Le syndrome de chasse, aussi appelé vidange gastrique rapide, est une affection qui provoque le passage des aliments de l’estomac à l’intestin grêle avant que l’estomac les ait adéquatement digérés, surtout si ces aliments ont une teneur élevée en sucre. Les symptômes du syndrome de chasse peuvent faire leur apparition de 10 à 30 minutes après la consommation d’aliments (syndrome de chasse précoce) ou d’une à trois heures après la consommation d’aliments (syndrome de chasse tardif). Beaucoup de gens peuvent souffrir des deux types, tandis que d’autres ne connaîtront qu’un type ou l’autre.

 

Causes

Le syndrome de chasse survient à la suite d’une chirurgie de l’estomac ou de l’œsophage. Le syndrome se produit notamment à la suite d’interventions chirurgicales pour la perte de poids (chirurgie bariatrique), telles que la création chirurgicale d’une nouvelle poche stomacale plus petite (pontage gastrique) ou l’ablation d’une partie de l’estomac (gastrectomie). Elle peut toutefois aussi se produire par suite de l’ablation totale ou partielle de l’œsophage (œsophagectomie) ou d’autres chirurgies.

Une autre affection, la gastroparésie (ou vidange gastrique retardée) est souvent occasionnée par des dommages au nerf vague. Cependant, dans certains cas, les dommages au nerf vague peuvent plutôt provoquer une vidange gastrique rapide.

 

Prévalence

Le syndrome de chasse est une des complications les plus courantes de la chirurgie bariatrique. Jusqu’à 50 % des personnes ayant subi une gastrectomie seront touchées par cette affection.1 Il se produit aussi chez environ 10 % des personnes ayant eu un quelconque type de chirurgie gastrique.2

 

Symptômes/Complications

Dans le cas du syndrome de chasse précoce, les aliments non digérés pénètrent dans l’intestin grêle, ce qui provoque l’introduction d’une trop grande quantité d’eau en provenance des vaisseaux sanguins et du tissu intestinal environnants. Cela peut donner lieu à des crampes intestinales et à des ballonnements importants ainsi qu’entraîner une diarrhée, des nausées et des vomissements, de même que des symptômes dans d’autres parties du corps tels qu’une sensation de tête légère, des étourdissements, des rougissements et un rythme cardiaque irrégulier.

Dans le cas du syndrome de chasse tardif, une grande quantité de sucre s’introduit dans l’intestin grêle d’un seul coup et est rapidement absorbé par le corps. Cela porte le pancréas à relâcher une quantité excessive d’insuline, suscitant de très faibles taux de sucre dans le sang (hypoglycémie). En plus des symptômes gastro-intestinaux caractéristiques du syndrome de chasse précoce, ces symptômes se présentent couramment : la faim, la fatigue, la faiblesse, des étourdissements, la transpiration et des difficultés de concentration.

 

Diagnostic

Si votre médecin soupçonne le syndrome de chasse, il étudiera vos antécédents médicaux – surtout vos chirurgies récentes – et vous posera des questions sur vos symptômes. Par la suite, il pourra choisir parmi de nombreux tests pour confirmer le diagnostic du syndrome de chasse et déterminer sa gravité.

L’épreuve de charge en glucose aide votre médecin à déterminer si votre corps répond de façon normale au glucose, étant donné que de faibles taux de glucose accompagnent typiquement le syndrome de chasse. Dans le cadre de ce test, vous buvez une solution sucrée (glucose). Une heure plus tard, un technicien en santé mesure vos taux de sucre sanguin.

Une scintigraphie de vidange gastrique permet à votre équipe de santé de mesurer la vitesse à laquelle vous digérez les aliments. Pour subir le test, vous consommez une quantité minuscule d’une substance radioactive en même temps qu’un petit repas. Les techniciens peuvent alors suivre la vitesse à laquelle les aliments s’acheminent dans votre appareil digestif en utilisant une caméra à certains intervalles pour déterminer où se trouvent les aliments radioactifs. Si la vidange se produit trop rapidement, cela pourrait signaler la présence du syndrome de chasse.

Un transit œso-gastro-duodénal (TOGD) comprend la consommation d’une boisson au baryum (après le jeûne) devant un appareil de radiographie. Le baryum est un liquide crayeux qui apparaît sur la radiographie, permettant au technicien de visualiser certains détails du tractus gastro-intestinal. Cette intervention devient de moins en moins courante.

