C’est compliqué!

L’exercice est chose compliquée pour le patient atteint d’une affection gastro-intestinale (GI), mais l’introduction d’une combinaison et d’un niveau adéquats d’activité physique devrait être bénéfique pour la plupart des personnes.

Certaines formes d’activité physique peuvent avoir d’importants effets négatifs sur les affections GI tandis que d’autres sont connues pour leur effet protecteur contre des maladies et troubles précis. Par exemple, l’exercice intense peut avoir un effet négatif temporaire sur le tractus GI entraînant entre autres la nausée, les brûlures d’estomac, la diarrhée et le saignement gastro-intestinal. Les coureurs sont particulièrement susceptibles à ces effets négatifs, mais ils peuvent réduire leurs risques en consommant une quantité appropriée de liquides et en limitant l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).1 Cependant, si vous souffrez d’une maladie inflammatoire de l’intestin vous ne devriez pas utiliser les AINS du tout. Si vous êtes atteint d’une affection GI chronique, courir un marathon n’est probablement pas la meilleure option pour vous. Il existe heureusement beaucoup d’autres choix en ce qui concerne l’exercice. La marche, le jogging, le cyclisme, la natation ainsi que ramer, lever des poids et haltères et participer à des sports organisés sont tous d’excellentes façons d’obtenir un peu d’activité physique. Le présent article donnera un aperçu de ce que les dernières recherches nous apprennent au sujet de la relation entre l’activité physique et certaines affections GI. Veuillez consulter votre médecin avant d’apporter des changements importants à votre programme d’exercice personnel.

 

SII

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un trouble gastro-intestinal fonctionnel chronique sans déclencheur organique apparent dont les symptômes comprennent la douleur abdominale, les ballonnements, la constipation et la diarrhée. Il touche jusqu’à 20 % des Canadiens. La cause de cette maladie souvent débilitante n’est pas connue et il n’existe pas de remède. Plusieurs traitements sont cependant disponibles y compris les modifications à la diète et les médicaments, ceux-ci pouvant réduire la gravité des symptômes.

La recherche a démontré que l’exercice peut aider avec le gaz ou les ballonnements occasionnels chez les personnes ne souffrant pas de SII; des scientifiques en Suède ont récemment collaboré à une nouvelle étude examinant l’activité physique pour déterminer si elle est un traitement valide contre le SII en particulier.2 L’étude comptait 102 patients atteints du SII qui ont été divisés de façon aléatoire dans un groupe pratiquant une activité physique et un groupe témoin. Les sujets du groupe d’activité physique devaient faire de l’exercice pour une période de 20 à 60 minutes à un niveau modéré jusqu’à intense, de trois à cinq fois par semaine pour douze semaines. Les sujets du groupe témoin devaient tout simplement maintenir leur mode de vie actuel. Les résultats ont démontré que 43 % des sujets du groupe d’activité physique ont connu une diminution importante de la gravité de leurs symptômes comparativement à 26 % des sujets du groupe témoin. Seulement 8 % des sujets du groupe d’activité physique ont connu une augmentation de la gravité de leurs symptômes comparativement à 23 % des sujets du groupe témoin. Comme l’ont démontré des études antérieures, les sujets du groupe pratiquant une activité physique ont aussi fait preuve d’améliorations importantes par rapport au sommeil, au niveau d’énergie, au fonctionnement physique et aux interactions sociales, mais pas en ce qui concerne la santé mentale, la diète ou les relations sexuelles. En plus de démontrer que l’activité physique peut être un moyen efficace pour certains patients atteints du SII de réduire la gravité de leurs symptômes, cette étude a suggéré qu’un manque d’activité physique peut en fait entraîner une aggravation des symptômes.

Dans le cadre d’une autre petite étude examinant les ballonnements, des chercheurs ont constaté que l’activité légère augmente l’évacuation des gaz et permet de prévenir leur rétention chez les patients atteints du SII. Les auteurs de l’étude précisent qu’ils n’ont pas étudié des formes d’exercice plus vigoureux qui pourraient avoir des effets différents sur les ballonnements.3

 

Constipation (non liée au SII)

Il existe des preuves selon lesquelles l’activité physique de faible intensité peut être utilisée comme traitement contre certains types de constipation, ce qui est idéal pour les aînés ou d’autres personnes qui ont des incapacités physiques et chez qui l’exercice vigoureux pourrait être contre-indiqué.1 La constipation chronique touche entre 15 à 30 % des Canadiens, se présentant souvent chez les jeunes enfants et les aînés, et ce plus fréquemment chez le sexe féminin que chez le sexe masculin.

