Qu’est-ce que le RGO pathologique?

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique survient lorsque la partie supérieure du tube digestif ne fonctionne pas bien, laissant le contenu de l’estomac remonter dans le tube musculaire qui relie la gorge à l’estomac (l’œsophage). Lorsque la digestion est normale, un anneau de muscle spécialisé appelé sphincter œsophagien inférieur (SOI), situé dans la partie inférieure de l’œsophage, s’ouvre pour permettre le passage des aliments dans l’estomac puis se referme rapidement pour empêcher le contenu de l’estomac de remonter dans l’œsophage. Le SOI peut mal fonctionner, faisant en sorte que le contenu de l’estomac, notamment les aliments et les sucs digestifs tels que l’acide chlorhydrique, remonte dans l’œsophage. Dans les cas de RGO pathologique, ce reflux se produit régulièrement. Les symptômes du RGO pathologique sont notamment les brûlures d’estomac, la sensation que les aliments remontent dans la bouche et un goût amer ou sûr dans la bouche, mais peuvent aussi comprendre, quoique moins fréquemment, un mal de gorge persistant, un enrouement, une toux chronique, une douleur au moment d’avaler ou de la difficulté à avaler, de l’asthme, une douleur thoracique inexpliquée, une mauvaise haleine, la sensation d’avoir une boule dans la gorge ou une sensation désagréable de satiété après les repas. Le RGO pathologique touche de 13 à 29 % de la population.1

 

Qu’est-ce que l’œsophage de Barrett?

Les symptômes de l’œsophage de Barrett sont souvent confondus avec ceux du RGO pathologique. Les médecins décèlent la présence de l’œsophage de Barrett chez environ un patient sur dix lors d’un examen endoscopique servant à déceler l’existence de RGO. Les symptômes comprennent les brûlures d’estomac, le refoulement d’aliments lors d’une éructation, des douleurs gastriques, une douleur au moment d’avaler, des éructations excessives, une voix enrouée, un mal de gorge, une toux, l’essoufflement et une respiration sifflante. Durant les dernières phases de l’œsophage de Barrett, le patient peut avoir de la difficulté à avaler des solides ou des liquides. Il est intéressant de noter que certains patients ne signalent aucun symptôme.

Contrairement à l’estomac, l’épithélium pavimenteux normal tapissant l’œsophage n’est pas résistant à l’acide et peut devenir endommagé de façon permanente à la suite d’une irritation acide chronique. Au fil du temps, il se forme une muqueuse œsophagienne atypique constituée de cellules épithéliales prismatiques métaplasiques qui ressemblent à celles des muqueuses gastrique ou intestinale.

Habituellement, un médecin surveillera de près les changements œsophagiens afin de prendre des mesures pour prévenir une dysplasie de haut grade, la forme la plus sévère de l’œsophage de Barrett. En l’absence de traitement, l’œsophage de Barrett peut évoluer vers un adénocarcinome œsophagien.

 

Qu’est-ce que le cancer œsophagien?

Le cancer de l’œsophage peut se présenter à n’importe quel endroit de l’œsophage. Il existe deux types de cancer œsophagien qui se produisent lorsque des cellules spécifiques de l’œsophage deviennent cancéreuses : l’adénocarcinome et le carcinome épidermoïde. L’adénocarcinome se développe dans les cellules glandulaires situées dans la partie inférieure de l’œsophage et ses principaux facteurs de risque comprennent le RGO pathologique, l’œsophage de Barrett et l’obésité. L’adénocarcinome coexiste chez dix pour cent des personnes ayant reçu un diagnostic de l’œsophage de Barrett.2 Le carcinome épidermoïde se développe dans les cellules squameuses normalement situées dans les régions supérieure et intermédiaire de l’œsophage et ses principaux facteurs de risque comprennent le tabagisme et la consommation d’alcool. Généralement, lorsque les symptômes du cancer font apparition, la tumeur a déjà progressé à un stade avancé, ce qui rend le traitement beaucoup plus difficile. Ces symptômes comprennent la douleur thoracique (qui irradie vers le dos), la fatigue, l’enrouement, une toux, une douleur au moment d’avaler, des brûlures d’estomac persistantes, de la difficulté progressive à avaler (les solides au début et ensuite les liquides) et la perte de poids.

Dans un rapport de 2010,3 la Société canadienne du cancer a révélé que l’adénocarcinome œsophagien est à la hausse dans le monde occidental tandis que les cas de carcinome épidermoïde sont à la baisse en Amérique du Nord. Ces tendances pourraient être liées à l’augmentation des cas d’obésité et de RGO pathologique dans le monde occidental et à la diminution du taux de tabagisme en Amérique du Nord. Au Canada, les hommes sont deux fois plus susceptibles de développer un adénocarcinome et les femmes sont deux fois plus susceptibles de développer un carcinome épidermoïde. De plus, les hommes et les personnes âgées de plus de 50 ans sont sensiblement plus susceptibles que les femmes et les personnes moins âgées de développer l’un ou l’autre des types de cancer œsophagien. De 2002 à 2006, 7  134 nouveaux cas de cancer œsophagien ont été diagnostiqués au Canada. La chance de vivre au moins cinq ans après ce diagnostic est de seulement 14 %, principalement parce que le diagnostic est habituellement posé trop tard pour que le traitement soit efficace.

