Les infections se manifestent de nombreuses façons et leur origine varie. Il y a par exemple la pneumonie (bactérienne), le rhume (virale), le pied d’athlète (fongique) et la giardiase (parasitique) pour ne nommer que quelques exemples. Le corps prévient et combat ces infections grâce à son système immunitaire complexe. Lorsque le système immunitaire n’arrive pas à surmonter une infection grave, les médecins prescrivent habituellement des médicaments. Cet article mettra l’accent sur un de ces types de médicaments, les antibiotiques (aussi appelés antibactériens). Nous examinerons les façons dont ils fonctionnent, leurs limites, comment les utiliser et les avancées les plus récentes par rapport à ces médicaments, lutteurs d’infections.

Les bactéries sont des microorganismes, ce qui veut dire qu’ils sont une forme de vie. On peut décomposer le mot « antibiotique » de cette façon : « anti » (contre) et « biotique » (vie). Les antibiotiques agissent en inhibant la croissance ou en tuant les microorganismes, empêchant leur prolifération et propagation. Les premiers antibiotiques – et toujours les plus courants – proviennent de champignons (p.ex., pénicilline) et combattent expressément les bactéries. Il y a environ 70 ans, avant l’élaboration d’antibiotiques pour une utilisation généralisée, le taux de mortalité découlant d’infections bactériennes, telles que la tuberculose, la pneumonie et les maladies transmissibles sexuellement, était élevé.

Il existe aujourd’hui de nombreuses formes d’antibiotiques pour traiter plusieurs différents types d’infection, y compris les infections parasitiques et fongiques. Les antibiotiques n’ont cependant pas d’effets sur les virus puisque ceux-ci ne sont pas considérés comme des organismes vivants. Contrairement aux organismes vivants qui ont des cellules, les virus acellulaires se composent de segments d’ADN (ou d’ARN) qui s’injectent dans les cellules vivantes, les obligeant à répliquer l’ADN viral.

C’est pour cette raison que votre médecin ne prescrira pas un antibiotique contre le rhume ou la grippe. Lorsque nous sommes malades, nous ne connaissons pas la vraie nature de l’infection qui s’attaque à notre corps; nous savons seulement que nous ne nous sentons pas bien. Le tout peut porter à confusion, car lorsque le virus du rhume s’attaque à notre corps, notre système immunitaire travaille plus fort que la normale et nous devenons susceptibles à d’autres types d’infections telles que la pneumonie ou la pharyngite streptococcique qui, elles, sont causées par des bactéries et sont habituellement traitées à l’aide d’antibiotiques.

 

Les scientifiques ont trouvé des preuves selon lesquelles l’utilisation d’agents antibiotiques contre les maladies pourrait remonter à 2 000 ans. En 1928, le Dr Alexander Fleming rentra à son laboratoire après un congé pour constater qu’un type de champignon appelé penicillium avait contaminé une des boîtes de Petri contenant une bactérie qu’il étudiait (staphylocoque). Les bactéries se trouvant à proximité du champignon étaient mortes. Après avoir analysé le champignon, le Dr Fleming a découvert qu’il produisait une substance chimique qui tuait les bactéries et qu’il nomma pénicilline. Tirant avantage de cette découverte initiale, plusieurs autres scientifiques raffinèrent le processus pour obtenir un médicament produit en masse. Il existe maintenant des douzaines de types de pénicilline aussi bien que de nombreuses autres classes chimiques d’antibiotiques.

 

Bactéries : amies et ennemies

Les bactéries sont des microorganismes (microbes) unicellulaires. Le corps humain sert d’hôte à des billions de microorganismes et l’on estime que 10 000 différentes espèces bactériennes y vivent, à l’intérieur et à la surface. Il n’y a pas deux personnes, même pas les jumeaux, qui partagent une combinaison de bactéries (microbiome) identique. Le microbiome commence à se former à la naissance, et ce, surtout si cette dernière s’est produite par le canal génital, riche en microorganismes.

