malgré des besoins alimentaires particuliers

Vous êtes passionné par les voyages? Vous êtes limité par des problèmes de santé? Pour bon nombre d’entre nous qui avons des besoins particuliers en matière d’alimentation, voyager peut s’avérer une expérience ardue. J’ai eu deux chirurgies liées à la maladie de Crohn, alors je comprends les frustrations que l’on ressent en voyageant. Cependant, comme j’ai rêvé toute ma vie de voir le mont Everest, j’étais absolument déterminé à ne pas laisser ma maladie contrôler ma vie. Maintenant, comme si les problèmes de santé et d’alimentation ne sont pas assez angoissants, ajoutez à cela le long voyage par avion jusqu’au Népal – un des pays les plus pauvres au monde – combiné à une randonnée de 134 km, à haute altitude, sur une période de 15 jours et l’apprentissage des mystères des toilettes « à la turque » et vous avez là tous les éléments essentiels d’une aventure insensée au mieux ou d’un cauchemar effroyable au pire!

Ma première tentative a relevé du cauchemar! Quand je suis monté à bord de l’avion pour me rendre à Hong Kong en octobre 2007, je me réjouissais à l’avance d’un mois d’expériences incroyables. Évidemment, la loi de Murphy a prévalu quand j’ai commencé à être malade pendant le vol – et pas juste un peu, tellement malade que j’ai dû être hospitalisé à Hong Kong avant de pouvoir revenir à Vancouver. J’ai survécu et j’étais bien content d’être de retour à la maison, mais le voyage de mes rêves avait pris fin et ma déception était monumentale.

La question qui se posait maintenant était de savoir si j’allais ou si je devais essayer de nouveau.

Après avoir parlé à ma famille et à mes amis, j’ai décidé d’essayer de nouveau en mars 2008. J’étais encore excité à l’idée de faire ce voyage. Toutefois, en février 2008, mon système immunitaire m’a laissé tomber et j’ai dû passer une nuit à l’hôpital général de Burnaby. Comme j’avais prévu partir dans un mois, j’avais une décision importante à prendre. Est-ce que j’étais physiquement capable de faire une randonnée au Népal? Je me suis fixé un délai d’une semaine avant le voyage pour décider. Je me suis promis que si j’arrivais à reprendre mon programme d’exercice courant, qui comportait un entraînement aux poids, faire du vélo trois jours par semaine et faire une randonnée pédestre pendant deux heures à la fois, deux jours par semaine, alors j’irais. Ayant réussi, j’ai organisé mon voyage par l’entremise du centre de tourisme d’aventure Trek Escapes.

J’ai pris l’avion de Vancouver à Singapour (un vol de 19,5 heures), ayant pris des arrangements au préalable avec la compagnie aérienne pour obtenir des repas précis pauvres en fibres (poisson et riz ou pommes de terre). La compagnie aérienne n’a pas manqué à sa parole, me servant des repas appropriés sur tous mes vols de correspondance.

La première étape était deux nuits à Singapour, un beau pays avec des gens sympathiques et de la nourriture occidentale partout. J’ai pu manger du sushi et des repas de style occidental, alors les choses commençaient bien.

 

Points saillants de Singapour

Zoo nocturne, zones commerciales, système de transport bien géré, propreté incroyable – le meilleur de l’Asie.

Prochaine étape – Katmandou, Népal, où je savais que les choses seraient bien différentes. À mon arrivée à Katmandou, je me suis présenté à mon hôtel. La gentillesse des Népalais a plus que compensé le choc initial que m’ont donné la pauvreté de la ville et le manque d’hygiène. Me retrouvant en dehors de ma zone de confort habituelle, je suis devenu extrêmement vigilant en ce qui concernait ma diète. Heureusement, l’hôtel servait des mets occidentaux. Je me suis rendu à pied à Thamel, situé tout près, pour faire quelques achats et faire provision d’eau embouteillée.

Il est fortement conseillé de ne pas boire l’eau locale; en fait, vous ne pouvez même pas vous brosser les dents avec l’eau locale ni prendre des glaçons. J’ai invariablement acheté de l’eau embouteillée, en m’assurant toujours que le bouchon était scellé. Quand je commandais quelque chose à boire, c’était soit une bouteille de boisson gazeuse qu’on ouvrait devant moi, soit une bouteille d’eau que j’ouvrais moi-même et à laquelle j’ajoutais du Gatorade en poudre que j’avais apporté.

 

Points saillants de Katmandou

Visite de la ville de Bhaktapur avec son architecture étonnante; la zone commerciale de Thamel où vous pouvez acheter tout ce dont vous avez besoin; visite du stupa du temple bouddhiste et du temple hindou Pashupatinath, nous donnant un aperçu des religions du Népal.

 

Annapurna en six jours (54 km)

Après avoir fait la rencontre de huit autres randonneurs, pris un avion jusqu’à Pokhara, puis fait un trajet de 1,5 heure en autocar, ma randonnée a débuté par une marche aisée de 2 heures pour me rendre à notre premier refuge. Je me suis immédiatement renseigné quant au genre d’installations sanitaires à notre disposition puisque je soupçonnais que je les visiterais un peu plus souvent que les autres! Pendant toute la durée du trajet jusqu’à Annapurna, j’utiliserais des toilettes à la turque. À ma grande surprise, je me suis adapté fort bien en m’assurant de toujours apporter du papier hygiénique! L’hébergement était comme je m’y attendais, deux lits par chambre; on nous a remis un sac de couchage et un veston en duvet pour nous tenir au chaud, car il n’y avait que très peu d’électricité.