Quoique l’adénocarcinome œsophagien soit plus courant au Canada, le carcinome épidermoïde œsophagien touche beaucoup plus de personnes dans le reste du monde.

 

Dernières recherches

Les lipides et votre œsophage

Une étude récente publiée dans la revue International Journal of Cancer4 suggère qu’une alimentation riche en lipides provenant de sources animale et végétale, ainsi qu’une consommation élevée en cholestérol, peut accroître le risque de développer un adénocarcinome. Cette même étude a cependant signalé que les lipides alimentaires et le cholestérol n’augmentent pas le risque de développer l’œsophage de Barrett.

 

Le reflux ne représente peut-être pas un facteur de risque de grande importance dans le développement d’un adénocarcinome

Une autre étude, publiée dans l’American Journal of Gastroenterology,5 s’est penchée sur la possibilité que le RGO pathologique augmente le risque qu’une personne développe ce cancer, et a constaté que l’incidence d’adénocarcinome était très faible chez les femmes et chez les personnes âgées de moins de 50 ans et souffrant de RGO. À titre d’exemple, l’incidence d’adénocarcinome chez les femmes de tout âge est à peu près la même que celle du cancer du sein chez l’homme. Cela signifie qu’un dépistage régulier n’est pas nécessaire chez ce groupe de personnes. Toutefois, les chercheurs ont observé que l’incidence d’adénocarcinome œsophagien est importante chez les hommes âgés de plus de 60 ans; le dépistage pourrait donc s’avérer utile chez ce groupe.

 

Moins de douleur; davantage de diagnostics

Une nouvelle étude intéressante paraissant dans la revue Archives of Surgery6 a démontré que les personnes souffrant de RGO pathologique dont les symptômes sont moindres et plus légers, sont plus susceptibles de développer un adénocarcinome ou l’œsophage de Barrett que celles qui éprouvent des symptômes de RGO graves. Ces constatations étaient plus marquées chez les personnes atteintes de RGO pendant une période de dix ans ou plus et chez celles utilisant des thérapies de suppression de l’acidité pour contrôler leurs symptômes.

Bien que la thérapie de suppression de l’acidité soit le meilleur traitement actuel pour réduire les symptômes de RGO, elle ne réduit pas le nombre d’épisodes de reflux; elle rend tout simplement le contenu qui refoule moins acide, soulageant ainsi les symptômes. Toutefois, même si le contenu qui refoule est moins acide, il l’est encore un peu trop et peut donc, au fil du temps, avoir un effet mutagène sur le tissu œsophagien. Puisque le patient ne ressent aucune douleur ou malaise, il ne rapporte aucun symptôme à son médecin qui n’est donc pas averti qu’il doit tester son patient pour des problèmes œsophagiens plus graves. Cette étude suggère qu’il est important pour tous les patients souffrant de RGO, même en l’absence de symptômes, de subir un examen endoscopique de temps à autre pour effectuer un dépistage de l’adénocarcinome et de l’œsophage de Barrett.

 En 2004 et 2005, le système de soins de santé canadien a dépensé 52 235 910 $ pour des séjours hospitaliers de 7 554 patients (6 915 $ chacun) dont le diagnostic primaire était une maladie œsophagienne et ses complications connexes.7


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 179 – 2011
1. Tytgat GN et al. New Algorithm for the Treatment of Gastro-Oesophageal Reflux Disease. Alimentary Pharmacology and Therapeutics. 2008;27(3):249-256.
2. Quartero AO et al. Disturbed solid-phase gastric emptying in functional dyspepsia: a meta-analysis. Dig Dis Sci. 1998;43:2028-33.
3. Canadian Cancer Society’s Steering Committee: Canadian Cancer Statistics 2010. Toronto: Canadian Cancer Society, 2010. April 2010, ISSN 0835-2976.
4. O’Doherty MG et al. Dietary fat and meat intakes and risk of reflux esophagitis, Barrett’s esophagus and esophageal adenocarcinoma. International Journal of Cancer. 2011;129:1493-502.
5. Rubenstein JH et al. Esophageal Adenocarcinoma Incidence in Individuals with Gastroesophageal Reflux: Synthesis and Estimates From Population Studies. American Journal of Gastroenterology. 2011;106:254-60.
6. Nason KS et al. Gastroesophageal Reflux Disease Symptom Severity, Proton Pump Inhibitor Use, and Esophageal Carcinogenesis. Archives of Surgery. 2011;146(7):851-8.
7. Canadian Institute for Health Information, The Cost of Acute Care Hospital Stays by Medical Condition in Canada, 2004-2005 (Ottawa: CIHI, 2008) ISBN 978-1-55465-217-4 (PDF).