Pendant longtemps, les scientifiques ont porté leur intérêt uniquement sur les bactéries provoquant des infections (pathogènes), étant d’avis que les bactéries non pathogènes n’étaient pas importantes. En fait, les cellules microbiennes sont environ dix fois plus nombreuses que nos cellules humaines et les scientifiques ne font que commencer à comprendre l’importance de leur rôle relatif à notre bien-être, surtout en ce qui concerne notre système immunitaire et notre appareil digestif. À titre d’exemple, dans le processus de la digestion, il existe des bactéries qui se nourrissent des aliments que l’on ne peut digérer tout simplement à l’aide de nos cellules humaines. Les déchets provenant de ces bactéries servent de nutriments à notre organisme. Certaines de ces bactéries non pathogènes sont en lutte constante contre les bactéries pathogènes, aidant au maintien d’un microbiome sain en gardant le nombre de « mauvaises » bactéries au minimum.

Le terme probiotique fait référence aux microorganismes vivants qui auraient des effets bénéfiques sur l’organisme, et puisque ce fait est maintenant bien connu, l’utilisation de probiotiques est à la hausse. D’autres bactéries ont cependant des effets néfastes sur l’organisme surtout si elles se prolifèrent excessivement dans certains endroits du corps. L’infection par une bactérie pathogène peut se produire à la suite d’une blessure lorsque des bactéries externes communes s’introduisent dans le corps par la circulation sanguine ou à la suite d’une contamination par des microorganismes nuisibles produisant des sous-produits toxiques, comme dans de nombreux cas d’intoxications alimentaires.

 

Mécanisme d’action des antibiotiques

Les antibiotiques fonctionnent en perturbant les cellules bactériennes de nombreuses façons différentes, par exemple en inhibant la capacité de la bactérie à construire sa paroi cellulaire, en empêchant sa reproduction ou en nuisant à sa capacité d’emmagasiner et d’utiliser l’énergie. Les antibiotiques n’ont habituellement aucun effet sur les cellules humaines, ce qui fait qu’on peut les ingérer en toute sécurité en tant que médicament. Cependant, comme pour tout médicament, certaines personnes peuvent réagir aux antibiotiques ou connaître des effets secondaires à la suite de leur administration. Certains antibiotiques s’attaquent à un vaste éventail de bactéries (antibiotiques à large spectre) tandis que d’autres ont été conçus pour s’attaquer à des souches pathogéniques précises (antibiotiques à spectre étroit). D’autres antibiotiques ne ciblent que les bactéries qui ont besoin d’oxygène (aérobies) tandis que d’autres encore ne fonctionnent que contre les bactéries qui vivent en l’absence d’oxygène (anaérobies).

Lorsque vous prenez un antibiotique sous forme de pilule ou de liquide, il s’achemine dans votre tube digestif et est absorbé dans la circulation sanguine tout comme le sont les nutriments provenant des aliments. Il circule ensuite à travers le corps, atteignant l’endroit ciblé où les bactéries pathogènes provoquent une infection. Dans certains cas, comme lorsqu’une infection est particulièrement grave, les médecins peuvent administrer des antibiotiques par voie intraveineuse, directement dans la circulation sanguine. Dans le cas de certaines infections cutanées (de la peau), la façon la plus efficace et rapide d’acheminer l’antibiotique aux organismes pathogènes est de l’appliquer directement au site d’infection sous forme de crème ou d’onguent topique. De plus, l’exposition du corps au médicament est restreinte à une petite zone lorsqu’il n’est pas nécessaire que le médicament circule dans le sang.

Votre médecin choisit un antibiotique et sa voie d’administration en fonction d’un certain nombre de facteurs tels que le type exact d’infection et son étendue. Il est parfois nécessaire de faire l’analyse d’un prélèvement en laboratoire pour déterminer l’espèce bactérienne et plus précisément, la souche responsable de l’infection. Les médecins peuvent aussi prescrire des antibiotiques avant une chirurgie intestinale ou autre procédure médicale associée à un risque élevé d’infection bactérienne; il s’agit de l’utilisation préventive (prophylactique) des antibiotiques.

