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Proctite ulcéreuseAperçu

La proctite ulcéreuse est une forme moins sévère de la colite ulcéreuse, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MII), qui consiste d’une ulcération fine de la muqueuse interne du côlon qui ne pénètre pas la paroi musculaire de l’intestin. Dans cette forme de colite, l’inflammation débute au rectum et ne progresse pas plus loin que 20 cm dans le côlon. Environ 25 à 30 % des personnes chez qui l’on a diagnostiqué la colite ulcéreuse souffrent de cette forme de la maladie.

La cause de la proctite ulcéreuse est inconnue, mais les recherches indiquent fortement que des interactions entre les facteurs environnementaux, les bactéries intestinales, un dérèglement immunitaire et une prédisposition génétique sont responsables. La raison pour laquelle l’inflammation se limite au rectum est inconnue. Le risque est légèrement accru pour ceux dont un membre de la famille souffre de la maladie.

Quoiqu’il existe plusieurs traitements pour aider à soulager les symptômes et à provoquer une rémission, il n’existe aucun remède. La proctite ulcéreuse peut être diagnostiquée à n’importe quel âge, avec une fréquence élevée observée chez les jeunes enfants et chez ceux entre 40 et 50 ans. Une progression de cette maladie à la colite ulcéreuse qui s’étend plus haut dans l’intestin pour toucher le côlon sigmoïde se produit chez 30 à 50 % des patients atteints de proctite ulcéreuse.

 

Symptômes

Les symptômes se présentant dans la proctite ulcéreuse sont tous liés au rectum. Presque tous les patients auront du sang dans leurs selles. La diarrhée est un symptôme courant quoiqu’une constipation peut aussi se développer comme le corps lutte pour maintenir une fonction intestinale normale.

L’inflammation du rectum peut entraîner un besoin urgent d’éliminer les selles, une sensation inconfortable après avoir éliminé les selles et la sensation de ne pas avoir complètement vidé l’intestin. Des symptômes généralisés telles la fièvre, la fatigue, les nausées et la perte de poids sont rares.

Il existe très peu de complications dans la proctite ulcéreuse, mais une irritation croissante dans les régions anale et rectale peut produire des hémorroïdes. Il est très rare d’observer d’autres complications, tels des abcès et des manifestations extra-intestinales. Les patients souffrant de proctite ulcéreuse ne sont pas à risque plus élevé de développer un cancer colorectal que ceux n’en souffrant pas.

 

Diagnostic

Le médecin établit habituellement un diagnostic de la proctite ulcéreuse après avoir passé en revue les antécédents médicaux du patient, effectué un examen général et effectué une sigmoïdoscopie de routine. Un sigmoïdoscope est un instrument muni d’une lumière et d’une caméra vidéo minuscules qui est inséré par l’anus et qui permet au médecin de visionner la muqueuse de l’intestin. De petites biopsies prélevées pendant la sigmoïdoscopie peuvent aider à exclure d’autres causes possibles de l’inflammation du rectum. Des cultures de selles peuvent aussi aider à établir le diagnostic. Les radiographies ne sont habituellement pas requises bien qu’elles soient parfois nécessaires pour examiner le petit intestin ou d’autres parties du côlon.

 

Gestion

Le traitement de la proctite ulcéreuse est varié; il comprend la gestion des symptômes tout en suivant des thérapies qui visent à réduire l’inflammation sous-jacente.

 

Modifications à la diète et au style de vie

Comme les nutriments sont absorbés plus haut dans le tube digestif, les personnes atteintes de proctite ulcéreuse ne souffrent habituellement pas de carence nutritive. D’autres facteurs peuvent cependant influencer l’état nutritionnel du patient. Les symptômes de la maladie peuvent porter le patient à éviter certains aliments; il est possible que les choix alimentaires ne fournissent pas une diète équilibrée. Si les saignements sont excessifs, des modifications à la diète seront nécessaires pour compenser ces pertes.

Une meilleure nutrition fournit le corps avec les moyens pour se guérir. Il est important de suivre le Guide alimentaire canadien, mais il faut noter que certains aliments peuvent irriter le rectum et accroître les symptômes, sans toutefois influer sur l’évolution de la maladie. Les recommandations personnalisées d’un diététiste professionnel prennent en considération le tube digestif sensible du patient.

 

Pharmacothérapie symptomatique

Les symptômes représentent la composante la plus pénible de la proctite ulcéreuse; le traitement direct de la diarrhée sanglante et de la douleur améliore donc la qualité de vie du patient. Une modification de régime peut être bénéfique et les médicaments antidiarrhéiques jouent un rôle important. Pour une douleur non contrôlée par d’autres médicaments, les analgésiques peuvent aider, l’acétaminophène (Tylenol®) étant le médicament de choix.

Il existe deux types de médicaments antidiarrhéiques qui visent à prévenir les crampes et à contrôler la défécation.

