Lorsque le traitement standard contre une infection à Clostridium difficile (ICD) – qui comprend une antibiothérapie de métronidazole ou de vancomycine – n’arrive pas à éliminer la bactérienocive, les médecins ont actuellement très peu d’options à leur disposition pour traiter leurs patients. Malheureusement, un traitement standard ne réussira pas à éliminer l’ICD chez 15 à 26 % des patients.1 Lorsqu’un médecin prescrit un de ces antibiotiques une deuxième fois en raison d’une récurrence de l’ICD, celui-ci est inefficace 40 % du temps et devient de moins en moins efficace avec chaque récurrence ultérieure.

Le symptôme le plus évident d’une ICD est une diarrhée débilitante. Elle se produit lorsque le microbiome normal (en équilibre) du tractus gastro-intestinal est perturbé, habituellement à cause de l’utilisation d’antibiotiques à large spectre qui détruisent les bactéries intestinales bénéfiques, permettant ainsi aux bactéries pathogéniques Clostridium difficile (C. difficile) de proliférer. Chez les personnes vulnérables, notamment les aînés et celles dont le système immunitaire est compromis, une ICD peut entraîner la mort.

 

Démontré en pratique

Comme nous l’avons décrit dans le numéro 184 du bulletin Du Coeur au ventreMC, Santé Canada a approuvé un antibiotique ciblé prometteur, la fidaxomicine (Dificid®), pour le traitement d’une ICD récurrente. En mai 2014, au 24e Congrès européen de microbiologie clinique et des maladies infectieuses, des chercheurs ont présenté un rapport d’une étude d’un an menée au R. -U. ayant démontré que Dificid® est efficace sur le plan clinique comme traitement de première intention dans la résolution complète de l’ICD. L’étude a aussi déterminé que l’utilisation de Dificid® contribue à diminuer les coûts de soins de santé, comparativement à l’administration de métronidazole ou de vancomycine comme traitement de première intention. En plus d’avoir cette précieuse option de traitement éprouvée, les hôpitaux canadiens améliorent leurs procédures de nettoyage et les chercheurs travaillent à mettre au point d’autres approches pour combattre cette superbactérie.

 

Le progrès, à petits pas

Les recherches actuelles qui se penchent sur des traitements novateurs contre l’ICD visent à améliorer la diversité bactérienne dans l’intestin afin que ces bactéries bénéfiques puissent combattre l’infection sans l’aide d’antibiotiques et contribuent à prévenir des récurrences. Ces progrès, décrits ci-dessous, représentent un nouvel espoir dans la lutte contre l’ICD, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit toujours de recherches préliminaires.

 

Transplantations fécales

Une nouvelle étude démontre l’efficacité de la transplantation de selles d’un donneur en santé dans le côlon de personnes infectées par C. difficile.1 Des recherches antérieures menées auprès de centaines de patients ont révélé que les transplantations fécales, effectuées par différentes méthodes, guérissent efficacement les ICD récurrentes. Cette nouvelle étude qui provient des Pays-Bas ne représente que le premier essai contrôlé randomisé dans ce domaine, type d’étude néanmoins considéré être le plus fiable par la communauté de recherche.

L’étude comptait 32 patients adultes connaissant une rechute d’une ICD à la suite d’au moins une antibiothérapie standard. Des 16 patients ayant subi une transplantation fécale, 13 ont été guéris. Les trois autres patients de ce groupe ont reçu une deuxième perfusion de selles d’un autre donneur en santé et deux d’entre eux ont été guéris. Seulement quatre patients du groupe traité à la vancomycine ont connu une guérison.

Lors du suivi, la diversité du microbiote présent dans les selles des patients traités par une perfusion fécale était semblable à celle de leur donneur, laissant supposer que le microbiote intestinal maintient une bonne diversité de bactéries bénéfiques bien après la transplantation fécale initiale.

Les transplantations fécales ne sont pas très répandues et d’autres recherches sont requises puisque cette étude ne comptait que quelques participants. Par l’entremise des médias, les auteurs de cette étude ont aussi souligné qu’ils ne croient pas que les transplantations fécales directes soient une solution définitive, mais que la possibilité de traitements novateurs qui découleront sans doute de recherches ultérieures offre l’espoir d’un traitement efficace contre cette maladie dévastatrice.2

 

OpenBiome

Un membre de la famille d’un patient à Victoria en C.-B. ayant connu une récurrence d’une ICD a contacté la Société GI pour relater comment le patient a pu accéder à un traitement de transplantation fécale. OpenBiome (www.OpenBiome.org), une organisation américaine à but non lucratif, fournit aux médecins des préparations de microbiote fécal minutieusement choisies en des formats prêts à utiliser pour un traitement de transplantation fécale. Les préparations sont fournies sous diverses formes, selon la voie d’administration choisie : colonoscopie, tube nasogastrique, lavement ou voie orale (sous forme de capsules).

