Marc Bomhof est d’avis que nourrir nos bactéries intestinales pourrait être la clé d’une meilleure santé

Marc Bomhof aimerait modifier le vieux dicton « On est ce que l’on mange », afin de le rendre plus précis. Peut-être pourrait-on dire : « On est ce que l’on mange et ce que notre microbiote intestinal mange. »

« On estime qu’environ cent mille milliards de bactéries colonisent notre tube digestif », explique Bomhof. « Notre corps compte environ dix mille milliards de cellules humaines, mais cent mille milliards de cellules bactériennes; nous sommes donc essentiellement 10 % humains et 90 % bactériens. Cela est évidemment très important en ce qui concerne les effets sur la physiologie de l’hôte humain. »

Bomhof, candidat au doctorat au laboratoire de Raylene Reimer a récemment été nommé lauréat de la prestigieuse bourse prédoctorale Killam. La bourse décernée est d’une somme de 33 000 $ sur une période de douze mois et comprend aussi une allocation de recherche de 3 000 $. Comme Bomhof et sa conjointe Tara ont eu leur premier fils en juin, le financement aidera énormément à Bomhof à rester centré sur ses travaux.

« Je suis très reconnaissant de ce financement et c’est un grand honneur pour moi d’en être le récipiendaire, a-t-il affirmé. Le soutien financier est fantastique et il me permet de rester engagé et de répondre aux questions qui m’intéressent vraiment. »

 

Faire le lien entre les bactéries intestinales et l’obésité

Comme bon nombre de chercheurs dans son domaine, les questions auxquelles veut répondre Bomhof gravitent autour du problème croissant de l’obésité dans notre société. Bomhof croit que les taux d’obésité pourraient être expliqués en partie par des changements au niveau de nos bactéries intestinales. Plus précisément, il est d’avis que ce que l’on mange influence le type de bactéries qui s’y installent.

Notre régime alimentaire moderne composé d’aliments transformés à haute teneur en sucre et faible en fibres invite les mauvais organismes et prive les bactéries les plus bénéfiques. « Dans le passé, notre régime était très élevé en glucides complexes et l’on estime que nos ancêtres consommaient environ 100 grammes de fibres par jour. Maintenant, il est presque exempt de fibres », affirme Bomhof.

« Une grande quantité de fibres a été retirée de beaucoup des aliments transformés et l’on croit que ce régime riche en graisse et en sucre a de telles répercussions sur le microbiote intestinal qu’il en a modifié le profil. Cela a un effet négatif sur notre corps et son métabolisme, dit-il. Il pourrait s’agir d’une augmentation d’inflammation ou d’extraction d’énergie, ou encore d’un changement au niveau des divers métabolites absorbés par le corps, entraînant des effets néfastes sur la santé. »

 

Nourrir les bonnes bactéries

Une des solutions de recherche poursuivies par Bomhof et le laboratoire de Reimer consiste à « nourrir » les bonnes bactéries au moyen de prébiotiques. Dans le cadre de nombreux essais, le laboratoire de Reimer utilise une fibre prébiotique précise appelée oligofructose pour nourrir les bactéries intestinales de sujets ayant un excès de poids, et jusqu’à maintenant, ils ont observé des résultats intéressants.

« Nous étudions les différents changements métaboliques qui se produisent au niveau cellulaire avec l’oligofructose, déclare-t-il. Pour une raison quelconque, les fibres prébiotiques semblent réduire de façon importante le tissu adipeux. Elles n’aident pas nécessairement à réduire le poids, mais exercent quand même un effet de diminution du tissu adipeux. Nous tentons toujours de déterminer le mécanisme qui entraîne cette réduction. »

L’espoir est qu’en nourrissant les bonnes bactéries de nos intestins au moyen de prébiotiques, nous pourrons transformer nos intestins et changer notre métabolisme. Bomhof affirme que cela pourrait être plus efficace que de consommer des probiotiques sous forme de bactéries vivantes.

Bomhof, qui détient aussi une subvention de recherche du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et une bourse de Alberta Innovates – Health Solutions, est devenu viscéralement intéressé par le lien entre l’alimentation et la santé au cours de sa carrière comme cycliste professionnel au sein d’une équipe de Toulouse en France.

Dans un sport accablé par les scandales de drogues permettant de rehausser la performance, il s’est intéressé à trouver une façon éthique de maintenir un avantage concurrentiel en étudiant comment une bonne alimentation pouvait amener le corps à un niveau de santé et de performance optimum. Cet intérêt l’a conduit vers un programme en nutrition et sciences de l’alimentation à l’université de l’Alberta et à un baccalauréat en diététique.

 

Poussé par le désir de soulager le fardeau des maladies chroniques

En travaillant comme diététiste clinicien à l’hôpital Sturgeon Community à St. Albert, Bomhof  donnait des conseils aux gens sur la gestion et la prévention de maladies chroniques par la nutrition; il fournissait aussi des services de soutien en nutrition aux patients dans les unités des soins intensifs, de la cardiologie, de la néphrologie, de la médecine interne et de la chirurgie gastro-intestinale. Il affirme que cette expérience clinique lui a permis de bien comprendre les répercussions et le fardeau des maladies chroniques, comme le diabète, sur ses patients et cela est devenu source de motivation pour sa carrière en recherche, qu’il a poursuivie à l’université de Calgary.

Bomhof n’est pas naïf cependant, et il souligne que la recherche effectuée par son laboratoire ne représente qu’un morceau du casse-tête qu’est l’obésité. « L’obésité est une maladie extrêmement complexe. Nous savons que la plupart des gens peuvent perdre du poids à court terme, mais maintenir cette perte de poids est très difficile, déclare-t-il. Ceci s’explique du fait que notre biologie sous-jacente protège le point de départ de notre poids précédent et notre corps résiste à la baisse de poids. »

« Notre corps veut constamment reprendre du poids au moyen de mécanismes physiologiques puissants. Il n’est pas tout simplement question d’un manque de volonté ou de paresse. C’est un fait qu’il est très, très difficile de maintenir une perte de poids. Nous tentons de cerner ces raisons physiologiques sous-jacentes, ces raisons biologiques, qui rendent le maintien de perte de poids très difficile. »

Bomhof affirme que c’est ici que les fibres prébiotiques entrent en jeu. « Si nous pouvons aider juste un peu aux gens à maintenir une perte de poids en augmentant la satiété, c’est-à-dire en diminuant la sensation de faim dans le cerveau, cela pourrait servir d’outil dans le maintien d’un poids santé à long terme et dans l’évitement d’une variété de maladies métaboliques comme le diabète de type 2 et la stéatose hépatique non alcoolique. »


Don McSwiney, Université de Calgary
Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 192 – 2014