Cependant, en nous rendant dans les régions plus éloignées, mon plus gros souci était l’alimentation. Heureusement pour moi, notre leader de Peregrine était un ex-chef, alors il comprenait mes préoccupations et préparait des repas distincts pour moi. En outre, Peregrine n’utilise que les refuges où les propriétaires et employés ont reçu une formation en techniques hygiéniques de préparation des aliments. Compte tenu de tout cela, voici ce que j’ai mangé :

Déjeuner : pain grillé avec confiture ou sandwich au fromage de yack (goût léger).

Dîner : sandwichs au fromage de yack et la version népalaise de frites ou thon en conserve et riz blanc ordinaire.

Souper : pâtes nature (penne ou spaghetti) et fromage de yack.

Dessert : chocolat chaud. On pouvait aussi acheter des tablettes de chocolat Mars et des croustilles Pringles.

Pour les autres membres du groupe qui n’avaient pas de besoins alimentaires particuliers, le menu était plus varié et comprenait des produits occidentaux comme du gruau, des pâtes, des fruits et légumes, ainsi que des aliments locaux comme du pain népalais, des lentilles corail (dhal), des sauces au cari et le très populaire fromage de yack!

Je suis un régime pauvre en fibres depuis tellement d’années que ça ne m’a pas dérangé de manger la même chose jour après jour! Mon menu quotidien me rassurait.  Je n’avais donc à me soucier que de la randonnée comme telle! Il était très difficile de monter des escaliers en pierre pendant des heures et des heures pour se rendre à un refuge chaque soir. Au bout du compte, cela valait la peine parce que les vues étaient époustouflantes, mais physiquement j’avais perdu 7 lb, mon poids ayant baissé à 135 lb, et nous n’étions même pas arrivés au pied du mont Everest!

 

Points saillants d’Annapurna

Vues spectaculaires des pics Annapurna II, III et IV et Annapurna Sud au lever du soleil à partir de Deurali (élévation de 3 100 m); Pokhara, qui est une jolie ville au bord d’un lac, mais sans le tourbillon de la vie à Katmandou. Au printemps, les azalées poussent en profusion et l’on en voit tout au long du trajet.

 

Le mont Everest en neuf jours (80 km)

Après un bref séjour à Pokhara et Katmandou, un massage de relaxation et un peu de bonne cuisine, j’étais prêt à entreprendre mon rêve le plus cher de voir le mont Everest de très près!

J’ai rencontré un nouveau groupe de randonneurs et un nouveau leader de Peregrine, qui a été mis au courant de mes besoins alimentaires. Tout était en règle. Pour huit des neuf nuits, les refuges étaient équipés de toilettes ordinaires… les choses s’amélioraient vraiment!

Le premier jour, j’ai pris un avion jusqu’à Lukla, puis j’ai marché jusqu’à Phakding (élévation de 2 652 m). Au cours de la semaine suivante, nous avons marché à des altitudes de plus en plus hautes, notre but étant le monastère Thyangboche (élévation de 3 875 m), entouré de nombreux pics de 8 000 m de haut, dont le mont Everest. Mon menu alimentaire était semblable à celui au cours de la randonnée Annapurna. J’ai eu de la difficulté par moments, mon poids ayant baissé à presque 130 lb, mais je n’avais pas l’intention d’abandonner. Avec l’encouragement des guides et des autres membres du groupe, je me suis rendu lentement au monastère Thyangboche.

La vue incroyable du mont Everest au lever du soleil tôt le lendemain matin m’a amplement récompensée. À une altitude de 8 848 m (29 028 pi), le mont Everest est le plus haut sommet sur la Terre et j’étais enfin tout près! L’air était raréfié, mes jambes étaient comme de la gelée, mais j’avais réalisé mon rêve! Cela a valu chaque sou et chaque bouchée de thon et de riz nature! Bien qu’il faille encore trois jours de marche pour retourner à Lukla, je me sentais plus énergisé et je n’ai pas vu le temps passer.

 

Points saillants d’Everest

Voir le mont Everest de près au monastère; le bazar Namchee et ses gens sympathiques; et le vol terrifiant pour aller à Lukla et en revenir – je pense que ce vol m’a guéri pour de bon de ma légère peur des voyages en avion!

 

Le retour à la maison

À mon retour à mon hôtel à Katmandou, j’ai pu profiter des buffets au déjeuner, au dîner et au souper et voir mon poids grimper lentement! Par la suite, j’ai passé deux autres nuits à Singapour avant de rentrer à la maison. Dans l’ensemble, ce fut l’une des expériences les plus difficiles, mais aussi des plus enrichissantes de ma vie et si tout va bien, je vais retourner au Népal. J’espère que mon histoire inspirera d’autres personnes ayant des besoins alimentaires particuliers à réaliser leur rêve! Si je peux le faire, vous pouvez le faire aussi!


Kevin Freeman
Révisé par Sheila G. LoGuisto
Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 167 – Mai/Juin 2008
Kevin Freeman est un membre de longue date de la SCRI et un collaborateur de leur bulletin. Kevin est un des fondateurs de GK Media et est propriétaire de divers sites Web incluant www.foodvancouver.com, qui vise à aider les personnes ayant des besoins alimentaires spéciaux à trouver des établissements accommodants afin que leurs sorties dans des restaurants soient plus agréables.