Selon la règlementation de Santé Canada sur l’utilisation personnelle, les médecins au Canada peuvent aider les patients à obtenir légalement d’OpenBiome un approvisionnement de trois mois de préparations pour la transplantation fécale. Le patient doit défrayer le coût du traitement, lequel est actuellement d’environ 500 $ US, frais d’expéditions inclus. OpenBiome offre aux médecins qui désirent pratiquer des transplantations fécales, une solution de rechange sûre et pratique au processus de recherche et de sélection de donneurs que les médecins doivent effectuer eux-mêmes. Il est cependant important de se souvenir que très peu de médecins canadiens pratiquent des transplantations fécales puisqu’il s’agit encore d’un traitement expérimental. Le membre de la famille à qui nous avons parlé a affirmé que le produit était congelé à son arrivée et qu’il a fallu le conserver dans un congélateur à -20 °C afin que les préparations demeurent viables pendant jusqu’à six mois.

 

RePOOPulate – Étude menée chez seulement deux patientes

Des chercheurs en Ontario se sont servis du concept de la transplantation fécale pour développer des selles artificielles, plus faciles à utiliser chez le patient, portant le nom amusant de RePOOPulate (le mot poop désignant en anglais la matière fécale, il s’agit d’un jeu de mots sur le terme anglais « repopulate » [repeupler]). La thérapie par transplantation fécale doit surmonter trois défis : la possibilité de la transmission de pathogènes présents dans les selles des donneurs; la répulsion qu’éprouve le patient à l’égard de la thérapie (c.-à-d. le dégoût); et le fait qu’il n’est pas possible de normaliser une transplantation fécale de la même façon qu’on le fait habituellement avec les médicaments. Les chercheurs ont mené une très petite étude pilote comptant seulement deux femmes âgées, mais dont les résultats sont toutefois prometteurs.3

Les chercheurs ont identifié 33 souches bactériennes bénéfiques dans les selles d’une donneuse de 41 ans en santé. Ils ont ensuite fait pousser (cultiver) chacune de ces souches à l’aide d’un système de laboratoire qu’ils ont mis au point, lequel imite le milieu dépourvu d’oxygène du gros intestin. Les chercheurs ont fait la préparation RePOOPulate en mélangeant ces bactéries bénéfiques à une solution saline stérile et ont effectué une thérapie par perfusion chez les deux patientes dans les 24 heures suivant la production de la préparation.

Les deux patientes vivaient des épisodes récurrents d’ICD à la suite de nombreuses antibiothérapies à la vancomycine et leurs selles renfermaient la même souche hautement infectieuse de C. difficile. Les deux femmes ne présentaient aucun symptôme six mois après le traitement.

Les chercheurs suggèrent que le succès de la transplantation fécale ne peut être attribué à une seule souche bactérienne puisque les souches semblent prospérer le mieux lorsqu’elles font partie d’une communauté de bactéries bénéfiques.

Les auteurs de l’étude affirment que cette recherche suggère que les selles artificielles pourraient éventuellement être une solution de rechange plausible à la transplantation fécale humaine. Certains des chercheurs de cette étude tentent de développer une capsule à prise orale à action prolongée qui contiendrait une version lyophilisée de la préparation.4

De telles études sont encourageantes, mais d’autres travaux de recherche et de développement sont requis avant que ce genre de traitement ne soit disponible.

 

Conclusion

La Société GI a entendu les histoires de dizaines de personnes qui étaient remarquablement semblables à celles des participantes à l’étude mentionnée ci-dessus, c’est-à-dire qu’elles avaient souffert d’épisodes récurrents d’ICD. Nous devons cependant tenir compte du fait que tous les patients sont uniques et leurs réponses à un même traitement peuvent différer. Dificid®, l’antibiotique évolué à action ciblée, est un traitement disponible au Canada que les médecins peuvent actuellement offrir à leurs patients souffrant d’une ICD récurrente. Un jour, d’autres options de traitement, telles qu’une forme de transplantation de cultures bactériennes bénéfiques, pourraient enfin permettre à la communauté de soins de santé d’avoir le dessus sur cette lutte continue contre l’infection à Clostridium difficile.

 

Flairer C. difficile

Le diagnostic et le traitement d’un ICD pourraient s’avérer beaucoup plus simples à l’avenir. Les chercheurs travaillent à l’élaboration d’un « nez électrique » qui pourrait déceler C. difficile, probablement dans des échantillons de selles, et même faire la différence entre diverses souches de la bactérie. Un diagnostic rapide est très important pour le traitement efficace de cette infection et l’éradication de cette bactérie.

 


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 191 – 2014
1. Nood, E van et al. Duodenal Infusion of Donor Feces for Recurrent Clostridium difficile. The New England Journal of Medicine. 2013;368(5):407-15.
2. Communiqué de presse. Fecal transplants cure most cases of C. difficile: Randomized controlled trial shows treatment works. La presse canadienne. 2013-01-17.
3. Petrof EO et al. Stool substitute transplant therapy for the eradication of Clostridium difficile infection: ‘RePOOPulating’ the gut. Microbiome. 2013;1 (3).
4. Ubelacker, S. Fake poop ‘RePOOPulate’ could replace real stuff to treat C. difficile. The Canadian Press.2013-01-08.