Des recherches effectuées en 2002 confirment que dans la maladie de Crohn, la muqueuse protectrice de l’intestin devient plus perméable que d’ordinaire, permettant ainsi à des substances potentiellement dangereuses de s’infiltrer. Toutefois, en bloquant une substance chimique spécifique dans le corps, non seulement l’inflammation dans l’intestin est-elle réduite, mais en plus, la plupart des trous dans la barrière intestinale se referment.

La maladie de Crohn (MC) est une maladie inflammatoire chronique de l’appareil digestif qui peut toucher toute partie du tractus gastro-intestinal, depuis la bouche jusqu’à l’anus. Elle peut se présenter dans diverses parties de l’intestin, soit en continu, soit en sections isolées. Elle se présente souvent dans l’iléon terminal (l’extrémité de l’intestin grêle), surtout dans la section qui joint le gros intestin ou côlon. La maladie de Crohn diffère de la colite ulcéreuse en ce que l’inflammation peut traverser l’épaisseur entière de la paroi intestinale, tandis que la colite ulcéreuse ne touche que la surface de la paroi intestinale, et l’inflammation se limite au côlon.

Les symptômes de la MC sont la douleur, des crampes abdominales, la diarrhée, des saignements et la perte de poids. Un régime médicamenteux continu peut soulager les symptômes, et la chirurgie est parfois nécessaire pour enlever les parties atteintes de l’intestin, mais il n’existe aucun remède. Des chercheurs qui étudient la MC ont pensé qu’une défectuosité dans la paroi intestinale permettant à des substances néfastes de s’infiltrer pourrait causer la maladie en déclenchant une réaction immunitaire qui provoque une inflammation chronique dans l’intestin; cependant, la littérature n’indique pas clairement si l’intestin poreux chez les patients atteints de la maladie de Crohn précède l’inflammation ou en est une conséquence.

Dans cette étude, réalisée en Belgique, et publiée en 2002 dans un numéro du American Journal of Gastroenterology1, des patients recevaient une seule infusion d’infliximab (marque nominative Remicade® au Canada). Les chercheurs évaluaient l’inflammation et la perméabilité de la barrière intestinale avant le traitement et quatre semaines plus tard.

Infliximab est un modificateur de la réponse biologique qui fonctionne en inhibant l’activité d’une substance chimique hautement active dans le corps, c’est-à-dire le facteur de nécrose tumorale alpha (FNT-α), et est indiqué pour le traitement à la fois de la maladie de Crohn et de l’arthrite rhumatoïde (mise à jour : il est maintenant également indiqué pour le traitement de la colite ulcéreuse). Infliximab, un anticorps monoclonal, se fixe à un FNT-α comme une pince et l’empêche de déclencher une réaction en chaîne dévastatrice qui mène à l’inflammation destructrice que l’on voit dans les maladies inflammatoires.

Dans l’éditorial d’accompagnement de la même revue, le Dr Hollander, de l’Université de la Californie, mentionne que la MC, qui, dans les années 1970, était considérée comme étant relativement rare, touche maintenant plus de 5 % de la population. Il fait remarquer que dans cette étude « la perméabilité intestinale et l’activité de la maladie avaient toutes deux diminué sensiblement chez les patients à qui l’on avait administré de l’infliximab. Donc, la neutralisation de l’activité intrinsèque du FNT-α au moyen de l’infliximab était un succès non seulement du point de vue thérapeutique, mais abaissait aussi la perméabilité intestinale anormale des patients. »

Cette nouvelle recherche prouve que la fonction de la barrière intestinale et l’inflammation sont étroitement liées. Toutefois, cette étude n’a toujours pas répondu à la question : « Qu’est-ce qui vient en premier, l’intestin poreux ou la réaction qui déclenche l’inflammation chronique? ».

« Des traitements tels qu’une diète élémentaire ou la prednisolone, » font remarquer les chercheurs, « ont déjà démontré qu’ils induisaient une rémission clinique et une réduction de la perméabilité intestinale dans la maladie de Crohn active. L’importance particulière de la présente étude découle du fait que le ciblage spécifique par des anticorps monoclonaux chimériques humains, inhibant ainsi une cytokine, est capable de modifier une propriété essentielle comme la fonction de barrière intestinale in vivo. »

Les auteurs avancent une hypothèse selon laquelle quelque chose cause l’inflammation d’abord, suivie de perturbations dans la barrière intestinale qui entraînent la progression de l’inflammation. Par conséquent, même si cette étude jette un nouvel éclairage sur le lien entre l’inflammation et la perméabilité de la barrière intestinale, d’autres recherches sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.


Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 134 – Novembre/Décembre 2002
1. American Journal of Gastroenterology 2002; 97: 1867-1868