Si vous souffrez d’un trouble gastro-intestinal (GI), vous savez que sa gestion peut être difficile; maintenant, de nouvelles recherches révèlent que les personnes atteintes de certains troubles GI sont plus susceptibles de développer d’autres problèmes de santé. Des recherches antérieures démontrent que les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable (SII) connaissent souvent un plus grand nombre de maladies non GI que les personnes ne souffrant pas du SII. Jusqu’à maintenant les chercheurs n’ont pas précisément tenté de déterminer si cela est vrai pour les autres troubles GI fonctionnels tels que la dyspepsie fonctionnelle (DF). Cependant, c’est ce que les chercheurs d’une nouvelle étude publiée dans la revue Digestive Diseases and Sciences1 ont fait et ils ont déterminé que les personnes atteintes de DF pourraient aussi être plus susceptibles de connaître des problèmes de santé additionnels comparativement au reste de la population.

La dyspepsie fonctionnelle (DF) est un trouble chronique de la sensation et du mouvement (péristaltisme) du tube digestif supérieur. Le péristaltisme est le mouvement normal de pompage et de contraction vers le bas, de l’œsophage, de l’estomac et des intestins, qui commence après que l’on a avalé. On dit que ce trouble est fonctionnel parce qu’on ne peut observer ni mesurer des anomalies structurelles ou organiques expliquant les symptômes persistants. Les symptômes de la DF comprennent une sensation amplifiée dans le tube digestif supérieur (hyperalgésie viscérale) qui est attribuable à l’évacuation mal coordonnée, voire inefficace, du contenu de l’estomac. Il en résulte de la douleur, une sensation de plénitude, des ballonnements ainsi qu’une incapacité de terminer les repas (satiété précoce). D’autres symptômes courants de la DF sont les brûlures d’estomac, un goût sûr dans la bouche, les rots excessifs, les nausées et, parfois, les vomissements, ceux-ci se présentant aussi dans le reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique. La dyspepsie fonctionnelle est sporadique – les symptômes peuvent être d’une gravité accrue pour plusieurs semaines ou mois pour ensuite diminuer ou disparaître complètement pour une certaine période de temps sans aucune raison apparente.

Dans le cadre de l’étude courante en question, les chercheurs ont analysé des données provenant de réclamations d’assurance maladie remboursées afin de déterminer si les personnes consultant pour la DF avaient également été traitées pour d’autres affections, et ce plus souvent que d’autres personnes ne souffrant pas de ce trouble. Ils ont classé toutes les affections médicales en 17 catégories diagnostiques majeures, celles-ci étant divisées en 261 catégories plus petites à l’aide d’un système développé par la United States Agency for Healthcare Research and Quality. Après avoir recueilli des informations de 1 669 personnes atteintes de DF et de 83 450 sujets témoins dont les critères démographiques étaient semblables, ils ont constaté que les sujets du groupe de DF nécessitaient sensiblement plus d’attention médicale pour 15 des 17 catégories diagnostiques majeures. Les personnes atteintes de DF étaient six fois plus susceptibles d’avoir d’autres problèmes liés à l’appareil digestif, 2,5 fois plus susceptibles de développer un trouble sanguin ou un trouble lié aux organes qui fabriquent le sang, et deux fois plus susceptibles de développer des troubles mentaux, des infections et des maladies parasitaires comparativement aux sujets du groupe témoin. Elles n’étaient cependant pas plus susceptibles que celles du groupe témoin de développer des problèmes liés à la grossesse, à la naissance ou à la période périnatale.

De plus, les personnes atteintes de DF devaient en général faire plus souvent appel à des services de soins de santé que les témoins, entraînant des coûts plus élevés pour le système de santé. Les chercheurs ont constaté que les services pour les personnes souffrant de DF étaient plus coûteux pour 155 des petites catégories diagnostiques et que les personnes souffrant de DF utilisaient plus de services médicaux que les témoins pour 179 catégories. En revanche, aucune des catégories ne s’est avérée plus coûteuse pour le groupe témoin et ce n’est que pour une seule catégorie que les sujets ont utilisé plus de services (troubles liés à la grossesse). Le fait que ces statistiques soient unilatérales est important puisqu’elles démontrent que les résultats ne peuvent probablement pas être attribués à la chance et sont donc plus fiables.

 

Cette étude a aussi permis de faire la lumière sur la façon dont la dyspepsie fonctionnelle est liée à quelques autres problèmes GI. Les chercheurs ont établi que les personnes atteintes de DF sont huit fois plus susceptibles d’être atteintes de SII que la population générale. De plus, elles étaient plus susceptibles de développer un cancer de l’œsophage, de l’estomac ou du pancréas que celles du groupe témoin. Les chercheurs nous rassurent cependant que la dyspepsie fonctionnelle ne mène probablement pas au cancer et qu’il est possible que chez un petit groupe de personnes, des symptômes ressemblant à ceux de la dyspepsie puissent résulter d’un cancer non lié ou de son traitement.

 


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 181 – 2012
1. Brook RA et al. Excess Comorbidity Prevalence and Cost Associated with Functional Dyspepsia in an Employed Population. Digestive Diseases and Sciences. 2011;57(1):109-18.