La rétroaction biologique, combinée à de meilleurs choix alimentaires, pourrait soulager la constipation chronique, surtout le sous-type appelé défécation dyssynergique, plus efficacement que les médicaments. Le passage des selles est une fonction essentielle du corps qui devrait être instinctive tout comme l’est la respiration; toutefois, certaines personnes éprouvent des difficultés avec ce processus.

Une fréquence normale du passage des selles se situe entre trois fois par jour et trois fois par semaine. La constipation chronique se définit habituellement comme un passage des selles se produisant moins de trois fois par semaine, et ce, de façon régulière. Des efforts de défécation excessifs, une évacuation incomplète et des selles dures accompagnent habituellement les passages peu fréquents. Nombreuses personnes souffrent de constipation de temps à autre, mais la constipation chronique (continue, constante) touche entre 12 et 19 % de la population.

 

Il existe trois types de constipation chronique qui se chevauchent dans une certaine mesure :

La défécation dyssynergique, aussi appelée anisme ou asynchronisme abdomino-pelvien, est la défaillance des muscles abdominaux, rectaux, du plancher pelvien et du sphincter anal à coordonner et à compléter la défécation. Il en résulte une mauvaise propulsion des selles du rectum, des contractions anales paradoxales, une relaxation anale insuffisante ou une combinaison de ces mécanismes. Environ un tiers des patients souffrant de constipation chronique reçoivent un diagnostic de défécation dyssynergique.

 

La constipation à transit lent se produit lorsque le contenu intestinal se déplace trop lentement à travers le tube digestif, ce qui cause une trop grande absorption d’eau et entraîne des selles plus fermes.

 

Le syndrome de l’intestin irritable à constipation prédominante (SII-C), où la constipation est le symptôme prédominant parmi les symptômes classiques du SII : douleur abdominale, ballonnements, diarrhée, constipation ou des selles qui alternent entre les deux consistances extrêmes.

 

Il est essentiel d’augmenter l’ingestion de fibres alimentaires et de liquides afin d’aider à diminuer la constipation. Le traitement médical de la constipation chronique comprend souvent des laxatifs traditionnels, mais une étude récente a démontré que seulement 53 % des patients étaient satisfaits des résultats obtenus avec ces médicaments.

 

Une étude de l’Université d’Iowa publiée en mars 2007 dans la revue Clinical Gastroenterology and Hepatology se fonde sur des recherches antérieures pour démontrer clairement les avantages de la rétroaction biologique comparativement à une thérapie standard et une fausse rétroaction.

Traitement standard : Lors d’une visite initiale, un gastro-entérologue, une infirmière-thérapeute et un diététiste ont fourni aux sujets des conseils sur les habitudes intestinales, l’exercice, l’usage de laxatifs, la consommation de fibres alimentaires, l’apport en liquides et l’apprentissage de l’évacuation des selles minutée. Ces conseils ont été renforcés lors des trois visites de suivi mensuelles. Le diététiste a conseillé aux sujets d’adopter une diète équilibrée comportant un nombre approprié de calories, d’augmenter l’apport en fruits et légumes à cinq portions par jour et de consommer 25 g de fibres provenant de sources d’aliments naturels quotidiennement.

 

Traitement de rétroaction biologique : En plus du traitement standard, les sujets ont reçu une formation initiale donnée par une infirmière spécialisée, suivie d’un maximum de six séances d’une heure toutes les deux semaines pendant trois mois. L’apprentissage par rétroaction biologique consistait en l’insertion d’une sonde dans l’anus du sujet tandis que celui-ci visionnait ses activités musculaires à l’écran d’un ordinateur. Le but de la coordination recto-anale était d’augmenter les efforts de poussées – que pouvait voir le sujet à l’écran de l’ordinateur – tout en effectuant une relaxation synchronisée du sphincter anal. Les thérapeutes ont surveillé les techniques de respiration des sujets et leur ont fourni des conseils appropriés de même qu’une rétroaction afin qu’ils sachent comment améliorer leurs efforts de défécation. Les sujets ont également reçu un conditionnement sensoriel au moyen du gonflage et du dégonflage d’un ballon rectal.

 

Traitement de fausse rétroaction : En plus du traitement standard, les sujets ont reçu jusqu’à six séances d’une heure toutes les deux semaines pendant trois mois. Lors de chaque séance, afin d’imiter le traitement de rétroaction biologique, une infirmière a placé une sonde dans le rectum du sujet, mais n’a pas fourni de conseils pour améliorer la défécation. Ces sujets ont aussi reçu un conditionnement sensoriel par ballon rectal.

 

L’étude comptait 77 participants en tout (69 femmes et 8 hommes) répartis au hasard dans les trois groupes de traitement. Après trois mois, les résultats étaient sensiblement plus positifs pour le groupe recevant le traitement de rétroaction biologique que pour les deux autres groupes. Par exemple, le nombre de défécations spontanées et complètes était significativement accru chez le groupe recevant la rétroaction biologique active comparativement aux groupes standard et de fausse rétroaction. Les tendances de dyssynergie étaient corrigées chez 79 % des sujets recevant le traitement de rétroaction biologique, chez 4 % des sujets recevant le traitement de fausse rétroaction et chez 8,3 % des sujets recevant uniquement le traitement standard.

Fait intéressant, une étude menée en 2005 chez 52 sujets a obtenu des résultats semblables. Après six mois, 71 % des patients souffrant de dysfonctionnement du plancher pelvien ont rapporté des résultats satisfaisants. Le suivi mené auprès de ces sujets après une période de deux ans a démontré qu’ils étaient en mesure de maintenir les améliorations obtenues.

Les constatations de ces deux études soulignent l’importance du conditionnement neuromusculaire pour obtenir un bon fonctionnement intestinal, surtout chez les patients souffrant d’anisme.

Il faut faire preuve de prudence lorsqu’un patient a une fissure anale non diagnostiquée; l’insertion des instruments de rétroaction biologique dans le rectum lors des procédures serait douloureuse et pourrait aggraver le problème. Il vaut mieux discuter de la rétroaction biologique avec votre médecin en premier lieu afin de vérifier s’il existe des contre-indications.


Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 161 – Mai/Juin 2007
1. Clinical Gastroenterology and Hepatology. 2007. Mar; 5:331-338.
2. Gastroenterology. 2005. Jul; 129(1):86-97.