Un groupe modifie l’activité musculeuse de l’intestin, en ralentissant le transit du contenu. Il comprend : le lopéramide non narcotique (Imodium®); les agents narcotiques comme le diphénoxylate (Lomotil®), la codéine, la teinture d’opium et l’élixir parégorique (camphre/opium); et les agents antispasmodiques comme le sulfate de hyoscyamine (Levsin®), le dicyclomine (Bentylol®), la propanthéline (Pro-Banthine®), et le butylbromure de hyoscine (Buscopan®).

L’autre groupe change la mollesse des selles et leur fréquence en absorbant (se liant à) l’eau pour régulariser leur consistance afin qu’elles soient d’une forme et d’une consistance facile à passer. Ces médicaments fonctionnent de différentes façons; certains comme le Metamucil® ou le Prodiem® proviennent de fibres végétales tandis que la résine de cholestyramine (Questran®) lie les sels biliaires. Il est intéressant de noter que les fibres végétales sont aussi utiles pour la constipation à cause de leur effet régulateur sur les selles.

Les personnes souffrant de proctite ulcéreuse peuvent être anémiques à cause de pertes sanguines chroniques. L’ajout de suppléments diététiques peut améliorer cette condition, le polypeptide de fer hémique (Proferrin®), étant le premier choix à cause de son action rapide et de ses effets secondaires minimes.

 

Pharmacothérapie anti-inflammatoire

Puisque l’inflammation dans la proctite ulcéreuse est limitée à une petite région du côlon inférieur qui est assez facilement accessible, le traitement voit plus de succès lorsqu’il est administré de façon rectale. Votre médecin pourra vous prescrire un traitement comme ceux décrits ci-dessous ou utilisera une approche conçue spécifiquement pour votre situation.

Acide 5-aminosalicylique (5-ASA) : Ces médicaments offerts en prise orale, comprennent la mésalamine (Asacol®, Mesasal®, Mezavant®, Pentasa®, Salofalk®) et l’olsalazine sodique (Dipentum®). Ils sont sans danger et bien tolérés à long terme. Des résultats plus rapides peuvent être observés lorsque le médicament est utilisé sous forme topique de façon rectale. Salofalk® est offert en suppositoires de 500 mg et 1 g. Les suppositoires de Salofalk® 1 g et de Pentasa® 1 g sont administrés quotidiennement. Si le cas s’avère difficile, vous pourriez recevoir un lavement thérapeutique de 5-ASA (Salofalk® 4 g & 2 g/60 mL et de Pentasa® 1 g, 2 g, ou 4 g/100mL) pour une brève durée, suivi de suppositoires une fois que l’inflammation s’améliore. Certains patients peuvent profiter de l’association de thérapies 5-ASA administrées de façons orale et rectale dans des cas qui ne répondent pas à une thérapie rectale seule.

Le 5-ASA aide à calmer l’inflammation aiguë et lorsque pris à long terme (entretien), l’inflammation demeure habituellement inactive. Il est important de continuer le régime posologique même si vos symptômes disparaissent et que vous vous sentez bien. Selon la réponse de la maladie, la thérapie d’entretien peut s’effectuer à la dose complète initiale ou à une dose réduite et par intervalle. Le patient débute habituellement avec une sorte de préparation et si la réponse s’avère inadéquate, il passe à une autre sorte. Il peut parfois être nécessaire (et certains patients le préfèrent) d’utiliser une forme orale de 5-ASA pour garder la maladie en rémission.

Corticostéroïdes : Les patients peuvent également administrer ces médicaments de façon rectale. Ils sont offerts en préparation liquide, de mousse épaisse ou de suppositoires et comprennent le budésonide (Entocort®), l’hydrocortisone (Cortenema®, Cortifoam™, Proctofoam®) et la bétaméthasone (Betnesol®). Cependant, si le patient souffre d’une diarrhée importante, les médicaments rectaux pourraient être difficilement retenus. Cortifoam™ est une préparation de mousse de plus petit volume permettant au patient de retenir le traitement plus longtemps dans le rectum, augmentant ainsi la durée pendant laquelle il peut agir.

Au début, les patients utilisent les médicaments rectaux chaque soir et réduisent les traitements lorsque la maladie s’améliore. Votre médecin peut parfois interrompre le traitement et le recommencer en présence de poussées actives; la thérapie d’entretien deux ou trois fois par semaine peut parfois être requise à long terme.

 

Chirurgie

Quoique la proctite ulcéreuse puisse parfois être résistante à la thérapie, il est rare qu’une chirurgie soit requise pour traiter cette affection

 

L’avenir

Avec un régime de traitement approprié, la plupart des patients souffrant de proctite ulcéreuse gèrent leur maladie avec succès. Des recherches additionnelles sont essentielles pour découvrir la cause, des traitements potentiels et des stratégies de prévention possibles pour plusieurs maladies et troubles digestifs. Historiquement, la recherche gastro-intestinale au Canada a été sous-financée. L’appui continu du public aidera à faire progresser les avances scientifiques.


Photo : © bigstockphoto.com/Pavlo Kolotenko