SII, MII : Qu’elle est la différence?

Il est excusable que les gens confondent syndrome de l’intestin irritable (SII) et maladie inflammatoire de l’intestin (MII). Après tout, « SII » et « MII » se ressemblent phonétiquement. Les deux sont des maladies communes qui touchent l’intestin. Cependant, à peu près les seules caractéristiques qu’elles ont en commun sont des symptômes intestinaux tels que des douleurs abdominales et la diarrhée, la tendance à se présenter surtout chez les jeunes gens, la chronicité et notre ignorance de leur cause ultime. Il est malheureux que les sigles de ces deux affections différentes soient si semblables.

Pour ajouter à la confusion, le sigle « MII » est utilisé pour décrire deux maladies structurelles distinctes, très différentes : la colite ulcéreuse et la maladie de Crohn. La colite ulcéreuse touche uniquement la muqueuse du gros intestin ou côlon, tandis que la maladie de Crohn peut toucher n’importe quelle partie et toutes les couches de l’intestin. Pour de nombreuses raisons, qui ne sont pas pertinentes en l’occurrence, ces deux maladies inflammatoires sont souvent regroupées sous le nom de MII.

La différence fondamentale entre le SII et la MII repose sur le fait que la MII est une maladie structurelle, alors que le SII ne l’est pas. Ce qu’on entend par « structurel », c’est que lorsqu’on examine l’intestin par radiographie, endoscopie, chirurgie ou biopsie, on peut voir les dommages structurels présents dans l’intestin. Dans le cas de la MII, ces dommages sont causés par une inflammation dont les origines sont peu comprises, mais dont les conséquences peuvent nécessiter une hospitalisation, une pharmacothérapie rigoureuse, un soutien nutritionnel, et très souvent, une chirurgie. Pour ce qui est du SII, rien de ce qui précède n’est vrai. L’examen de l’intestin d’une personne qui souffre du SII ne révèlera rien. Nous savons que le SII existe parce que les patients ont des symptômes liés à l’intestin, et il n’y a aucune autre façon de le déceler.

Le Tableau 1 fait état des principales différences entre les deux maladies. Les deux s’attaquent à des personnes de tous les âges, mais sont particulièrement en évidence chez les jeunes gens. Le SII est plus fréquent chez les femmes et il touche tous les groupes ethniques. Pour sa part, la MII touche autant les hommes que les femmes et est très courante parmi les Juifs et les personnes originaires de l’Europe du Nord. Le SII semble être un trouble mondial, alors que la MII préfère les zones plus tempérées de la planète. Plus de la moitié des personnes qui ont des symptômes de SII ne reçoivent pas de soins médicaux, alors que très peu de personnes souffrant de la MII ne peuvent les éviter.

Dans le cas de la MII, l’intestin est endommagé par l’inflammation chronique. Comme les mécanismes de défense du corps cherchent à combattre ces dommages, il en résulte de la fièvre et des malaises. Les intestins perturbés peuvent saigner, et l’anémie (faible taux de globules rouges) est courante. L’incapacité de manger pendant des attaques et le gaspillage d’énergie occasionné par l’inflammation peuvent se traduire par la perte de poids et la malnutrition.

L’examen physique ne met à jour aucun signe physique dénotant la présence du SII. Toutefois, les dommages structurels occasionnés par la MII peuvent produire des signes physiques frappants tels qu’une masse dans l’abdomen, une communication anormale de l’intestin avec la peau (des fistules), un abcès anal ou des signes physiques de perte de poids et d’anémie.

En ce qui concerne la MII, l’inflammation peut se produire ailleurs que dans l’intestin, c’est-à-dire au niveau de la peau, des joints et des yeux par exemple. La dermatite, l’arthrite et l’iritis (yeux rouges douloureux) qui en résultent peuvent être aussi débilitants que la MII en soi. Le SII ne donne lieu à aucune de ces déficiences physiques, et le fait de souffrir du SII ne prédispose pas une personne à la MII, ni à aucune autre affection structurelle telle que le cancer, la maladie cœliaque et la diverticulose. Quoique ni l’une ni l’autre de ces maladies ne réduise l’espérance de vie, la majorité des personnes atteintes de la MII devront à un moment donné au cours de leur maladie subir une chirurgie.