La gastroscopie comprend l’utilisation d’un petit tube flexible muni d’une caméra et d’une lumière (endoscope) pour examiner la partie supérieure de l’appareil digestif, notamment l’œsophage, l’estomac et le duodénum.

 

Gestion

Le syndrome de chasse est généralement une conséquence temporaire d’une chirurgie et disparaît de lui-même en l’espace de quelques mois. Cependant, il existe des traitements visant à assurer une nutrition adéquate, à empêcher les carences nutritionnelles, à réduire les symptômes associés à la vidange gastrique rapide, à limiter une perte de poids excessive et à encourager une guérison et un rétablissement rapides à la suite de la chirurgie.

 

Changements dans l’alimentation et le mode de vie

Des changements particuliers à l’alimentation peuvent considérablement réduire les symptômes du syndrome de chasse. Consommer de plus petits repas de façon fréquente, tel que de six à huit petits repas au cours de la journée, peut aider à réduire la charge d’aliments qui s’introduit dans l’intestin grêle. Essayez de consommer une plus grande quantité d’aliments riches en glucides complexes et en fibres comme les grains entiers, les légumes et les légumineuses, ainsi que des aliments riches en protéines tels que la viande, le poisson, les œufs, les noix, le fromage cottage, le yogourt non sucré et le tofu. Ces aliments peuvent ralentir la vidange gastrique. Évitez les glucides et les sucres simples, y compris le pain blanc, le jus, le lait (le fromage, le yogourt et le beurre n’occasionnent habituellement pas de problème), le miel et n’importe quel aliment additionné de sucre, tel que les bonbons, les desserts, les confitures et les boissons sucrées, afin de diminuer la quantité de sucre qui entre dans le sang d’un seul coup.

Ne prenez pas de grandes quantités de liquides avec les repas, puisque l’augmentation du volume gastrique résultant peut aussi déclencher une vidange gastrique rapide. Assurez-vous cependant de boire beaucoup d’eau entre les repas pour rester bien hydraté.

Parlez à votre médecin au sujet de suppléments qui pourraient se révéler nécessaires, étant donné que la chirurgie bariatrique elle-même limite l’absorption de certains nutriments. Si vous souffrez du syndrome de chasse, vous pourriez avoir à prendre des suppléments de fer, de calcium et de vitamine B12.3

La pratique de certaines habitudes, comme manger lentement et bien mastiquer, peut aussi atténuer les symptômes. L’ajout de suppléments de fibres à vos repas pourrait également aider à ralentir la vidange gastrique.1

 

Médicaments

Les modifications alimentaires sont souvent suffisantes pour atténuer les symptômes pendant que l’estomac guérit à la suite d’une chirurgie mais, dans certains cas, des médicaments peuvent être nécessaires. Un médicament appelé octréotide (Sandostatin® LAR®), disponible sous forme injectable, peut aider à diminuer le temps de transit, atténuant ainsi les symptômes des syndromes de chasse précoce et tardif. Un autre médicament, l’acarbose (Precose®), fait obstacle à l’absorption des glucides et est particulièrement utile dans la régulation des taux de sucre sanguin et la prévention des symptômes associés aux faibles taux de sucre sanguin caractéristiques du syndrome de chasse tardif.

 

Chirurgie

Si le syndrome de chasse ne se résorbe pas de lui-même avec le temps, ou si les changements alimentaires ou les médicaments ne sont pas efficaces, une chirurgie pourrait s’imposer. Il peut s’agir d’une chirurgie reconstructive ou du renversement d’un pontage gastrique.

 

Pronostic

Quoique les symptômes associés au syndrome de chasse puissent être très désagréables et entraîner des carences nutritionnelles chez certaines personnes, la plupart des cas se résorbent d’eux-mêmes avec le temps. De plus, il existe des traitements pour réduire les effets de cette affection.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 203 – 2017
1. Chavas YS et al. Pathophysiology, Diagnosis and Treatment of Dumping Syndrome and its Relation to Bariatric Surgery. Brazilian Archives of Digestive Surgery. 2016;29(Suppl 1):116–119.
2. Penning C et al. Efficacy of depot long-acting release octreotide therapy in severe dumping syndrome. Alimentary Pharmacology & Therapeutics. 2005;22(10):963-9.
3. Hamilton Health Sciences. The Dumping Syndrome Diet. Disponible à : http://www.hamiltonhealthsciences.ca/documents/Patient%20Education/DumpingSyndromeDiet-trh.pdf. Consulté le 2017-08-24.