Souffrez-vous de maladie inflammatoire de l’intestin et vous inquiétez-vous que cela pourrait affecter votre capacité d’avoir une grossesse en santé? Des chercheurs européens ont découvert que la grossesse pourrait en vérité vous être bénéfique. Dans une étude menée en 2006, publiée dans l’American Journal of Gastroenterology, des chercheurs ont tenté d’établir le rapport entre la MII et la grossesse. Maladie inflammatoire de l’intestin est une expression qui fait habituellement référence à deux maladies du tube digestif : la maladie de Crohn (MC) et la colite ulcéreuse (CU). Ces deux maladies touchent souvent les femmes en âge d’avoir des enfants.

Bien qu’il existe de nombreuses études sur les effets de la MII sur la grossesse, il y a très peu de documentation concernant les effets de la grossesse sur la MII. Des études antérieures ont démontré que si la grossesse survient pendant une période de rémission de la maladie de Crohn, environ le tiers des patientes connaîtront une rechute pendant la grossesse, taux semblable à celui constaté chez les femmes atteintes de maladie de Crohn qui ne sont pas enceintes, sur une période de neuf mois. Toutefois, si la grossesse survient pendant que la maladie est active, alors la maladie demeurera active chez deux tiers des femmes et s’aggravera chez deux tiers de celles-là.

La fertilité diminue chez les patientes atteintes de maladie de Crohn active, de même que chez les femmes souffrant de colite ulcéreuse, à la suite d’une chirurgie pour la formation d’une poche. Si la MC est inactive, la fertilité demeure la même que chez la population non atteinte de MII. Un diagnostic de MII fait passer les risques d’avortement spontané à 13 % comparativement à 6,5 % chez la population non atteinte de la maladie. Des rapports antérieurs ont démontré que la maladie active augmente l’incidence de perte fœtale, de mort fœtale tardive, d’accouchement prématuré, de faible poids à la naissance et d’anomalies du développement.

Cette étude se composait d’un groupe présélectionné de 316 femmes (110 atteintes de MC et 206 atteintes de CU) provenant d’une cohorte initiale de 2,201 personnes atteintes de MII, inscrites dans des centres médicaux européens au début des années 90 et ayant fait l’objet d’un suivi sur une période de plus de dix ans.

Au total, 266 femmes ont signalé 580 grossesses et pour près de 72 % de ces femmes la première grossesse a eu lieu avant le diagnostic de MII. Les 50 autres femmes n’ont pas signalé de grossesses, affirmant qu’elles n’avaient jamais eu l’intention de devenir enceintes.

Près de la moitié de ces femmes prenaient des médicaments au moment de la conception ou pendant la grossesse – surtout des comprimés 5-ASA et des corticostéroïdes. Le nombre d’anomalies congénitales était faible. Quelques femmes seulement prenaient des immunomodulateurs; les auteurs de cette étude ne pouvaient donc pas tirer de conclusions concernant l’innocuité des médicaments pendant la grossesse.

La fréquence d’accouchement par césarienne était beaucoup plus élevée dans le cas des grossesses survenues après un diagnostic de MII. 28,7 % de ces accouchements étaient par césarienne, tandis que seulement 8,1 % des accouchements avant qu’un diagnostic de MII ne soit posé, étaient par césarienne. Cependant, lors de cette période, on a également constaté une hausse des accouchements par césarienne dans la population générale. Chez les patientes atteintes de MC, dont la maladie périanale est active, la césarienne est la méthode d’accouchement recommandée par les médecins, alors que l’accouchement par voie vaginale est habituellement sécuritaire pour les patientes atteintes de CU qui ont subi une chirurgie pour la formation d’un réservoir iléoanal pourvu que cette méthode d’accouchement n’endommage pas le sphincter de l’anus.

Dans le cas des patientes atteintes de maladie de Crohn, la grossesse n’a eu aucun effet de blocage ou de rétrécissement du tube digestif, appelé sténose, et n’a eu aucune incidence sur la nécessité d’une intervention chirurgicale.

Les femmes, tant dans le groupe de MC que dans le groupe de CU, ont connu moins de poussées actives pendant la grossesse et la période postpartum que les femmes atteintes de MC et de CU qui n’étaient pas enceintes, celles souffrant de MC manifestant la plus grande réduction de poussées actives. Une poussée active est définie comme étant une consultation à l’hôpital en raison de l’activité accrue de la maladie nécessitant des ajustements au niveau des médicaments ou une intervention chirurgicale.

Les auteurs laissent entendre que l’effet positif de la MII sur les patientes durant la grossesse et la période postnatale pourrait être attribuable aux efforts accrus déployés par l’équipe des soins de santé pour s’assurer que les femmes restent en rémission pendant la grossesse et par la suite, pour éviter d’avoir des bébés nés avant terme ou des bébés trop petits pour leur âge gestationnel. Cependant, les chercheurs postulent également que la grossesse pourrait avoir un effet positif sur le système immunitaire, hypothèse qui semble être appuyée par le fait que l’évolution de la maladie s’est améliorée en dépit du fait que l’usage des médicaments était sensiblement le même avant, pendant et après la grossesse. D’autres recherches doivent être effectuées pour valider ces résultats. Les auteurs de l’étude tiennent à souligner qu’il s’agissait d’une étude de collecte de données rétrospective et que les résultats sont donc assujettis au biais de rappel des patientes.

En conclusion, si vous souffrez de maladie inflammatoire de l’intestin et que vous voulez avoir des enfants, cette étude – et d’autres avant elles – montre que la maladie n’aura pas un effet néfaste sur la grossesse ni sur le développement du fœtus et laisse même entendre que la grossesse pourrait avoir un effet positif sur l’évolution de la maladie. Un mot d’avertissement – tout se passera mieux pendant la grossesse et la période postpartum si votre maladie est en rémission au moment de la conception.


Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 158 – Novembre/Décembre 2006