À titre d’organisme de bienfaisance enregistré qui défend les droits des patients atteints de maladies gastro-intestinales et hépatiques, nous mentionnons souvent l’importance d’offrir aux patients divers choix de médicaments. Chaque personne a une physiologie qui lui est propre, et réagit de différentes façons aux médicaments; par conséquent, notre système de soins de santé et les médicaments disponibles doivent refléter ces divergences. Nous mettons en garde contre la substitution automatique de médicaments de marque par des médicaments génériques dans certains cas (notamment quand le médicament générique est libéré dans une partie de l’intestin autre que celle où agit le médicament de marque) et le fait de limiter les types de médicaments disponibles pour chaque maladie, étant donné que ces facteurs peuvent aggraver les symptômes et même accroître les coûts des soins de santé au bout du compte. Fait intéressant, selon une étude récente,1 l’importance d’avoir un choix va encore plus loin.

Bien que tous les médicaments aient des fonctions et des mécanismes d’action spécifiques dans le corps, la façon dont vous percevez l’efficacité d’un médicament peut aussi avoir un impact. Vous avez sûrement déjà entendu parler de l’effet placébo, où des patients prennent un médicament inerte comme un comprimé de sucre mais, parce qu’ils croient à l’efficacité du médicament, ils signalent une amélioration notable, peu importe la maladie prétendument traitée au moyen du placébo. En revanche, le terme « effet nocébo » décrit le contraire. Si des patients prennent un comprimé de sucre en croyant qu’il peut entraîner des effets secondaires désagréables, ils commencent à ressentir ces effets désagréables même s’il n’y a vraiment aucune raison d’en ressentir.

Des chercheurs ont constaté que les patients réagissent mieux à leur régime médicamenteux quand ils peuvent participer au processus de prise de décision. Quand ils peuvent choisir entre deux médicaments ou plus, ils sont plus susceptibles de ressentir de meilleurs effets bénéfiques. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont réparti 61 étudiants universitaires en deux groupes. Ils ont dit aux sujets qu’ils allaient tous prendre un bêtabloquant pour aider à soulager leur anxiété préexamen. Un groupe aurait la possibilité de choisir l’un de deux médicaments équivalents, et l’autre groupe recevrait un bêtabloquant choisi de façon aléatoire. En réalité, les deux groupes ont reçu des placébos.

Les sujets ont répondu à un questionnaire avant et après avoir pris ce qu’ils croyaient être un médicament; les questions portaient sur les effets secondaires et leur niveau d’anxiété. Les chercheurs ont constaté que les personnes faisant partie du groupe qui croyait avoir choisi leur médicament ont mieux réagi au faux médicament; c’est l’effet placébo. Cependant, les personnes qui n’ont pas pu le choisir ont ressenti un plus grand nombre d’effets secondaires néfastes; c’est l’effet nocébo.

Fait intéressant, les médicaments ont été décrits comme ayant des indications et des effets secondaires identiques, et les noms des médicaments étaient fictifs afin que les participants ne puissent avoir aucune opinion préalable à propos de l’un ou l’autre des médicaments. Et pourtant, avoir l’occasion de choisir entre ces deux médicaments a quand même fait une différence, non pas parce qu’ils ont sélectionné celui qui semblait agir plus rapidement ou être plus efficace, mais plutôt parce qu’ils ont probablement ressenti un sentiment d’autonomisation en faisant leur propre choix.

Cette étude démontre que l’importance d’avoir des choix ne se limite pas à trouver le bon médicament puisque le fait de pouvoir faire un choix pourrait avoir une influence favorable sur notre perception du traitement, alors que le fait de n’en avoir aucun pourrait influer défavorablement sur notre perception du traitement. Étant donné que ces expériences font partie de la condition humaine, plutôt que de limiter les options offertes, nous devrions nous assurer que les patients ont à leur disposition une panoplie de médicaments et de traitements, et que les médecins comprennent et respectent les opinions et les préférences de leurs patients.

Compte tenu de la taille relativement petite de l’échantillon utilisé et du fait que les participants étaient jeunes et en santé, ces recherches n’en sont qu’à leurs débuts. Cela étant dit, permettre aux patients de prendre leurs propres décisions pourrait les aider à prendre leur santé en main et à avoir une meilleure perception de leur programme de traitement.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC  numéro 199 – 2016
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1. Bartley H et al. You Can’t Always Get What You Want: The Influence of Choice on Nocebo and Placebo Responding. Annals of Behavioural Medicine. 2016;50:445-51.