Diverticulose colique – l’important rôle de l’alimentation et autres nouvelles perspectives

La diverticulose colique (aussi appelée diverticulose) se caractérise par la présence de petites évaginations (diverticules) de la muqueuse du côlon, en forme de sac, qui font saillie à travers la paroi externe du côlon. Les symptômes peuvent comprendre la constipation, la diarrhée ou des selles qui alternent entre ces deux extrêmes. Plusieurs personnes ne présentent aucun symptôme et ne savent pas qu’elles sont atteintes de diverticulose colique jusqu’à ce qu’elles aient une poussée active (diverticulite), lors de laquelle les diverticules deviennent enflammés ou infectés et causent de la douleur, de la fièvre ou d’autres symptômes encore. Dans 75 % des cas, la diverticulite n’entraîne pas de complications importantes telles que la formation de fistules ou le besoin de subir une chirurgie; le traitement consiste habituellement en une antibiothérapie, un régime alimentaire temporaire liquide ou à faible teneur en fibres, et parfois de médicaments additionnels.1

Fibres

Quoique la cause exacte de la diverticulose colique soit toujours inconnue, on sait qu’elle est particulièrement prévalente dans les pays occidentaux; les chercheurs se doutent depuis longtemps que la diète occidentale, typiquement à faible teneur en fibres, y serait liée. Les scientifiques sont d’avis que les diverticules se forment probablement à cause d’un dépôt accru de collagène dans la paroi intestinale (occasionnant une résistance affaiblie), d’un transit intestinal plus lent et des efforts exercés pour aller à la selle.2 Depuis plusieurs années, les professionnels de la santé encouragent les personnes de tout âge à maintenir une alimentation à haute teneur en fibres. Une analyse récente de la recherche portant sur la diverticulose colique et les traitements afférents, publiée dans la revue The Canadian Journal of Gastroenterology1 suggère que bon nombre de fournisseurs de soins de santé conseillent toujours aux patients atteints de diverticulose colique d’éviter les graines et les noix, et ce, même si les recherches continuent de démontrer qu’il n’y a aucun lien de causalité entre la consommation de ces aliments et les cas de diverticulose colique. En revanche, il existe toujours un lien étroit entre une alimentation à faible teneur en fibres et le développement de la diverticulose colique.

Végétarisme

Une étude de cohorte de grande envergure publiée dans la revue The British Medical Journal,3 a établi que les végétariens ont un risque significativement plus faible de développer la diverticulose colique que ceux qui mangent de la viande. Les nombreuses autres études antécédentes qui ont démontré un lien semblable ont spéculé que cela était attribuable au fait que les végétariens consomment habituellement plus de fibres que ceux qui mangent de la viande. Cependant, la nouvelle étude en question, qui a suivi 47 033 hommes et femmes en Angleterre et en Écosse pour une période d’environ 12 ans, a démontré qu’il existerait aussi un lien direct avec l’absence de viande dans la diète.

Dans l’étude, le risque des végétariens de développer la diverticulose colique était de 31 % plus faible que chez les consommateurs de viande. Même en tenant compte d’autres facteurs tels que la consommation de fibres alimentaires, l’indice de masse corporelle (IMC) et la possibilité d’autres variables non mesurées dans l’étude, la diminution observée du risque est restée élevée. Les chercheurs sont d’avis qu’il doit exister un lien important entre le végétarisme en soi et la diminution du risque de diverticulose colique, bien qu’ils en ignorent encore la raison. La probabilité cumulative d’hospitalisation ou de mort liée à la diverticulose colique entre l’âge de 50 et 70 ans était de 4,4 % pour les consommateurs de viande par rapport à 3,0 % pour les végétariens.

Entre 1993 et 1999, les chercheurs ont recruté des personnes âgées de plus de 20 ans pour les besoins de l’étude et leur ont demandé de remplir un questionnaire initial portant sur la diète et le style de vie, et dans lequel elles devaient estimer leur consommation de 130 différents aliments et boissons au cours d’une année donnée. Les chercheurs ont divisé les participants en quatre catégories selon un continuum des habitudes alimentaires. Elles consistaient en ceux qui :

  1. consomment de la viande (omnivores),
  2. ne consomment pas de viande, mais consomment du poisson (piscivégétariens),
  3. ne consomment pas de viande ou de poisson, mais consomment des produits laitiers ou des œufs (végétariens), et
  4. ne consomment pas de viande, de poisson, d’oeufs ou de produits laitiers (végétaliens).

Une fois le questionnaire initial rempli par les participants, les chercheurs ont exclu ceux qui étaient âgés de plus de 90 ans, ceux dont le dossier médical ou les données sur leur alimentation étaient peu fiables, ou ceux qui avaient avoué avoir apporté un changement à leur alimentation à cause de problèmes gastro-intestinaux (p. ex., SII).

D’autres variables incluses dans les questionnaires initiaux et de suivi comptaient le tabagisme, la consommation d’alcool, le type et la fréquence d’exercice physique, l’indice de masse corporelle (IMC), l’éducation, le statut socioéconomique, l’utilisation de médicaments et d’autres problèmes de santé (p. ex., le diabète, le cancer). Les chercheurs ont recueilli des données sur les diagnostics de diverticulose colique en établissant un lien entre les dossiers hospitaliers et les certificats de décès, et ont suivi les participants jusqu’en 2009. La probabilité cumulative de développer la diverticulose colique entre l’âge de 50 et 70 ans était de 4,4 % pour les consommateurs de viande par rapport à 3,0 % pour les végétariens et les végétaliens. Il n’existait pas de corrélation entre la quantité de viande consommée et le risque de diverticulose colique. Même chez les personnes consommant du poisson, mais pas d’autres types de viande, le risque de développer la maladie n’était pas significativement plus faible que chez les personnes consommant une variété ou de grandes quantités de viande.

