La maladie cœliaque est un trouble auto-immun qui se caractérise par des lésions de la paroi interne de l’intestin grêle dues à l’ingestion de gluten. Chez les personnes aux prises avec cette maladie, la gliadine, protéine du grain présente dans le gluten, déclenche une réaction immunitaire qui provoque l’aplatissement et l’altération de millions d’excroissances microscopiques en forme de doigt (villosités) se trouvant sur la paroi interne de l’intestin grêle. Les villosités endommagées sont incapables d’accomplir leur fonction, soit d’aider le corps à absorber les nutriments essentiels des aliments qui sont nécessaires au maintien d’une bonne santé. Le seul traitement consiste à exclure strictement le gluten de l’alimentation. Selon les estimations, environ 1 % de la population canadienne souffrirait de la maladie cœliaque.

En 1970, les chercheurs ont établi pour la première fois un lien ténu entre la maladie cœliaque et la reproduction lorsqu’ils ont constaté que trois patientes auparavant infertiles étaient devenues enceintes après avoir adopté une diète exempte de gluten.1 Depuis, les scientifiques ont fait peu de progrès notables dans la recherche visant les effets de cette maladie sur les complications durant la grossesse. Cependant, en 2015, une autre équipe de chercheurs a entrepris la plus vaste étude à ce jour portant sur des femmes américaines souffrant de la maladie cœliaque afin de mieux comprendre les issues de la grossesse.2

 

Plus de risques chez les femmes atteintes de la maladie cœliaque

Les chercheurs ont recruté des participantes par l’entremise du Jefferson Celiac Center et de deux organismes nationaux américains à but non lucratif – la National Foundation for Celiac Awareness et le Gluten Intolerance Group. Les personnes intéressées ont ensuite rempli en ligne un sondage anonyme de 43 questions sur les points suivants : méthode de diagnostic (biopsie de l’intestin grêle, sérologie, essai d’une diète exempte de gluten); durée de la fertilité mesurée selon leur âge à l’apparition des premières règles (ménarche) et leur âge à l’arrêt des règles (ménopause); complications en cours de grossesse, y compris les avortements spontanés, les naissances prématurées et les types d’accouchement. Aux fins de l’analyse, ils ont inclus seulement les 329 participantes dont le diagnostic a été posé à la suite d’une biopsie de l’intestin grêle (qui assure la précision du diagnostic); 641 femmes en santé constituaient le groupe témoin.

Des 970 femmes participant à l’étude, 75 % de celles souffrant de la maladie cœliaque et 76 % de celles du groupe témoin avaient été enceintes au moins une fois. Toutefois, quand les auteurs ont examiné combien de ces grossesses avaient été menées à terme, seulement 80 % des femmes souffrant de la maladie et ayant essayé de concevoir un enfant avaient ultimement donné naissance, par rapport à 85 % des femmes du groupe témoin. En outre, les femmes aux prises avec cette maladie avaient eu beaucoup plus de complications pendant la grossesse que les autres; parmi ces femmes, 51 % d’entre elles ont subi un avortement spontané par rapport à 41 % des femmes du groupe témoin. Enfin, de toutes les femmes qui ont donné naissance, 24 % de celles souffrant de la maladie cœliaque ont signalé une naissance prématurée comparativement à seulement 16 % des femmes non atteintes de cette maladie. En gros, les résultats de l’étude laissent entendre que, par rapport aux autres, les femmes aux prises avec la maladie cœliaque ont un risque beaucoup plus élevé d’éprouver des complications pendant la grossesse.

 

Pronostic

Les chercheurs signalent que bon nombre de personnes atteintes de la maladie cœliaque ne présentent aucun symptôme évident, ce qui en retarde le diagnostic. Puisqu’elles ignorent leur condition, il est probable qu’elles continuent de consommer du gluten qui endommage leur intestin; ceci peut causer la malabsorption du zinc, du sélénium, du fer et du folate, tous des nutriments essentiels pour une grossesse en santé.

D’autres études suggèrent que, une fois la maladie diagnostiquée, l’adoption d’une diète exempte de gluten peut aider les femmes atteintes de la maladie cœliaque à concevoir et à donner naissance avec succès. Par exemple, des chercheurs italiens ont découvert que les femmes atteintes de cette maladie couraient neuf fois moins de risques de subir un avortement spontané en excluant strictement le gluten de leur alimentation.3 De même, une seconde étude italienne a révélé que des patientes qui éprouvaient de la difficulté à concevoir réussissaient à devenir enceintes seulement deux mois après l’adoption d’une diète exempte de gluten.4 Toutefois, il conviendrait de confirmer davantage les résultats de ces deux études puisqu’elles comptaient peu de participantes.

Selon la récente étude américaine susmentionnée, il faut sensibiliser davantage les médecins et les patientes au fait que ce trouble auto-immun peut entraîner de sérieuses complications pour les femmes qui souhaitent avoir des enfants. Les chercheurs suggèrent aux médecins dont les patientes éprouvent des complications récurrentes en cours de grossesse d’envisager une maladie cœliaque non détectée comme une cause très probable, puis de procéder à un dépistage des marqueurs sérologiques.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC  numéro 199 – 2016
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1. Morris JS et al. Coeliac infertility: an indication for dietary gluten restriction. Lancet. 1970;1:213.
2. Moleski SM et al. Increased rate of pregnancy complications in women with celiac disease. Annals of Gastroenterology. 2015;28:236-240.
3. Ciacci C et al. Celiac disease and pregnancy outcome. Am J Gastroenterol. 1996;91:718-722.
4. Nenna R et al. Immediate effect on fertility of a gluten-free diet in women with untreated coeliac disease. Gut. 2011;60:1023-1024.