La plupart d’entre nous ne pensent pas à notre tube digestif autre qu’en fonction de ce que nous y mettons, bien que les personnes qui souffrent d’une maladie ou d’un trouble digestif s’inquiètent souvent un peu plus de ce qui en ressort. Comparez cela à la peau, en ce sens qu’un teint éclatant est étroitement lié à notre perception de la beauté. Nous pensons à nos systèmes musculosquelettique et cardio-vasculaire lorsque nous faisons de l’exercice. Notre système nerveux joue un rôle de premier plan lorsque nous apprenons et nous pensons. Au moins la moitié de la population humaine adulte passe beaucoup de temps à penser à leur système reproductif. Or, les organes complexes qui fournissent les matières premières à la vie passent habituellement inaperçus, à moins qu’ils ne soient associés à la douleur ou à la maladie. Alors, prenons quelques minutes pour ruminer les principaux aspects de la digestion.

Il est difficile de comprendre ce qu’est la digestion sans avoir une compréhension fondamentale des composants chimiques de la nourriture. Prenez un repas composé de bifteck, de pommes de terre pilées, d’asperges grillées et de tarte aux pommes à la mode. Le bifteck contient des protéines et des lipides. Les pommes de terre pilées et les asperges sont composées surtout de glucides, ainsi que de petites quantités de protéines; toutefois, un gras tel que le beurre peut avoir été ajouté aux pommes de terre. La crème glacée et la tarte contiennent des glucides, des lipides et un peu de protéines. Et finalement, chaque aliment au menu est composé surtout d’eau.

Qu’est-ce qu’un glucide en fait? C’est un terme qui désigne tous les sucres, les amidons et les fibres. Le fructose, le glucose, le lactose, et le sucrose sont des sucres simples composés d’une ou deux molécules de sucre. Les amidons et les fibres sont des glucides complexes composés de longues chaînes de sucres simples. La fonction primaire des glucides est de fournir l’énergie à chacune des cellules de notre corps.

Les protéines accomplissent les fonctions chimiques et mécaniques associées à la vie; elles font contracter les muscles, lient les tissus ensemble et constituent la machinerie moléculaire du corps. Les protéines sont composées de longues séquences de 22 molécules simples différentes appelées les acides aminés. Les lipides consistent en de longues chaînes d’atomes de carbone et d’hydrogène, que l’on appelle les acides gras. Ces acides gras sont de riches sources d’énergie et exercent d’autres fonctions dans le corps; ils contribuent par exemple aux fonctions cérébrales, protègent les organes internes et facilitent l’absorption de certaines vitamines.

Les glucides, les protéines, les lipides et l’eau représentent 99,9 % de ce que nous mangeons.

Pour nourrir nos cellules, nos corps ont besoin de décomposer les aliments en leurs plus simples composants. Chaque bouchée doit finir par devenir un sucre simple, un acide aminé, un acide gras ou une molécule d’eau. La première étape est la mastication qui réduit la nourriture en morceaux assimilables. La salive lubrifie et facilite le passage de la bouchée de nourriture (que l’on appelle maintenant bol alimentaire) dans l’œsophage. La salive contient également une enzyme ou protéine, appelée amylase salivaire, qui facilite les réactions chimiques et qui catalyse la dégradation de l’amidon en chaînes plus courtes de sucres simples.

Maintenant que nous comprenons les principaux composants chimiques des aliments que nous mangeons, examinons comment l’appareil digestif les extrait de la nourriture! L’intérieur de l’œsophage, de l’estomac et des intestins est techniquement à l’extérieur de votre corps ― c’est comme un tunnel de 10 mètres de longueur qui communique librement avec votre environnement externe. De plus, ce tunnel est tapissé d’un type de cellules épithéliales qui agissent comme barrière un peu comme le font les couches cellulaires externes de votre peau.

L’œsophage est plus qu’un simple tube creux reliant la bouche au reste de l’appareil digestif; ses parois musculaires poussent le bol alimentaire dans l’estomac grâce à un processus appelé péristaltisme. Il y a deux couches de muscles tout le long du tube digestif : une couche circulaire qui se contracte et propulse le bol et une couche longitudinale qui raccourcit l’œsophage, recouvrant le bol. Le péristaltisme mélange la nourriture pour qu’elle s’achemine tout le long tube digestif, grâce à des mouvements coordonnés de contractions qui se propagent progressivement le long des couches musculaires circulaire et longitudinale. Lorsque la nourriture arrive au bout de l’œsophage, un anneau musculaire, appelé sphincter de l’œsophage inférieur, se relâche pour permettre au bol d’entrer dans l’estomac.