Les selles molles (diarrhée) sont un effet secondaire commun lié à l’antibiothérapie puisque l’antibiotique perturbe les populations bactériennes normales et saines dans les intestins qui contribuent au passage régulier des selles. Votre médecin pourrait recommander l’utilisation de probiotiques à la suite d’une antibiothérapie afin d’aider votre corps à regagner de bonnes bactéries. Si vous trouvez du sang ou du mucus dans vos selles ou que vous connaissez de la douleur ou des crampes graves au niveau de l’abdomen, vous devez immédiatement faire un suivi auprès de votre médecin pour déterminer s’il y a présence d’une infection secondaire, telle que celle à C. difficile. (Voir page 11.) Lorsqu’un antibiotique n’arrive pas à éradiquer une infection, votre médecin pourrait avoir à passer à des médicaments moins traditionnels qui risquent d’être plus chers ou d’être associés à des effets secondaires plus graves. Les médecins réservent ces agents uniquement pour des situations et circonstances précises afin d’éviter le développement d’une résistance aux antibiotiques.

 

Résistance aux antibiotiques et superbactéries

Les antibiotiques permettent de contrer les infections parfois mortelles, réduisant le taux de mortalité et la perte d’organes ou de membres. Cependant, chaque fois qu’une personne entreprend une antibiothérapie, la possibilité de créer des souches bactériennes résistantes augmente, celles-ci pouvant ultérieurement devenir des superbactéries. Le terme « superbactérie » fait référence à tout microorganisme ayant développé une résistance à un agent anti-infectieux commun qui était autrefois efficace comme traitement contre lui. Quoique dans le passé les superbactéries étaient un problème se limitant aux hôpitaux, on voit maintenant de plus en plus d’éclosions au niveau de la communauté. Ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de prendre vos antibiotiques exactement comme ils vous ont été prescrits par votre médecin – la bonne dose et pour la durée complète de l’antibiothérapie – même si vous vous sentez mieux à mi-parcours du traitement. Cela est très important. Mettre fin à votre antibiothérapie à mi-parcours ou prendre seulement des doses partielles, même si les symptômes de l’infection ont disparu, augmente considérablement le risque de développer une résistance bactérienne.

Les scientifiques ont déterminé la concentration cruciale d’un antibiotique précis requise pour éliminer une infection. Si les antibiotiques qui circulent dans le corps n’atteignent pas cette concentration, il peut y avoir la création d’un environnement dans lequel seulement les cellules pathogéniques les plus faibles meurent tandis que les bactéries plus fortes et plus résistantes survivent, se multiplient et subissent une mutation (deviennent résistantes). Avec la transmission de la bactérie mutante à d’autres personnes, il devient de plus en plus difficile de trouver un antibiotique qui fonctionne efficacement contre cette bactérie. Cela peut aussi se produire si vous ne finissez pas votre antibiothérapie telle qu’elle vous a été prescrite et que de faibles concentrations de bactéries pathogènes sont toujours présentes; ces dernières peuvent alors vous infecter à nouveau ou devenir résistantes. Les chercheurs continuent d’élaborer de nouveaux antibiotiques pour mener la lutte contre ces superbactéries émergentes. Allez à la page 11 pour lire des informations sur un nouvel antibiotique à spectre étroit, Dificid™, qui s’attaque précisément à la bactérie C. difficile sans nuire aux souches bactériennes bénéfiques. En plus de cette recherche en pleine évolution, les patients jouent un rôle extrêmement important dans la prévention de la création de nouvelles superbactéries plus résistantes, tout simplement en prenant leur médicament tel qu’il leur a été prescrit.