Une étude récente a cherché à savoir si l’exercice physique augmentait le risque de constipation.4 Les chercheurs ont demandé à environ mille professionnels de répondre à des questions portant sur la constipation, l’activité physique et la qualité de vie. Les résultats n’ont démontré aucune corrélation entre l’activité physique et le risque de constipation, mais ils ont cependant suggéré que l’activité physique est liée à une augmentation des scores de qualité de vie. Puisque la constipation est associée à une qualité de vie réduite, l’exercice peut être bénéfique même s’il n’améliore pas directement les symptômes de la constipation.

 

RGO pathologique

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique survient lorsque la partie supérieure du tube digestif ne fonctionne pas bien, laissant le contenu de l’estomac remonter dans le tube musculaire (œsophage) reliant la gorge à l’estomac. Lorsque la digestion est normale, un anneau de muscle spécialisé appelé sphincter œsophagien inférieur (SOI), situé dans la partie inférieure de l’œsophage, s’ouvre pour permettre le passage des aliments dans l’estomac puis se referme rapidement pour empêcher le contenu de l’estomac de remonter dans l’œsophage. Le SOI peut mal fonctionner, faisant en sorte que le contenu de l’estomac, notamment les aliments et les sucs digestifs tels que l’acide chlorhydrique, remonte dans l’œsophage. Dans les cas de RGO pathologique, ce reflux se produit régulièrement. Environ 13 à 29 % des Canadiens connaissent des symptômes récurrents de RGO.

Des études antérieures ont suggéré que l’exercice vigoureux peut provoquer des symptômes de RGO tels que les brûlures d’estomac, la sensation que les aliments remontent dans la bouche et un goût amer ou sûr. De plus récentes études ont cependant démontré que l’exercice vigoureux (mais non l’exercice modéré ou léger) peut en fait aider à prévenir les épisodes de reflux.1

Une autre étude récente a conclu que les symptômes de RGO associés à l’activité physique sont plus aptes à se produire tôt après un repas, suggérant que le moment choisi pour faire de l’exercice est important.5 Il y a un plus grand risque de ressentir les symptômes gênants du reflux si le contenu acide atteint la partie inférieure de l’œsophage ce qui est plus susceptible de se produire si l’estomac est très plein (p. ex., après un grand repas). Puisque l’exercice physique peut entraîner un épisode de reflux, celui-ci risque d’être plus grave si la session d’exercice a lieu immédiatement après un repas. Les chercheurs avisent qu’il est idéal que les patients atteints de RGO retardent leur activité physique jusqu’à ce que l’appareil digestif ait eu le temps de traiter les aliments ingérés.

 

Ulcère gastro-duodénal

L’ulcère gastro-duodénal qui résulte habituellement d’une infection par la bactérie Helicobacter pylori (H. pylori) est une plaie ou une lésion de la muqueuse de n’importe quelle partie du tube digestif qui contient des sucs gastriques concentrés. Des recherches antérieures ont établi un lien entre des emplois physiquement exigeants et l’ulcère gastro-duodénal; de plus récentes études n’ont cependant pas établi de corrélation entre l’activité physique et le risque d’ulcère gastro-duodénal.1 En fait, les preuves révèlent que les activités physiques de loisir modérées peuvent avoir un effet protecteur sur la muqueuse gastro-intestinale.

 

MII

De nombreuses études ont cherché à savoir si l’activité physique a un effet protecteur contre la maladie inflammatoire de l’intestin (MII) qui englobe la maladie de Crohn, la colite ulcéreuse et la proctite ulcéreuse, mais les résultats se sont avérés peu concluants.1

Quoique l’exercice ne soit pas nocif pour la santé des patients dont la MII est en rémission ou dont l’activité de la maladie est très faible, l’exercice peut s’avérer difficile, voire impossible chez les personnes atteintes d’une forme active ou grave. Les chercheurs recommandent une activité d’intensité faible à modérée chez les patients atteints de MII dont la maladie est faible ou en rémission. Même si l’exercice ne sert pas à améliorer directement les symptômes de la MII, il offre d’autres bienfaits prouvés tels que l’accroissement de la force musculaire, la diminution du stress, l’amélioration de la qualité de vie et une meilleure santé globale.