Dans l’estomac, le bol devient un mélange liquide à consistance de bouillie, que l’on appelle chyme. Les sécrétions de l’estomac sont environ dix fois plus acides que le vinaigre. Ce faible pH détruit les formes tridimensionnelles complexes de la plupart des protéines grâce à un processus connu sous le nom de dénaturation. L’activation et le fonctionnement optimal d’une enzyme digestive, appelée pepsine, qui se trouve dans l’estomac exigent un environnement acide. La pepsine décompose d’autres protéines, le collagène en particulier, qui est le constituant principal du réseau résistant de protéines qui lient le tissu animal ensemble. L’estomac aussi se contracte et se décontracte dans un mouvement semblable au péristaltisme afin de bien mélanger son contenu. De petites quantités de chyme traversent lentement le sphincter pylorique de l’estomac pour passer dans le duodénum, la première partie de l’intestin grêle.

Les autres glucides, protéines et lipides sont décomposés chimiquement dans le duodénum et le jéjunum. Bien que la mastication, la salive et l’estomac jouent effectivement un rôle, la vaste majorité de la digestion se fait après l’estomac. Le pancréas produit les enzymes nécessaires pour décomposer les glucides complexes en sucres simples, les protéines en acides aminés individuels et les lipides en acides gras libres. Il sécrète ces enzymes dans le duodénum, dissoutes en un liquide alcalin qui neutralise l’acidité du chyme. Finalement, les protéines sur la surface cellulaire de l’intestin grêle convertissent les sucres simples et les acides aminés jumelés en sucres et acides aminés individuels respectivement, puis les acheminent dans les cellules et la circulation sanguine. Les acides gras doivent subir une autre transformation avant de pouvoir être absorbés. Comme nous le savons tous, l’huile et l’eau ne se mélangent pas, et cela est vrai des gouttelettes de lipides et du reste du chyme liquide à base d’eau dans l’intestin grêle. C’est à cette étape que la bile entre en jeu. Produite dans le foie et emmagasinée dans la vésicule biliaire, la bile aide à digérer les lipides par émulsification. Dans ce processus, la bile sécrétée dans le duodénum s’associe aux grosses gouttelettes de lipides liquides pour former de petites sphères de la taille de molécules. Dans ces petites sphères, ou micelles, les enzymes pancréatiques peuvent décomposer les triglycérides (lipides) en acides gras libres. Les micelles elles-mêmes sont assez petites pour être absorbées par les cellules intestinales. Tous les nutriments absorbés pénètrent dans la circulation sanguine au moyen de vaisseaux situés dans les parois de l’intestin.

Le reste des matières non absorbées pénètrent maintenant dans le côlon, qui reçoit de 0,5 à 1,5 litre de liquides tous les jours. Le côlon réduit le volume des selles quotidiennes à seulement 0,1 litre en absorbant l’excès d’eau. En outre, il renferme une vaste population de bactéries qui offrent une protection contre d’autres microorganismes néfastes que nous pourrions ingérer par mégarde. À ce stade-ci, les matières fécales sont formées à partir des autres matières qui ne peuvent être absorbées et sont ensuite évacuées du corps. Cela complète le bref survol de la digestion.

Qu’entendez-vous par absorption de l’eau et des nutriments?

L’absorption désigne le mouvement des nutriments tout le long de la surface interne du tube digestif pour finalement se rendre dans la circulation sanguine. Elle se passe surtout dans l’intestin grêle; environ 8,5 litres de liquides y entrent chaque jour, et seulement de 0,5 à 1,5 litre en sort. Pour accomplir cette fonction, la surface interne de l’intestin grêle est composée de nombreux plis, ce qui accroît la superficie et permet un plus grand pouvoir d’absorption par la paroi intestinale. S’il ne s’agissait que d’un tube creux et lisse, seulement un demi-mètre carré de surface intestinale, soit une superficie d’environ 5,3 pieds carrés, viendrait en contact avec les nutriments. Grâce aux plis, la superficie est d’environ 200 m2, soit une surface de la grandeur d’un terrain de tennis. Il y a trois types d’irrégularités de la paroi intestinale interne qui augmentent la surface : les plicae circulares (plis circulaires) sont les plis de tissu qui peuvent être vus à l’œil nu; les villosités sont des structures microscopiques filiformes composées de nombreuses cellules; et les microvillosités sont des projections encore plus petites qui se trouvent sur la surface cellulaire de l’intestin grêle (voir le diagramme ci-dessous). Le chyme est mélangé par péristaltisme pour accroître l’exposition à cette superficie amplifiée.

 

Est-ce que l’estomac absorbe quelque chose?

L’alcool et l’aspirine sont parmi les quelques rares choses qui sont absorbées dans l’estomac, ce qui explique pourquoi vous pouvez vous sentir un peu ivre après quelques gorgées de vin et pourquoi un mal de tête est soulagé si rapidement après avoir pris des aspirines. L’eau, ainsi que quelques électrolytes, peuvent aussi être absorbés dans l’estomac. Cependant, la majorité des nutriments sont absorbés dans l’intestin grêle, quelques vitamines et minéraux étant absorbés dans le gros intestin.

 

Pourquoi est-ce que l’estomac, le pancréas et les intestins ne se digèrent-ils pas eux-mêmes?