Les chercheurs ont aussi constaté un risque accru de 31 % de diverticulose colique chez les anciens fumeurs, un risque accru de 34 % pour ceux qui avaient rapporté fumer moins de 15 cigarettes par jour et un risque accru de 86 % pour ceux qui fumaient plus de 15 cigarettes par jour. S’ils n’ont trouvé aucune association d’importance entre la consommation d’alcool et la maladie, ils ont constaté une augmentation importante du risque chez les participants ayant un IMC élevé (>27.5). Le risque était également accru chez les participants souffrant d’hypertension, chez les femmes qui avaient utilisé des contraceptifs oraux et parmi ceux qui avaient rapporté un faible statut socioéconomique et qui étaient moins instruits.

Les végétariens et les personnes dont le régime alimentaire était à haute teneur en fibres avaient généralement des durées de transit intestinal plus rapides et des passages de selles plus fréquents que les consommateurs de viande et ceux dont le régime alimentaire était à faible teneur en fibres. Les chercheurs spéculent qu’une plus grande consommation de viande pourrait augmenter le risque de diverticulose colique puisqu’une telle diète peut modifier le métabolisme des bactéries présentes dans le côlon, fragilisant ainsi la paroi du côlon et favorisant la formation de diverticules. Cependant, ils recommandent la réalisation d’études supplémentaires qui réexamineraient leurs résultats, ainsi qu’un suivi des derniers participants de l’étude. Ils ont également admis que, puisque leurs données provenaient de rapports hospitaliers, elles pourraient ne pas représenter le taux véritable de diverticulose colique chez les participants, surtout si les végétariens sont plus susceptibles d’avoir recours à des traitements non traditionnels; les dossiers hospitaliers de ces personnes risqueraient donc de ne pas contenir des informations exactes sur leur état de diverticulose colique. Il existe également la possibilité que les personnes atteintes de diverticulose colique qui mangent de la viande sont plus susceptibles de ressentir des symptômes de diverticulite, ce qui signifie que certains végétariens ayant la maladie peuvent ne pas avoir éprouvé de symptômes et n’auraient donc pas consulté un médecin à ce sujet.

L’enquête UK National Diet and Nutrition Survey réalisée de 2000 à 2001 a démontré que 72 % des hommes et 87 % des femmes n’obtiennent pas l’apport moyen recommandé en fibres alimentaires, soit 18 g/jour;4 le taux de cas de diverticulose colique dans la population générale imputable à une diète à faible teneur en fibres pourrait donc être considérable. Ces constatations cadrent avec les recommandations en santé publique qui encouragent la consommation d’aliments riches en fibres tels que le pain complet, les céréales à grains entiers (non raffinées), les fruits et les légumes.

Moins de 40 ans

La moitié des Canadiens âgés de plus de 50 ans et 75 % de ceux âgés de 80 ans et plus sont atteints de diverticulose colique.5 Cependant, cette maladie peut toucher des personnes de tout âge et celles qui ont moins de 40 ans peuvent parfois éprouver de plus graves symptômes. De plus, des études récentes ont signalé une augmentation significative du taux de la maladie chez celles âgées de 18 à 40 ans.1

Cancer du côlon – de bonnes nouvelles

Une étude cas-témoins réalisée à l’échelle du pays en Suède s’est penchée sur l’analyse de 41 037 dossiers provenant de patients atteints de cancer du côlon et de sujets témoins hospitalisés en raison de diverticulose colique entre 1992 et 2006.6 Les chercheurs ont calculé le temps écoulé entre une hospitalisation en raison de diverticulose colique et un diagnostic de cancer du côlon. Ils ont aussi comparé les décès attribuables au cancer entre les personnes qui avaient un cancer du côlon et qui souffraient de diverticulose colique et celles qui avaient un cancer du côlon, mais qui ne souffraient pas de diverticulose colique. Les résultats n’ont établi aucun lien entre des antécédents de diverticulose colique et le développement du cancer du côlon, ni entre la diverticulose colique et la mortalité associée au cancer du côlon.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 179 – 2011
1. Weizman AV et al. Diverticular disease: Epidemiology and management. The Canadian Journal of Gastroenterology. 2011;25:385-9.
2. Hall K et al. American Gastroenterological Association Future Trends Committee Report: Effects of Aging of the Population on Gastroenterology Practice, Education, and Research. Gastroenterology. 2005;129:1305–1338.
3. Crowe, FL et al. Diet and risk of diverticular disease in Oxford cohort of European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC): prospective study of British vegetarians and non-vegetarians. The British Medical Journal. 2011;343:d4131. doi: 10.1136/bmj.d4131.
4. Hoare J et al. The national diet and nutrition survey: adults aged 19 to 64 years. Stationery Office, 2004.
5. Zaidi E et al. CT and clinical features of acute diverticulitis in an urban US population: rising frequency in young, obese adults. The American Journal of Roentgenology. 2006;187:689-694.
6. Granlund TS et al. Diverticular disease and the risk of colon cancer – a population-based base-control study. Alimentary Pharmacology & Therapeutics. 2011;34:675-81.
Image : Shade Lite | bigstockphoto.com