 

Diverticulose colique

La diverticulose colique qui touche 50 % des personnes âgées de plus de 50 ans se traduit par la présence de petites évaginations (diverticules) dans la muqueuse du côlon qui sortent à travers la paroi externe du côlon. Plusieurs personnes ne présentent aucun symptôme et ne réalisent pas qu’elles ont cette maladie jusqu’à ce qu’elles souffrent d’une poussée active (diverticulite) lors de laquelle les diverticules deviennent enflammés ou infectés occasionnant de la douleur, de la fièvre ou d’autres symptômes.

La diverticulose colique est plus prévalente chez les personnes dont l’emploi est sédentaire (p.ex., environnement de bureau).1 De plus, l’exercice vigoureux peut réduire de façon importante le risque de la maladie. Les chercheurs d’une étude récemment publiée, menée sur une période de 18 ans auprès d’environ 50 000 hommes américains âgés de 40 à 75 ans, ont constaté une incidence plus faible de complications de la diverticulose colique chez les personnes qui étaient physiquement actives.6 En outre, une corrélation a été établie entre la course régulière et une importante réduction du risque de diverticulite et de saignement diverticulaire. D’autres types d’activités vigoureuses telles que le cyclisme, la natation et le tennis n’ont démontré qu’une légère diminution du risque de complications tandis que l’exercice léger et modéré semblait n’avoir aucun effet direct sur le risque de complications.

Les chercheurs sont d’avis que le mouvement de haut en bas qui résulte de la course et du jogging peut diminuer la pression colique, entraîner les aliments à se déplacer plus rapidement dans le tube digestif et stimuler la défécation, toutes ces manifestations étant associées à un risque plus faible de complications diverticulaires. En revanche, l’étude a établi que les hommes obèses et inactifs sont à risque particulièrement élevé de connaître des complications de la diverticulose colique.

 

Calculs biliaires

Les calculs biliaires sont des dépôts constitués de cholestérol solidifié ou de pigment jaune provenant de la bile et produit par le foie (bilirubine), qui se développent dans la vésicule biliaire. Ces calculs sont la cause principale de la pancréatite aigüe, une affection qui requiert habituellement une hospitalisation. Un niveau adéquat d’activité physique peut aider à empêcher la formation de calculs biliaires.1 Les chercheurs sont d’avis que cet effet se produit à cause des nombreux bienfaits à la santé qu’offre l’activité physique. En augmentant le mouvement musculaire, on observe une diminution des triglycérides plasmatiques et des taux d’insuline ainsi qu’une augmentation des taux de bon cholestérol (C-HDL); la stase biliaire est également prévenue (affection lors de laquelle la bile ne peut se déplacer du foie au duodénum). La recherche actuelle suggère que trouver le niveau approprié d’activité physique qui génèrera des bienfaits est compliqué, mais n’importe quel niveau d’activité vaut mieux que l’absence d’exercice lorsqu’il est question de prévenir les calculs biliaires.

 

Maladie du foie

L’obésité et l’insulinorésistance sont des facteurs de risque clés de la stéatose hépatique non alcoolique. Elle touche plus de 20 à 30 % des Canadiens adultes et devient de plus en plus courante. L’exercice est une recommandation qui est la norme chez les personnes atteintes de cette maladie. De nombreuses études ont démontré que la perte de poids résultant de l’activité physique entraîne une réduction de la graisse dans le foie ou des concentrations nuisibles de l’enzyme aminotransférase.1

Une étude rétrospective récente a tenté d’analyser la relation entre l’activité physique et le risque d’affections graves liées à la stéatose hépatique non alcoolique telles que la stéato-hépatite non alcoolique (SHNA) et la fibrose avancée.7 L’étude a révélé que l’intensité physique pourrait jouer un plus grand rôle que la durée de l’activité ou de sa quantité totale relative aux effets positifs de l’exercice sur la stéatose hépatique non alcoolique. En étudiant 813 adultes d’âge moyen atteints de stéatose hépatique non alcoolique, les chercheurs ont constaté que seulement l’activité physique très vigoureuse comme la course sur un tapis roulant avait un effet positif sur la gravité de la maladie.