Environ 100 millions de neurones (cellules nerveuses), des douzaines d’hormones et d’innombrables stratégies complexes travaillent ensemble pour régulariser rigoureusement chaque fonction du tube digestif, depuis la sécrétion d’enzymes jusqu’au péristaltisme. Prenez l’exemple de la trypsine, qui décompose les protéines dans l’intestin grêle. Elle est emmagasinée sous forme inactive afin de ne pas pouvoir digérer le pancréas et elle est activée par d’autres enzymes une fois qu’elle atteint l’intestin. Elle ne digère pas la paroi intestinale toutefois, en partie à cause de sa couche protectrice de mucus. La trypsine produit de courtes chaînes d’acides aminés grâce à son activité enzymatique, et ces courtes chaînes provoquent la libération d’une hormone qui réduit la sécrétion d’enzymes pancréatiques (et donc de la trypsine). Finalement, la trypsine décompose d’autres molécules de trypsine, ce qui fait en sorte qu’elle ne reste pas dans l’intestin grêle pendant très longtemps. Il existe également des stratégies de protection dans l’estomac; une épaisse couche muqueuse tapisse la paroi de l’estomac pour empêcher l’acide chlorhydrique très concentré et les enzymes de digestion des protéines de détruire la paroi interne de l’estomac.

 

Pourquoi est-ce que certains aliments nous remplissent plus que d’autres, même si on en mange la même quantité?

C’est vrai que la quantité de nourriture que vous consommez ne détermine pas nécessairement pendant combien de temps vous vous sentirez repu après un repas. Le degré de satiété que vous ressentez après avoir mangé un aliment particulier dépend de trois facteurs clés : la teneur en eau, la teneur en fibres et les proportions de lipides, protéines et glucides. Vous vous sentirez rassasié peu de temps après avoir mangé des aliments qui contiennent beaucoup d’eau, comme les fruits et les légumes, mais cette impression diminuera rapidement à mesure que l’eau est absorbée. Les aliments riches en fibres, comme les grains entiers et les lentilles, prennent plus de temps à digérer que les aliments à faible teneur en fibres, de sorte que vous vous sentirez rassasié pendant plus longtemps. Le corps digère chaque constituant alimentaire à un rythme différent, les glucides étant digérés plus rapidement que les protéines et les lipides. Par conséquent, les aliments riches en lipides, tels qu’un hamburger, ralentissent la sortie du chyme de l’estomac. Le chyme demeurant plus longtemps dans votre estomac, l’impression de satiété persistera longtemps après avoir mangé. (Nous ne recommandons pas les hamburgers pour la simple raison de se sentir rassasié plus longtemps!)

 

Faut-il être assis droit ou être debout pour digérer la nourriture?

Le processus de digestion ne dépend pas de la gravité, mais plutôt du péristaltisme; les muscles du tube digestif sont tellement forts que vous pourriez manger à l’envers ou même dans un environnement d’apesanteur! Toutefois, le fait d’être couché ou suspendu la tête en bas pendant la digestion entraînera vraisemblablement un reflux acide chez les personnes qui souffrent de reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique.

 

Pourquoi certains aliments affectent-ils l’absorption des médicaments?

Ce phénomène s’explique de manières différentes selon le type précis de médicament et d’aliment. Prenons par exemple, le pamplemousse ou son jus, qui fait obstacle aux enzymes responsables de la décomposition de divers médicaments dans l’appareil digestif. Sans les enzymes, les médicaments ne peuvent pas être digérés et absorbés adéquatement et ne peuvent donc pas remplir leur fonction dans le corps. Il est important de toujours lire les étiquettes sur les médicaments sur ordonnance pour voir si certains aliments sont contre-indiqués ou d’en parler avec votre pharmacien.

 

Certains aliments sont-ils plus faciles à digérer que d’autres?

Certains aliments sont plus faciles à digérer que d’autres, selon votre maladie ou trouble. Les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable pourraient trouver que des diètes plus faibles en glucides aident à atténuer leurs symptômes, de même que le fait de faire cuire leurs fruits et légumes plutôt que de les manger crus. Les médecins recommandent aux patients souffrant d’ulcère gastro-duodénal d’éviter certains aliments tels que le chocolat, les produits à base de tomates et l’alcool pendant que les ulcères guérissent. Il peut être utile de tenir un journal alimentaire pour établir quels aliments sont digérés facilement et lesquels aggravent votre inconfort.

 

Y a-t-il quelque chose que je peux faire pour accélérer la digestion?

Accélérer la digestion est utile si vous avez des selles moins fréquentes, comme en cas de constipation. Des études démontrent que l’exercice augmente la vitesse de digestion dans le corps. La caféine peut aussi être un stimulant pour la digestion, bien que les professionnels de la santé mettent en garde contre une consommation élevée de caféine tous les jours en raison des effets néfastes que la caféine peut avoir sur la santé.

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Andrew Vargo, MD
Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® Numéro 174 – 2010