Pain

La douleur joue un rôle vital pour les créatures vivantes dotées d’un système nerveux, y compris les humains. Les sensations désagréables de la douleur nous persuadent de rester à l’écart de situations qui occasionnent des dommages à notre corps. Sans ce système d’alarme intégré, éviter de mordre notre langue serait une tâche difficile, il serait possible de ne pas remarquer que notre main repose sur une cuisinière brûlante et nous ne consulterions pas un médecin pour faire réparer un os brisé. Aussi déplaisante que soit la douleur, elle est extrêmement importante à notre survie.

La douleur est un facteur déterminant dans la maladie inflammatoire de l’intestin, le syndrome de l’intestin irritable, la dyspepsie fonctionnelle, le RGO pathologique et la diverticulose colique, tout en étant courante dans plusieurs autres maladies et troubles GI.

 

Qu’est-ce que la douleur?

Selon l’Association internationale pour l’étude de la douleur, elle est « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à un dommage tissulaire présent ou potentiel, ou décrite en termes d’un tel dommage ».

Lorsque notre corps est blessé ou menacé, nos fibres nerveuses transmettent un message au cerveau pour lui faire savoir que quelque chose ne va pas. La majorité de l’expérience associée à la douleur se produit dans le cerveau, lequel traite l’information provenant de ces signaux. Cependant, la douleur n’est pas simplement un message transmis des nerfs au cerveau. Le cerveau assure souvent la médiation de ce message selon nos expériences, d’autres stimuli et de différents facteurs environnementaux, entre autres.1

Par exemple, les gens ont tendance à ressentir une plus grande douleur lorsqu’ils croient que leur blessure est grave et moins de douleur lorsqu’ils croient que leur blessure est légère, peu importe le degré réel de la blessure. Le cerveau peut même renvoyer un message aux nerfs pour les calmer s’il juge que la situation est sûre. Inversement, le cerveau peut indiquer aux nerfs de continuer une décharge injustifiée, occasionnant une douleur inutilement grave ou une douleur qui dure beaucoup plus longtemps que nécessaire. Votre état d’esprit émotionnel peut aussi avoir un effet sur les types de messages échangés entre le cerveau et les nerfs. L’anxiété entraîne le cerveau à susciter des signaux additionnels des nerfs, prolongeant la durée de la douleur et augmentant sa gravité, alors qu’un sentiment de sécurité réduit la demande de signaux, diminuant alors la douleur ressentie.

L’effet du cerveau sur la douleur est évident lorsque l’on considère qu’un placébo utilisé pour soulager la douleur fonctionne souvent remarquablement bien et que parfois aucune douleur n’est ressentie jusqu’à ce qu’un autre stimulus nous amène à prendre conscience de la blessure, comme voir la lésion par exemple.

 

Avant de comprendre que la douleur est une façon pour notre corps, par l’entremise de nos neurones, de nous indiquer que quelque chose ne va pas, les gens croyaient que la douleur était une punition de Dieu. Douleur en anglais est pain qui est dérivé du mot latin poena, qui veut dire « punition, pénalité », et le mot grec ποινή (poine) se traduit par « le prix payé, pénalité, punition ». Ces mêmes racines se trouvent aussi dans d’autres mots anglais comme penalty et punish.11

 

Quels sont les différents types de douleur?

Bien que l’on réfère habituellement à n’importe quoi qui fait mal comme de la douleur, il existe en fait plusieurs différents types de douleur dont les stimuli et les traitements sont uniques et que notre corps traite et reconnaît de différentes façons.

 

Douleur nociceptive

La plus grande partie de la douleur que nous ressentons est la douleur nociceptive, qui provient de la stimulation d’un type de fibres nerveuses périphériques que l’on appelle nocicepteurs. C’est ce que l’on ressent lorsque l’on se cogne l’orteil, que l’on enlève un plat chaud du four avec les mains nues, que l’on s’égratigne un genou, que l’on se brise un bras ou que l’on souffre d’une autre sorte de lésion tissulaire. On peut diviser la douleur nociceptive en d’autres catégories selon le type de stimulus qui cause la douleur ou selon l’endroit du corps où la douleur est ressentie.

 

Trois principaux types de stimuli causent la douleur nociceptive :

  1. Les stimuli mécaniques, qui entraînent des blessures telles que des coupures, des ecchymoses, des foulures et des fractures;
  2. Les stimuli thermiques, provenant généralement de températures extrêmes, résultant en des blessures telles que des brûlures causées par la chaleur et l’engelure; et
  3. Les stimuli chimiques, lorsqu’une substance blesse le corps, comme dans le cas de brûlures chimiques ou de savon dans les yeux.