 

Cancers GI

Le cancer colorectal est la deuxième principale cause de décès par cancer au Canada après le cancer du poumon. On estime que 6 % des Canadiens développeront un cancer colorectal, la moitié d’entre eux demeurant asymptomatiques jusqu’à ce que la maladie atteigne un stade avancé. Il y a de fortes preuves selon lesquelles l’activité physique peut diminuer le risque de développer un cancer gastro-intestinal, surtout un cancer du côlon.1 En outre, l’activité physique peut avoir un effet positif sur d’autres problèmes de santé qui sont des risques connus du cancer du côlon, notamment l’obésité, l’insulinorésistance, une fonction immunitaire perturbée et des taux élevés de triglycérides.

Une étude menée auprès d’environ 500  000 femmes et hommes américains sur une période de huit ans a établi que l’activité physique peut aussi avoir un effet préventif contre les adénocarcinomes du tractus gastro-intestinal supérieur qui sont souvent associés au RGO et à l’œsophage de Barrett.8 Cependant, les chercheurs n’ont pas observé cet effet protecteur relatif au carcinome épidermoïde qui est habituellement associé à l’utilisation de tabac et d’alcool.

 

Conclusion

Consultez votre médecin pour déterminer les meilleurs type et niveau d’exercice pour vous. Avec l’introduction ou l’augmentation de l’activité physique, il est utile d’établir un échéancier et de le suivre de près. Faites preuve de créativité et songez à encourager votre famille à faire de l’exercice avec vous. Peu importe l’affection dont vous souffrez, il existe sans doute une forme d’activité physique qui pourrait améliorer votre santé et potentiellement soulager certains de vos symptômes GI.

 

Quatre points clés sur l’exercice et les affections GI1

  1. L’exercice vigoureux peut provoquer des symptômes gastro-intestinaux qui sont plutôt passagers et qui n’entraînent pas de conséquences à long terme.
  2. Il existe des preuves convaincantes que l’activité physique réduit le risque du cancer du côlon.
  3. Les preuves démontrant les effets positifs de l’activité physique sont moins convaincantes pour les cancers gastrique et pancréatique, le reflux gastro-œsophagien pathologique, l’ulcère gastro-duodénal, la stéatose hépatique non alcoolique, les maladies biliaires, la diverticulose colique, le syndrome de l’intestin irritable et la constipation.
  4. L’activité physique légère peut aider avec les symptômes de la maladie inflammatoire de l’intestin, mais les preuves sont peu concluantes.

Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 181 – 2012
1. Martin D. Physical Activity Benefits and Risks on the Gastrointestinal System. Southern Medical Journal. 2011;104(2):831-7.
2. Johannesson E et al. Physical activity improves symptoms in irritable bowel syndrome: a randomized controlled trial. American Journal of Gastroenterology. 2011;106(5):915-22.
3. Villoria A et al. Physical Activity and Intestinal Gas Clearance in Patients with Bloating. American Journal of Gastroenterology. 2006;101:2552-7.
4. Tuteja AK et al. Is Constipation Associated with Decreased Physical Activity in Normally Active Subjects? American Journal of Gastroenterology. 2005;100:124-9.
5. Emerenziani S et al. Gastric Fullness, Physical Activity, and Proximal Extent of Gastroesophageal Reflux. American Journal of Gastroenterology. 2005;100:1251-6.
6. Strate, LI et al. Physical Activity Decreases Diverticular Complications. American Journal of Gastroenterology. 2009;104:1221-30.
7. Kristin D et al. Physical Activity Recommendations, Exercise Intensity, and Histological Severity of Nonalcoholic Fatty Liver Disease. American Journal of Gastroenterology. 2011 Mar;106(3):460-8.
8. Leitzmann MD et al. Physical Activity and Esophageal and Gastric Carcinoma in a Large Prospective Study. American Journal of Preventative Medicine. 2009;36(2):112-9.