 

Messages clés

  • La plupart des antibiotiques traitent les infections bactériennes tandis que d’autres traitent certaines infections parasitiques ou fongiques. Les antibiotiques ne fonctionnent JAMAIS contre les infections virales. (Il existe des médicaments antiviraux ou des vaccins pour certains types d’infections virales.)
  • Prenez toujours les antibiotiques tels qu’ils vous ont été prescrits par votre médecin et finissez toute l’antibiothérapie (à moins que vous ne présentiez une réaction indésirable grave et que vous consultiez votre médecin). Il ne faut jamais prendre un antibiotique prescrit à quelqu’un d’autre ou un antibiotique prescrit par votre médecin pour une affection antérieure, mais que vous n’avez pas fini.
  • Les superbactéries sont un problème croissant surtout en environnement hospitalier et tout le monde a un rôle à jouer en vue de diminuer leur développement.

 

Comparaisons

Les antibiotiques (p. ex., pénicilline) sont des antimicrobiens sélectifs qui s’attaquent uniquement aux microorganismes bactériens pour les tuer ou empêcher leur reproduction. Les désinfectants (p.ex., agent de blanchiment) sont des antimicrobiens non sélectifs pouvant s’attaquer à de nombreux types de microorganismes et qui ne peuvent être utilisés dans notre corps puisqu’ils peuvent endommager les cellules humaines.
Les agents bactéricides tuent les bactéries en nuisant à la réplication de leur paroi cellulaire ou de leur contenu. Les agents bactériostatiquesempêchent les bactéries de se proliférer ou font obstacle au processus de synthèse des protéines sans nécessairement les tuer.
Les antibiotiques à spectre large (p. ex., pénicillines, aminoglycosides, céphalosporines, sulfamides) sont efficaces pour un vaste éventail d’infections bactériennes. Les antibiotiques à spectre étroit (p.ex., antibiotiques macrolides, vancomycine, fidaxomicine) sont seulement efficaces contre quelques types de bactéries pathogènes.
Les infections bactériennes aérobies, telles que la pharyngite streptococcique, se produisent dans les régions du corps exposées à l’oxygène. Les pénicillines et autres types d’antibiotiques combattent ces infections. Les infections bactériennes anaérobies (p.ex., gangrène, tétanos et botulisme) se produisent dans les tissus profonds ou les organes où il y a absence d’oxygène, comme dans le tractus gastro-intestinal ou sous les blessures graves. Des antibiotiques spécialisés tels que le métronidazole ou la clindamycine, entre autres, sont efficaces contre ces infections.

 

Nouveau désinfectant non toxique

Un groupe de chercheurs de l’Université de Saint-Boniface (USB) au Manitoba a prouvé l’efficacité d’un désinfectant qui pourrait révolutionner la lutte contre les superbactéries dans le système hospitalier.1 Les désinfectants chimiques actuellement utilisés dans les hôpitaux fonctionnent en contrôlant ou en prévenant la propagation des spores bactériennes, mais lorsque ces dernières s’attachent à des surfaces elles sont difficiles à détruire. Ce nouveau désinfectant, Akwaton, peut détruire les spores de Bacillus subtilis (en suspens dans l’eau ou attachées à des surfaces en acier inoxydable ou de vitre) à des concentrations très diluées, et ce, à l’aide d’un traitement de seulement 90 secondes. Il est également efficace contre les souches de Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM) et d’Escherichia coli (E. coli) Cela représente une percée importante puisque la majorité des autres désinfectants, afin d’être aussi efficaces, doivent être utilisés à une concentration élevée qui est souvent nocive pour les humains.


Alan Low, B.Sc. (phm.), Pharm.D., Ph.A., ACPR, FCSHP, CCD
Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 184 – 2012
1. Canadian Health Reference Guide. New Weapon against C. difficile: significant scientific breakthrough at Université de Saint-Boniface. Available at http://www.chrgonline.com/news_mail.asp?ID=389035. Accessed 2012-09-30.