 

La façon dont nous ressentons la douleur nociceptive dépend aussi de l’endroit du corps à l’origine de la douleur :

  1. La douleur somatique superficielle provient d’une blessure à la peau. Il est habituellement très facile de localiser la source de la douleur, qui est très spécifique et souvent vive. On ressent ce type de douleur dans le cas de coupures, d’ecchymoses et de brûlures.
  2. La douleur somatique se produit lorsque la lésion est plus profonde, comme dans le cas d’une blessure à un tendon ou à un ligament, d’un os fracturé, d’une entorse et d’une élongation musculaire.
  3. La douleur viscérale provient des organes internes; elle est souvent une douleur générale dont la source est difficile à identifier. Les personnes atteintes d’une maladie ou d’un trouble digestif sont généralement les plus familiarisées avec ce genre de douleur.

 

Douleur neuropathique

Cette étrange sensation que l’on ressent lorsque que l’on frappe la partie sensible de notre coude est un exemple commun de la douleur neuropathique, qui se produit lorsque la blessure touche le système nerveux. Elle diffère de la douleur nociceptive en ce sens qu’elle n’est pas une douleur persistante, pulsatile ou lancinante. La douleur neuropathique se manifeste généralement comme une sensation de fourmillement, d’engourdissement, de démangeaisons, de brûlement, de froid ou de décharge électrique. Ce type de douleur est courant chez les personnes dont le système nerveux central est endommagé par une maladie comme la sclérose en plaques ou par une lésion à la moelle épinière. Elle est aussi présente chez les personnes dont le système nerveux périphérique est atteint, comme dans le cas d’une carence alimentaire, de certains types de cancer, du VIH, de l’herpès, du diabète ou d’une exposition à certaines toxines. De plus, les personnes aux prises avec la maladie cœliaque sont plus susceptibles de connaître cette sorte de douleur.

La douleur fantôme est un autre type de douleur neuropathique qui se produit chez un amputé lorsqu’il perçoit de la douleur dans un membre manquant.

 

Douleur psychogène

Ce type de douleur se produit lorsqu’un trouble émotif ou mental occasionne de la douleur, ou aggrave ou prolonge la douleur. Par exemple, les douleurs abdominales, les maux de tête, la douleur musculaire et les maux de dos, entre autres, sont causés par de fortes émotions telles que la peur, l’anxiété et la dépression. La douleur psychogène peut aussi se produire lorsque la détresse mentale ou émotive augmente la gravité d’autres maux. Comme il a été mentionné plus tôt, la majorité de la douleur se produit dans le cerveau, ce qui signifie que les troubles mentaux et les émotions peuvent avoir une incidence énorme sur la façon dont nous interprétons les signaux de douleur. Par exemple, cette douleur est courante chez les personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable – elles ressentent généralement plus de douleur et de malaises dans leurs intestins lorsqu’elles sont sous l’effet du stress ou qu’elles présentent des symptômes de troubles mentaux.

 

Traitement de la douleur

La première ligne de défense contre la douleur est de traiter sa cause. Puisque la douleur est habituellement une réaction à quelque chose qui nuit à notre corps, la façon la plus simple de la réduire est de traiter ou d’éliminer le stimulus. Cela n’est cependant pas toujours possible. Il existe de nombreuses affections pouvant avoir des effets chroniques sur notre corps et qui sont persistantes, incurables ou même impossibles à traiter. Chez certaines personnes, il n’y a pas d’élément déclencheur de la douleur, rendant l’affection très difficile à traiter. En raison de ces problèmes, de nombreuses personnes connaissent une douleur chronique – une douleur en un endroit précis qui se manifeste pendant au moins trois mois.

