Ce que nos gènes révèlent

Les scientifiques découvrent continuellement des secrets sur le génome humain et les renseignements obtenus illustrent à quel point nos gènes influencent notre vie quotidienne : depuis notre apparence, jusqu’à la façon dont notre corps réagit à certains médicaments et même au genre d’aliments que nous préférons. Nous avons discuté précédemment de la génétique et de ses effets considérables sur le développement de nombreux troubles gastro-intestinaux (GI), tels que la maladie cœliaque et la maladie inflammatoire de l’intestin, lesquelles ont toutes deux des liens génétiques. Dans le présent article, nous examinerons des choses intéressantes dictées par nos gènes qui peuvent aider à accroître notre compréhension du domaine de la santé GI et hépatique.

Diarrhée associée aux produits laitiers

Quoique la plupart des gens puissent consommer des produits laitiers sans connaître de répercussions, certaines personnes peuvent souffrir de maux gastro-intestinaux importants (y compris diarrhée, gaz et ballonnements) même lorsqu’elles en consomment des quantités relativement petites. Le lactose, sucre présent dans le lait qui est décomposé par une enzyme appelée lactase, est à l’origine du problème. Presque tout le monde a la capacité innée de fabriquer de la lactase puisque le lactose est une composante du lait maternel. Après la première année de vie, certaines personnes perdent cette capacité et ne peuvent plus digérer le lactose présent dans les produits laitiers courants; on dit alors qu’elles sont intolérantes au lactose.

Les chercheurs ont découvert un marqueur génétique pouvant prédire si une personne a la capacité, sur le plan génétique, de produire de la lactase après l’âge d’un an. Cela est important parce que certaines personnes peuvent devenir intolérantes au lactose lorsqu’elles ne le consomment pas pendant une longue période de temps; elles peuvent toutefois réintroduire graduellement les produits laitiers à leur alimentation et retrouver leur capacité de produire de la lactase. Cependant, d’autres personnes ne peuvent pas entraîner leur corps à fabriquer sa propre lactase. Il est préférable pour ces personnes de prendre des suppléments de lactase avant de consommer des produits laitiers ou des substituts aux produits laitiers. Effectuer un test rapide qui vous informe si vous êtes génétiquement intolérant au lactose peut vous aider à faire les bons choix en fonction de votre physiologie.

Pour obtenir des renseignements additionnels sur l’intolérance au lactose, communiquez avec notre bureau ou visitez le site Web mauxdeventre.org.

Protection contre les norovirus

Vous vous êtes déjà sans doute retrouvé dans cette situation : un membre de votre famille, un collègue ou un camarade de classe tombe soudainement malade et, en un rien de temps, vous et la plupart des gens autour de vous souffrez de vomissements, de diarrhée et de douleur abdominale. Vous connaissez peut-être cette affection par son nom courant de « grippe intestinale ». Il s’agit cependant d’une infection par un norovirus qui s’appelle gastro-entérite virale (les vomissements ne sont pas un symptôme de la grippe). Vous connaissez peut-être aussi quelqu’un (ou vous êtes possiblement cette personne chanceuse) qui est rarement aux prises avec cette maladie. Cette personne est sans doute résistante aux souches les plus courantes de norovirus.

Vos gènes déterminent votre résistance aux norovirus. À l’heure actuelle, nous savons avec certitude qu’il y a au moins un marqueur génétique pouvant démontrer si une personne est résistante aux norovirus. Cela ne veut pas dire qu’une personne ne possédant pas ce gène connu sera incapable de résister au virus, puisqu’il pourrait exister d’autres gènes pouvant aussi offrir une résistance contre ce groupe de virus.

Efficacité des IPP

Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont une classe de médicaments utilisés pour traiter le reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique, l’ulcère gastro-duodénal et l’infection à H. pylori en diminuant la quantité d’acide gastrique produite dans votre estomac. (Voir les pages 20 à 22.) Bien que ces médicaments constituent habituellement le traitement le plus efficace pour les personnes atteintes de troubles liés à l’acidité gastrique, certains patients constatent que les doses normales ne sont pas tellement efficaces ou que les bienfaits disparaissent plus rapidement qu’ils ne le devraient.

Certains de nos gènes contrôlent la fabrication d’enzymes qui métabolisent et éliminent les médicaments et autres substances de notre corps. L’un de ces gènes crée des enzymes qui provoquent la décomposition rapide des médicaments de la classe des IPP. Les personnes ayant ce marqueur génétique pourraient nécessiter un dosage d’IPP plus fréquent que ce qui est habituellement prescrit ou elles pourraient nécessiter un traitement auquel sont ajoutés d’autres types de médicaments. Il est important de connaître ces renseignements puisqu’une grande partie de la population (de 35 à 70 % selon l’ethnicité) pourrait posséder cette variante génétique et nécessiterait donc un traitement modifié en conséquence.

Traitement contre l’hépatite C

Dans des articles de bulletins antérieurs, nous avons discuté des traitements curatifs étant disponibles pour l’hépatite C. Nous savons que les inhibiteurs de protéase servant à guérir l’hépatite C doivent être combinés à l’interféron pégylé (peginterféron) et à la ribavirine afin que le traitement réussisse. Nous savons aussi que certaines personnes réagissent très bien à l’interféron pégylé et à la ribavirine, tandis que d’autres personnes ne semblent pas répondre du tout à ce traitement.

Une découverte intéressante en génétique a établi que nous pourrions être en mesure de prédire quelles personnes sont susceptibles de répondre au traitement en question sans avoir à utiliser un processus d’essais et d’erreurs, mais tout simplement en examinant leurs gènes. Certains marqueurs génétiques rendent les gens moins susceptibles de répondre adéquatement à ces médicaments. Savoir à l’avance comment les gens répondront aux médicaments peut sensiblement améliorer le traitement des patients.

Vous avez un faible pour les sucreries?

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certaines personnes raffolent des aliments sucrés tandis que d’autres personnes peuvent s’en passer? Vous vous imaginez peut-être que c’est en raison de la façon dont ils ont été élevés – les aliments qu’ils étaient autorisés à manger au cours de leur enfance, les aliments qu’ils ont appris à aimer en grandissant, et ainsi de suite. Cependant, il existe en réalité des liens génétiques pouvant déterminer si vous développerez un goût pour les sucreries. Les chercheurs ont découvert certains marqueurs génétiques étant liés à la consommation accrue de sucre.

Il existe aussi des gènes qui contrôlent la façon dont nous goûtons les aliments amers. Le goût amer du pamplemousse et du café noir peut être attribué à plusieurs composés chimiques. Nos gènes dictent dans quelle mesure nous sommes sensibles à ces composés. Voilà pourquoi certaines personnes détestent certains aliments amers tandis que d’autres personnes se demandent quel est le problème puisqu’elles les trouvent agréables. Même si l’on aime les aliments amers, cela ne veut toutefois pas nécessairement dire que l’on ne peut pas goûter l’amertume; certaines personnes aiment les aliments amers, tout simplement.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 188 – 2013
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