Dans une étude récemment publiée dans le Journal of Clinical Gastroenterology,1 les chercheurs ont cerné les raisons pour lesquelles les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable (SII) ou de constipation chronique pourraient avoir de la difficulté à communiquer avec leur médecin.

Le SII est un trouble gastro-intestinal fonctionnel qui est chronique et souvent débilitant. Ses symptômes comprennent la douleur abdominale, le ballonnement et des changements dans les comportements intestinaux (constipation ou diarrhée ou encore des selles qui alternent entre les deux consistances extrêmes). Les recherches suggèrent que le SII résulte d’une combinaison complexe de facteurs ayant un lien avec le cerveau, le tube digestif et les influences environnementales, mais l’on ignore toujours sa cause exacte. De même, le développement de la constipation chronique n’a pas de cause connue (idiopathique).

Les auteurs de l’étude déclarent que les médecins et les patients doivent tous deux commencer par reconnaître et accepter que ces affections sont chroniques et qu’elles ont des effets graves sur la vie des personnes qui en souffrent. Des recherches récentes démontrent que seulement entre 25 et 30 % des personnes aux prises avec le SII s’adressent à un professionnel de la santé. La majorité des personnes tentent de s’autotraiter, habituellement sans succès, à l’aide de médicaments en vente libre et beaucoup d’entre eux souffrent pendant des années du SII ou de constipation chronique avant de finalement consulter un professionnel. Même une fois en consultation, les patients peuvent minimiser la gravité de leurs symptômes. De leur part, les médecins peuvent être frustrés par l’absence de marqueurs biologiques précis pouvant servir à des fins de dépistage. Même si les médecins hésitent à se fier à la description subjective des patients en ce qui concerne leurs symptômes, c’est ce qu’ils doivent faire afin de diagnostiquer ces affections avec précision et recommander des traitements appropriés.

Les médecins posent souvent des questions auxquelles on doit répondre par un simple oui ou non, croyant que cela permet de maximiser le peu de temps qu’ils disposent avec chaque patient. Cependant, les recherches montrent que des discussions ouvertes au sujet des symptômes sont plus bénéfiques. Lorsque les médecins posent des questions ouvertes, ils interrompent souvent les patients dans l’espace de 18 à 23 secondes, n’obtenant donc pas certains renseignements précieux, de sorte que les patients éprouvent un sentiment de non-respect et discuteront difficilement de leurs symptômes à l’avenir. La plupart des patients ne nécessitent qu’entre 90 et 120 secondes pour répondre à des questions ouvertes, les explications données révélant habituellement 80 % des renseignements sur le symptôme précis que le médecin a besoin de connaître.

Lorsque les discussions sont plus ouvertes, les patients sont aussi plus aptes à parler de problèmes importants. Par exemple, les patients souffrant d’affections chroniques craignent souvent le développement de complications plus sérieuses telles que le cancer. Il vaut mieux que les médecins écoutent les préoccupations des patients afin qu’ils puissent leur offrir des conseils en ce qui concerne les risques potentiels et dissiper leurs craintes non fondées, améliorant ainsi les soins.

Même si votre médecin pose des questions qui n’exigent qu’un oui ou non, essayez de répondre en fournissant des descriptions claires et concises de vos symptômes et de vos antécédents. Les auteurs de l’étude laissent également entendre que la communication non verbale peut être tout aussi importante que la communication verbale entre les deux parties. Vous paraîtrez plus coopératif et confiant si vous gardez la tête levée et portez votre regard sur le visage du médecin. Décroisez-vous les bras et les jambes, gardez vos mains ouvertes plutôt que serrées et penchez-vous légèrement en avant vers votre médecin.

 

Fin d’un mythe : La constipation chronique ne cause PAS le cancer

Une nouvelle analyse documentaire de 23 études publiée dans l’American Journal of Gastroenterology a conclu que la constipation chronique n’est pas un facteur de risque pour le cancer et qu’en l’absence d’autres symptômes gastro-intestinaux aggravants, elle ne justifie pas un dépistage du cancer.2 Dans huit enquêtes passées en revue, les résultats de colonoscopies pratiquées principalement en raison de constipation ont démontré une prévalence légèrement plus faible de cancer colorectal (CCR) comparativement aux résultats de colonoscopies pratiquées pour d’autres raisons. Trois études de cohorte de qualité élevée ont aussi démontré une baisse du risque de développement d’un CCR chez les personnes atteintes de constipation chronique. La plupart des autres 17 études passées en revue n’étaient pas fiables pour un certain nombre de raisons, notamment du fait que plusieurs d’entre elles ne font pas la distinction entre l’apparition de la constipation chronique avant et après un diagnostic du CCR.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 186 – 2013
1. Di Palma JA et al. The role of Effective Clinician-Patient Communication in the Management of Irritable Bowel Syndrome and Chronic Constipation. Journal of Clinical Gastroenterology. 2012;46(9):748-51.
2. Power AM et al. Association Between Constipation and Colorectal Cancer: Systematic Review and Meta-Analysis of Observational Studies. The American Journal of Gastroenterology. 2013;108(6):894-903.