On croit parfois que le SII est accompagné de maladie psychologique. Certes, certains patients qui reçoivent des soins médicaux peuvent avoir des problèmes psychosociaux qui doivent être traités indépendamment. Toutefois, il existe très peu de preuves à l’effet que cela est vrai de la SII en général, et il y a même des personnes atteintes de la MII qui ont des difficultés psychosociales. Bien que de nombreuses personnes atteintes du SII se plaignent des inconvénients sociaux, de la gêne, de la peur de se trouver en public et de la perte d’emploi, ces caractéristiques sont encore plus universelles et profondes dans le cas de la MII, comme le laissent entrevoir les comparaisons ci-dessus. Alors que la MII est décrite comme étant une maladie structurelle ou « organique », le SII est considéré être fonctionnel, soit un trouble de fonction. Aucun de ces termes n’est entièrement satisfaisant.

Il est d’importance capitale de faire la distinction entre ces deux maladies intestinales très différentes. Bien que les deux soient chroniques, le traitement et le pronostic sont en général très différents. Il y a également d’autres considérations importantes. Puisqu’il y a tant de personnes qui souffrent du SII, il n’est pas étonnant que certaines d’entre elles développent la MII. C’est-à-dire que les deux maladies peuvent être présentes chez le même patient de façon purement aléatoire. Il est donc crucial de ne pas confondre chez ces patients les symptômes du SII et ceux de la MII. Les médicaments puissants, souvent dispendieux et parfois toxiques prescrits pour traiter la MII n’amélioreront pas les symptômes liés au SII. De nombreux cas ont été signalés où la MII avait été confondue avec le SII pendant de nombreuses années avant que le bon diagnostic soit finalement posé. Une explication plus vraisemblable est que le SII était présent tout d’abord (rappelez-vous que c’est très courant) et que la MII a débuté plus tard.

Et finalement, le SII et la MII peuvent tous deux êtres confondus avec d’autres maladies comme l’appendicite, la diverticulite ou des infections intestinales chroniques. Un examen consciencieux des antécédents médicaux du patient et un examen physique complet devraient permettre d’éviter toute confusion de ce genre.

Tant le SII que la MII dérange de nombreuses personnes. Toutefois, à cause de sa propension à endommager l’intestin et d’autres organes, la MII peut produire un défigurement et une déficience physique qui est parfois permanente. Même s’il ne fait aucun doute que les patients atteints du SII souffrent considérablement de leurs symptômes, leur perspective d’avenir est meilleure que celle des patients souffrant de la MII. Le Tableau 1 illustre de nombreuses caractéristiques qui différencient les deux maladies.

 

Tableau 1: Les différentes caractéristiques du SII et de la MII

Caractéristique

SII

Syndrome de l’intestin irritable

(défini selon les symptômes)

MII

Maladie inflammatoire de l’intestin

(colite ulcéreuse et maladie de Crohn)

Dommage structurel à l’intestin Non Oui
Prévalence 10 à 20 % des adultes 100 à 200/100,000
Âge Tous Tous
Sexe Femmes:hommes = 2:1 Tous également
Race Tous Plus chez les Juifs, moins chez les Noirs
Emplacement géographique À l’échelle mondiale Zones tempérées
Reçoivent des soins médicaux Environ 30 % Presque tous
Fièvre, anémie, saignement rectal, malnutrition Non Oui
Masse abdominale Non Parfois
Complications Intestin Peau, joints, yeux Non Oui
Espérance de vie Normale Presque normale
Besoin de chirurgie Non Souvent
Déficience physique Non Souvent
Comorbidité psychologique Parfois Parfois
Inconvénient social Parfois Souvent

 


W. Grant Thompson, MD
Professeur émérite de médecine
Publié pour la première fois dans le bulletin The Inside Tract® numéro 126 – Juillet/Août 2001