La colite ulcéreuse (CU) est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin qui se manifeste par une ulcération fine de la muqueuse interne du côlon. Les symptômes les plus courants sont la diarrhée et le saignement rectal. Quoiqu’il n’existe aucun remède contre la CU, de nombreux traitements connaissant divers degrés de succès et de risque sont disponibles, notamment l’acide 5-aminosalicylique (5-ASA), les corticostéroïdes, les agents immunosuppresseurs et les modificateurs de la réponse biologique. Les chercheurs sont en quête de traitements entraînant moins d’effets secondaires, tâche importante, surtout si l’on tient compte du fait que la colite ulcéreuse débute souvent en enfance.

Des probiotiques précis faisant l’objet de nombreuses études se sont avérés prometteurs dans le traitement de la maladie inflammatoire de l’intestin. L’Organisation mondiale de la santé définit les probiotiques comme « des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantités adéquates, produisent un effet bénéfique pour la santé de l’hôte ». Les probiotiques, notamment les bactéries et les levures fonctionnent de nombreuses façons. Ils :

  • tapissent la surface du tractus gastro-intestinal et empêchent les organismes néfastes de l’atteindre (exclusion compétitive),
  • renforcent le tissu de la paroi intestinale,
  • agissent comme antibiotiques contre d’autres bactéries, et
  • régulent les réponses du système immunitaire au niveau de la paroi intestinale aussi bien que dans le corps en général.

Une petite étude prospective randomisée et contrôlée par placébo dont les résultats ont été publiés récemment dans Alimentary Pharmacology and Therapeutics1 visait à savoir si une souche particulière du probiotique Lactobacillus reuteri (L. reuteri), administrée par lavement, aiderait à provoquer une rémission chez des enfants aux prises avec une CU rectale active. L. reuteri est largement reconnu comme colonisateur naturel et bénéfique du tube digestif dès la naissance et on le trouve même dans le lait maternel humain. Il est une des rares espèces de Lactobacillus remarquablement adaptées à vivre dans le tube digestif des êtres humains avec lesquels ils interagissent en symbiose.2

Des chercheurs ont évalué 40 enfants à l’aide de l’indice d’activité de la maladie Mayo (Mayo Disease Activity Index) qui établit une cote pour la gravité des symptômes, allant d’une gravité extrême (12) à aucun symptôme (0). Pendant huit semaines, on a donné aux enfants de la mésalazine par voie orale (un médicament 5-ASA) en plus de leur administrer un lavement avant le coucher contenant soit le probiotique L. reuteri ATCC 55730, soit un placébo. Dans le cadre de leur analyse finale, les chercheurs ont utilisé uniquement les résultats des 31 enfants s’étant conformés à tous les protocoles de l’étude.

En utilisant l’indice d’activité de la maladie Mayo chez les participants qualifiés, toujours après huit semaines, les chercheurs ont constaté que la cote moyenne chez les enfants ayant reçu le lavement à L. reuteri avait chuté considérablement, passant de 8,6 à 3,2, révélant une atténuation importante des symptômes. Les symptômes chez les enfants ayant reçu un placébo sont demeurés sensiblement les mêmes, la cote passant de 8,7 à 7,1. Aucun enfant ayant utilisé le placébo n’a connu de rémission clinique, tandis que 31 % de ceux ayant reçu le lavement à L. reuteri ont connu une rémission.

Quoique les chercheurs soient incertains de la façon dont les bactéries pourraient agir sur le développement de la CU, des études antérieures ont démontré des différences dans la diversité du microbiote intestinal et d’autres facteurs chez des patients atteints de colite ulcéreuse comparativement à la population générale. Bien que les résultats soient préliminaires et que l’étude n’ait porté que sur un faible échantillon d’enfants, d’autres recherches pourraient servir à prouver que les traitements aux probiotiques sont prometteurs comme thérapie d’appoint à une thérapie habituelle pour provoquer une rémission de la colite ulcéreuse chez les enfants.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 184 – 2012
1. Oliva S et al. Randomised clinical trial: the effectiveness of Lactobacillus reuteri ATCC 55730 rectal enema in children with active distal ulcerative colitis. Alimentary Pharmacology and Therapeutics. 2012;35:327-34.
2. Oh PL, et al. Diversification of the gut symbiont Lactobacillus reuteri as a result of host-driven evolution The ISME Journal. 2010;4:377-387.