À l’heure actuelle, un Canadien sur cinq est aux prises avec une douleur chronique, les femmes et les aînés y étant les plus susceptibles.2 Cette douleur chronique peut avoir une influence énorme sur la qualité de vie d’une personne. Des études démontrent que la douleur peut influencer la qualité de vie, plus que toute autre maladie ou tout autre trouble n’étant pas accompagné de douleur. Les personnes qui éprouvent une douleur chronique sont plus portées à connaître la dépression, l’anxiété et la colère3, et sont également deux fois plus susceptibles de se suicider que celles n’ayant pas de douleur chronique.4 De nombreuses personnes développent des désordres de l’attention, de la mémoire, de la résolution de problèmes et de la souplesse mentale, perdant souvent la capacité de travailler.5 Les enfants qui souffrent de douleur chronique n’ont pas la chance de vivre une vie normale puisqu’ils trouvent souvent difficile de participer à la plupart des activités d’enfance, comme les événements sociaux et la fréquentation de l’école.6 Bon nombre d’aînés éprouvent de la douleur chronique. En fait, cette douleur touche de 25 à 65 % des aînés habitant en communauté et jusqu’à 80 % des aînés habitant dans un établissement de soins de longue durée. Cela a un impact très important sur leur qualité de vie, et malheureusement, les professionnels de la médecine ignorent souvent cette souffrance.7

Pour les personnes aux prises avec une douleur chronique et pour celles dont la guérison d’une affection provoquant une douleur à court terme (aiguë) est en voie, les médicaments qui servent à traiter la douleur (analgésiques) peuvent aider à réduire l’inconfort et à rendre la douleur supportable, ou idéalement à éliminer la douleur autant que possible.

 

Au Canada, la douleur chronique touche 9 % des hommes et 12 % des femmes, âgés de 12 à 44 ans.12

 

Médicaments contre la douleur8,9,10

Analgésiques

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) empêchent la production de composés appelés prostaglandines, qui sont à l’origine de l’inflammation. De plus, les AINS font obstacle à la capacité du corps à envoyer des signaux de douleur puisque les prostaglandines sont nécessaires à l’acheminement des signaux de douleur au cerveau. Cette diminution dans la quantité de prostaglandines signifie que l’on éprouve moins de douleur, en partie à cause de la réduction de l’inflammation dans la région lésée et en partie à cause de la quantité réduite de messages de douleur qui atteignent le cerveau.

Cette catégorie de médicaments comprend l’ibuprofène, l’Aspirin® (acide acétylsalicylique) et le naproxen, qui sont surtout offerts en ventre libre avec des formulations à doses plus élevées pouvant seulement être obtenues sur ordonnance.

L’acétaminophène est couramment utilisé pour soulager de nombreux types de douleur puisqu’il augmente le seuil de douleur et modifie la façon dont le cerveau perçoit la douleur afin d’en réduire la gravité.

Il est vendu sous le nom de marque Tylenol® et de nombreuses formulations génériques sont aussi disponibles. En tant que produit pour soulager la douleur, l’acétaminophène est souvent une composante active de différents médicaments offerts en vente libre, y compris les médicaments pour traiter le rhume, la grippe, l’arthrite, les crampes menstruelles, les maux de dos, et plus encore. Si vous souffrez d’une maladie du foie, assurez-vous de demander à votre médecin s’il est sûr pour vous de prendre l’acétaminophène puisqu’il est traité par le foie et que même des quantités relativement faibles peuvent empirer les dommages au foie. Consultez le numéro 192 du bulletin Du coeur au ventreMC pour obtenir des renseignements additionnels sur l’utilisation sûre de l’acétaminophène.

Les opioïdes sont des agents narcotiques qui sont soit des alcaloïdes naturels extraits de la plante du pavot à opium (opiacés), soit des médicaments synthétiques qui sont fabriqués de façon à imiter les opiacés. Ces médicaments se lient aux récepteurs opioïdes dans le cerveau pour modifier les messages de douleur. Leurs effets secondaires comprennent la nausée, les vomissements, la constipation, la somnolence, les démangeaisons et la détresse respiratoire. Les opioïdes créent une très forte dépendance et il est facile d’y développer une tolérance, entraînant donc souvent une augmentation de la dose avec une utilisation à long terme. Ces médicaments éliminent la douleur en empêchant les messages de douleur d’atteindre le cerveau et en modifiant la sensation de la douleur au niveau du cerveau. Normalement, lorsque nous éprouvons de la douleur, notre corps fabrique des produits chimiques appelés endorphines pour contrer les messages de douleur. Les endorphines interagissent avec les récepteurs opioïdes dans le cerveau pour réduire la douleur et nous détendre. Les médicaments opioïdes imitent ce mécanisme naturel de soulagement de la douleur en utilisant cette même voie, et ce, de façon beaucoup plus puissante que les endorphines.

Les opioïdes sont principalement disponibles sur ordonnance et comprennent la morphine, la codéine, l’oxycodone et le fentanyl.

