer chez les patients souffrant de la MII.

 

Où vous vivez est important

Une étude de grande envergure menée aux États-Unis auprès de 250 000 infirmières suivies pendant plus de 20 ans a démontré un lien entre l’emplacement géographique, plus précisément la latitude, et le risque de développer la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse.5 Tous les deux ans pour la durée de l’étude, les participantes ont rempli des questionnaires de mode de vie dont une des questions demandait de préciser leur lieu de résidence à la naissance, à l’âge de 15 ans et à l’âge de 30 ans. Les chercheurs ont catégorisé le lieu où habitaient les femmes à l’étude en trois sections : sud, central et nord. Ils ont constaté une baisse du risque de développer une MII chez les participantes habitant des régions du sud et une hausse chez celles habitant des régions du nord. Des études européennes ont révélé des résultats semblables. L’on soupçonne que la cause de cette association résulte de l’absorption accrue de vitamine D en raison d’une exposition à un climat ensoleillé. Des études antérieures ont démontré un lien entre la carence en vitamine D et le risque accru de développer une MII. (Nous avons récemment décrit le rôle que joue la vitamine D dans la MII dans le numéro 176 de The Inside Tract.)

 

Petit à petit

À l’aide de chaque nouvelle étude, le mystère de la MII, maladie dévastatrice qui touche environ 233 000 Canadiens, est dévoilé davantage. Cela donne espoir aux patients qu’un jour nous saurons de quelle façon et pour quelle raison cette maladie fait son apparition, et ce qui pourrait conduire à sa prévention ou même à sa guérison.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 184 – 2012
1. Crohn’s and Colitis Foundation of Canada. The Impact of Inflammatory Bowel Disease in Canada: 2012 Final Report and Recommendations.2012. Available at http://www.isupportibd.ca/pdf/ccfc-ibd-impact-report-2012.pdf.Accessed 2012-11-21.
2. Gay M et al. Crohn’s, Colitis and Employment – from Career Aspirations to Reality. Hertfordshire: Crohn’s and Colitis UK, 2011.
3. Weizman E et al. Characterisation of complementary and alternative medicine use and its impact on medication adherence in inflammatory bowel disease. Alimentary Pharmacology & Therapeutics. 2012;35:342-9.
4. Chatu S et al. Meta-analysis: diagnostic medical radiation exposure in inflammatory bowel disease. Alimentary Pharmacology & Therapeutics. 2012;35(5):529-39.
5. Khalili H et al. Geographical variation and incidence of inflammatory bowel disease among US women.Gut. 2012. Doi:10.1136/gutjnl-2011-301574.