Dans le cadre de la Semaine canadienne des maladies digestives (SCMD) de 2018 à Toronto, des gastro-entérologues conférenciers ont parlé de certains des défis – et des nouvelles possibilités prometteuses – liés au traitement de la maladie cœliaque. Dans le présent article, nous nous penchons sur l’état actuel du traitement contre la maladie cœliaque et des médicaments potentiels qui pourraient exister dans l’avenir.

 

Qu’est-ce que la maladie cœliaque?

La maladie cœliaque est une affection gastro-intestinale auto-immune causée par une substance appelée gliadine (protéine du grain trouvée dans le gluten), qui endommage la muqueuse interne de l’intestin grêle. Chez les personnes atteintes de la maladie cœliaque, la gliadine déclenche une réponse immunitaire inhabituelle qui entraîne l’aplatissement et la transformation des millions de projections filiformes microscopiques (villosités) qui tapissent la paroi interne de l’intestin grêle. Il devient alors difficile pour le corps d’absorber des quantités suffisantes de protéines, de lipides, de glucides, de vitamines et de minéraux essentiels. Jusqu’à présent, le seul traitement contre la maladie cœliaque consiste à suivre un régime alimentaire entièrement exempt de gluten.

 

À quel point le régime alimentaire exempt de gluten est-il efficace?

Le traitement contre la maladie cœliaque peut sembler incroyablement simple : il suffit d’éviter le gluten pour faire disparaître ses symptômes, guérir son tube digestif et mener une vie normale et saine. Et pourtant, pour certaines personnes, le traitement de la maladie cœliaque peut sembler impossible. Bien qu’un régime exempt de gluten devrait fonctionner en théorie, et il se révèle un succès pour beaucoup, un nombre inquiétant de personnes qui sont aux prises avec cette maladie continuent de connaître des symptômes en ingérant tout de même du gluten malgré les efforts qu’elles déploient à l’éviter. Presqu’un tiers des personnes souffrant de la maladie cœliaque et suivant un régime exempt de gluten ne répondent pas à ce traitement, sans doute parce qu’elles consomment de petites quantités de gluten, souvent accidentellement.1 Cela peut se produire pour plusieurs raisons, entre autres la contamination croisée dans les restaurants, le fait de ne pas lire les étiquettes et le fait de ne pas être conscient des sources inattendues de gluten (comme les viandes transformées, les bonbons, les médicaments et les suppléments). De plus, de 1 à 2 % des personnes atteintes peuvent connaître une maladie cœliaque réfractaire,2 c’est-à-dire que les intestins ne guérissent pas, même en suivant un régime strict exempt de gluten.

Même les personnes qui connaissent à fond les aliments et les produits qui sont une source de gluten peuvent faire une erreur. Chez d’autres, gérer un nouveau régime alimentaire tout en évitant des aliments dans des situations sociales peut sembler être un obstacle insurmontable. De plus, les personnes chez qui le diagnostic est posé plus tard dans la vie peuvent trouver difficile de changer des habitudes alimentaires enracinées. Cela peut vouloir dire que les personnes aux prises avec la maladie cœliaque consomment du gluten de façon consciente de temps à autre.

Malgré qu’un régime alimentaire exempt de gluten puisse sembler facile sur papier, le fardeau du traitement perçu par les personnes souffrant de la maladie cœliaque, peut sembler plus lourd que celui des personnes souffrant de maladies dont le traitement est plus difficile selon plusieurs – maladie inflammatoire de l’intestin ou diabète par exemple.3 Des changements radicaux au niveau du régime alimentaire peuvent avoir des répercussions sur la plupart des aspects de la vie, et bon nombre des personnes touchées estiment qu’il est plus difficile de composer avec la gestion du régime que de suivre un traitement médicamenteux.

 

Le régime exempt de gluten est-il vraiment la meilleure solution que l’on puisse offrir?

L’avenir de la maladie cœliaque, article paru dans le numéro 195 du bulletin Du coeur au ventreMD, portait sur un médicament particulier visant la maladie cœliaque, mais bon nombre d’autres sont en cours d’élaboration. Pendant un certain temps, les chercheurs ont porté peu d’intérêt au développement de médicaments pour la maladie cœliaque puisque contrairement à d’autres troubles et maladies, il existe déjà un traitement efficace contre cette maladie, que tous peuvent entreprendre à la maison. Cependant, compte tenu des preuves qui laissent croire que ce traitement ne fonctionne pas pour tous, les chercheurs commencent à appuyer l’idée de médicaments pour traiter la maladie cœliaque. Le fait que la cause en est connue, contrairement à celle de bien d’autres troubles et maladies, présente un avantage au niveau de la mise au point de traitements.

 

Recherches en cours

Il existe de nombreuses nouvelles possibilités intéressantes qui pourraient un jour permettre aux personnes atteintes de la maladie cœliaque de consommer du gluten sans avoir à composer avec des dommages intestinaux ou des effets secondaires négatifs.

Les chercheurs ciblent différents mécanismes, mais la plupart des médicaments à l’étude visent tous à empêcher la gliadine d’endommager le tube digestif. Des approches simples entreprises par certains consistent à utiliser des enzymes pour dégrader la gliadine afin de la rentre inerte, ou à utiliser des agents liants, produits qui s’attachent à la gliadine de façon à ce qu’elle s’achemine dans le tractus gastro-intestinal sans occasionner de dommages. Un autre type de médicaments, les régulateurs des jonctions serrés, visent à corriger le problème de perméabilité au niveau de la lumière de l’intestin, empêchant ainsi au gluten de traverser la muqueuse. Les chercheurs se penchent également sur l’élaboration de plusieurs autres types de médicaments, y compris ceux qui bloquent la protéine nommée interleukine-15, les nanoparticules tolérogéniques modificatrices de la réponse immunitaire et les inhibiteurs de transglutaminase-2. On parle même de la possibilité d’un vaccin qui aiderait les patients atteints de la maladie cœliaque à développer une résistance à la gliadine.

Il est peu probable que les médicaments de première génération permettront aux personnes aux prises avec la maladie cœliaque de consommer un régime alimentaire normal, mais ils pourraient être idéals pour celles qui font de leur mieux pour suivre un régime exempt de gluten, mais qui ingèrent quand même à leur insu des petites quantités de gluten.

 


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 205 – 2018
1. Dewar DH et al. Celiac disease: Management of persistent symptoms in patients on a gluten-free diet. World Journal of Gastroenterology. 2012;18(12):1348–1356.
2. Malamut G et al. Refractory celiac disease: epidemiology and clinical manifestations. Digestive Diseases. 2015;33(2):221-6.
3. Shah S et al. Patient Perception of Treatment Burden is High in Celiac Disease Compared to Other Common Conditions. American Journal of Gastroenterology. 2014;109(9):1304–1311.