 

Analgésiques adjuvants

Les médicaments qui suivent ne sont pas des analgésiques typiques; ils sont principalement indiqués pour des affections précises, le soulagement de la douleur en étant un effet secondaire. Ils ne fonctionnent souvent que dans des situations très précises, mais ils occupent une place importante dans l’arsenal de produits pour combattre la douleur. Voici ceux qui sont le plus couramment utilisés :

  • Les relaxants musculaires ont un effet sédatif sur le système nerveux central, réduisant la douleur occasionnée par les muscles tendus;
  • Les corticostéroïdes sont de très puissants anti-inflammatoires;
  • Les médicaments contre l’anxiété détendent les muscles, réduisent l’anxiété et aident à composer avec la douleur;
  • Les antidépresseurs réduisent la transmission de la douleur à la moelle épinière; et
  • Les anticonvulsivants stabilisent les cellules nerveuses.

 

Thérapies parallèles

Il existe une variété de techniques n’utilisant pas de médicaments pour aider à réduire la douleur chronique. Une quantité suffisante de sommeil, la gestion du stress, la relaxation et l’hypnothérapie offrent divers degrés de soulagement.

 

Marihuana et douleur

Bien que la marihuana médicinale ne soit pas un analgésique commun, certaines recherches démontrent qu’elle a des propriétés qui soulagent la douleur. Une méta-analyse récente13 a comparé des études menées entre 1948 et 2015 portant sur les effets de la marihuana et a trouvé des preuves de haute qualité que la marihuana peut aider à réduire la douleur chronique. Le mécanisme selon lequel la marihuana soulage la douleur n’est pas clair, mais une des études montre qu’elle modifie possiblement la façon dont nous percevons la douleur.14 Pour de plus amples renseignements sur la marihuana médicinale, cliquez ici.

 

Sommaire

Puisque la douleur nous est essentielle, nous devons la traiter avec le respect qu’elle mérite, et y répondre adéquatement. Si vous éprouvez de la douleur quelconque, mais surtout de la douleur gastro-intestinale, assurez-vous d’en discuter avec votre médecin. Il est important que les traitements et les médicaments que vous utilisez soient appropriés pour votre affection, puisque certains médicaments pourraient avoir un effet indésirable sur votre affection GI existante.

 


Bulletin Du coeur au ventreMC, numéro 191
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1. Pain is Weird. Pain Science. Disponible à : https://www.painscience.com/articles/pain-is-weird.php. Consulté le 08-07-2015.
2. Schopflocher D et al. The prevalence of chronic pain in Canada. Pain Research Management. 2011;16(6):445-50.
3. Bruehl S et al. Pain-related effects of trait anger expression: neural substrates and the role of endogenous opioid mechanisms. Neuroscience and Biobehavioral Reviews. 2009;33(3):475-91.
4. Tang NK et al. Suicidality in chronic pain: a review of the prevalence, risk factors and psychological links. Psychological Medicine. 2006;36(5):575-86.
5. Hart RP et al. Cognitive impairment in patients with chronic pain: the significance of stress. Current Pain and Headache Reports. 2003;7(2):116-26.
6. King S et al. The epidemiology of chronic pain in children and adolescents revisited: A systematic review. Pain. 2011;152(12):2729-38.
7. Hadjistavropoulos T et al. Transforming Long-Term Care Pain Management in North America: The Policy–Clinical Interface. Pain Medicine. 2009;10(3):506-20.
8. Pain Management Medication Types. RxList. Disponible à : http://www.rxlist.com/pain_medications/drugs-condition.htm. Consulté le 08-07-2015.
9. Pain Medications. WebMD. Disponible à : http://www.webmd.com/pain-management/guide/pain-relievers. Consulté le 08-07-2015.
10. Analgesic. Wikipedia. Disponible à : http://en.wikipedia.org/wiki/Analgesic. Consulté le 08-07-2015.
11. Pain. Online Etymology Dictionary. Disponible à : http://www.etymonline.com/index.php?term=pain. Consulté le 20-02-2015.
12. Ramage-Morin PL et coll. Douleur chronique chez les personnes de 12 à 44 ans. Rapports sur la santé de Statistique Canada. 2010;21(4)
13. Hill KP. Medical Marijuana for Treatment of Chronic Pain and Other Medical and Psychiatric Problems: A Clinical Review. Journal of the American Medical Association. 2015;313(24):2474-83.
14. Lee MC et al. Amygdala activity contributes to the dissociative effect of cannabis on pain perception. Pain. 2013;154(1):124-34.