Avec l’augmentation de l’espérance de vie et la prévalence de maladies chroniques, le nombre de nouveaux médicaments continue aussi à augmenter. Cependant, les récentes percées scientifiques en traitements alternatifs et une meilleure compréhension de l’effet que les facteurs liés au mode de vie, tels que le régime et l’exercice, ont sur notre santé pourraient faire que de nombreuses personnes ressentent une réticence générale envers la prise de médicaments d’ordonnance, surtout à long terme. Habituellement, un traitement efficace pour les maladies gastro-intestinales chroniques comprend une combinaison de médicaments, d’un régime spécial ou d’exercices physiques et une surveillance continue. Il est important de comprendre que bien que les médicaments d’ordonnance comportent généralement certains risques, un médecin les prescrit seulement après avoir soupesé ces risques par rapport aux bienfaits potentiels pour le patient. Si manger uniquement « une pomme par jour » pouvait tenir votre maladie en échec, alors c’est ce que votre médecin recommanderait volontiers.

Quel que soit le plan de traitement que votre équipe de soins de santé élabore pour vous, celui-ci ne peut être efficace que si vous le suivez. Les recherches démontrent que de 30 à 50 % des patients ne suivent pas les indications relatives à la prise de médicaments prescrits, ce qui donne lieu à des taux plus élevés de maladies et de décès liés à la maladie, ainsi qu’à un fardeau financier plus lourd pour le système de santé.1 Selon les experts, « l’adhésion est le lien fondamental entre l’intention et le résultat des soins médicaux ». En plus de la prise régulière des médicaments d’ordonnance au bon moment et selon la bonne dose, l’adhésion peut signifier aussi le fait de se présenter aux rendez-vous de suivi, de se soumettre à certaines procédures et d’apporter les changements recommandés à son régime et à ses habitudes de vie.

 

La participation des patients et leurs convictions personnelles jouent un rôle important

Une nouvelle étude publiée dans « Patient Preference and Adherence1 » a analysé onze études récentes qui ont porté sur l’efficacité d’un certain nombre de mécanismes aide-mémoire pour la prise de médicaments tels que les appels téléphoniques, les courriels, les messages textes et autres. Les résultats de cette étude, ainsi que d’une autre étude très récente2 qui s’est penchée seulement sur les mécanismes d’aide-mémoire électronique, ont démontré que les aide-mémoire améliorent l’adhésion des patients à la thérapie médicale et qu’il n’y a guère de différence dans le niveau d’efficacité des différents types d’aide-mémoire.

Mais, ce qui importe peut-être davantage c’est que les auteurs de cette étude prétendent que l’adhésion d’une personne à un régime de traitement est étroitement liée à ses convictions personnelles et à ses circonstances particulières plutôt que simplement au fait de se souvenir ou d’oublier de prendre un médicament. Les personnes ne parviennent pas à suivre leurs régimes de médicaments à cause d’un certain nombre de raisons intentionnelles ou non intentionnelles comme la préoccupation quant à l’efficacité d’un traitement prescrit, la peur d’effets secondaires négatifs, les méthodes de traitement incommodes, une mauvaise communication et un manque de confiance entre le médecin et le patient, l’absence de soutien social, le manque de motivation et la désinformation sur la façon d’utiliser un médicament.

Les chercheurs recommandent que les professionnels de la santé communiquent avec leurs patients en reconnaissant leur rôle dans le processus de prise de décision relative à leur traitement, qu’ils s’informent sur les convictions personnelles des patients et qu’ils prêtent attention à toutes les circonstances particulières qui pourraient les conduire à ne pas suivre les indications relatives à la prise de médicaments. Les stratégies pour atteindre cet objectif pourraient inclure l’éducation du patient, des régimes de médicaments simplifiés et un accès facile aux médicaments d’ordonnance et aux autres soins médicaux. Les patients peuvent faire partie de ce processus en maintenant une relation de confiance, mutuellement respectueuse, avec les professionnels de la santé et les fournisseurs de soins de santé.

Faites clairement savoir à votre médecin toutes les préoccupations que vous avez qui pourraient influer sur votre décision de continuer à suivre un régime de médicaments quelconque. Par exemple, si vous êtes inquiet au sujet d’un certain effet secondaire d’un nouveau médicament, peut-être fondé sur une information que vous avez lue sur Internet ou ailleurs, décrivez ce qui vous préoccupe à votre médecin pour qu’il puisse vous expliquer exactement pourquoi ce traitement spécifique est bon pour vous. C’est aussi une bonne idée d’expliquer votre plan de traitement à votre famille ou aux autres membres de votre cercle de soutien.

 

Le cas de Steve Jobs

Steve Jobs, le célèbre cofondateur et PDG d’Apple Inc., est décédé en 2011 d’un cancer. Bien que les médias décrivaient souvent sa maladie comme étant un cancer du pancréas, un type de cancer rare et normalement mortel, Jobs avait en fait un cancer neuroendocrine, un type de cancer très rare qui peut toucher différentes parties du corps. (Pour plus d’information sur les tumeurs neuroendocrines, veuillez consulter le bulletin The Inside Tract, numéro 178). Si les médecins découvrent les tumeurs neuroendocrines avant que le cancer ne se propage (métastase) à d’autres parties du corps qui sont plus difficiles à traiter, l’intervention chirurgicale peut souvent mener à la guérison. Les médecins ont tout d’abord diagnostiqué la maladie chez Jobs en 2003 au cours d’un examen abdominal de routine qui a révélé qu’il avait une tumeur dans son pancréas.3 Découvrant avec soulagement qu’il s’agissait d’un type de cancer potentiellement curable, son équipe médicale lui a recommandé de se faire opérer immédiatement pour enlever la tumeur, mais Jobs a refusé ce traitement durant neuf bons mois, préférant apporter des modifications à son régime alimentaire, lesquelles n’étaient pas fondées sur des preuves médicales. Il est impossible de savoir quelle différence ce délai de neuf mois a pu faire, mais, à un certain moment, le cancer de Jobs s’est propagé à d’autres parties de son corps y compris son foie et il est décédé de complications directement liées à son cancer.4

 

Les obstacles financiers qui empêchent l’adhésion

Une grande enquête canadienne menée auprès de 10 898 répondants de toutes les dix provinces indique que 9,6 % des Canadiens n’adhèrent pas au régime de médicaments qu’on leur a prescrit à cause des obstacles financiers auxquels ils font face.5 Dans l’enquête, les facteurs de non-observance comprenaient le fait de ne pas acheter un médicament prescrit, le fait de ne pas renouveler un médicament prescrit ou le fait d’essayer de prolonger le temps d’utilisation d’un médicament prescrit en en prenant de plus faibles doses ou des doses moins fréquentes que ce que le médecin avait prescrit.

Le plus grand groupe de gens n’adhérant pas à leur régime de médicament dû au coût était ceux ayant déclaré un revenu familial plus faible, une mauvaise santé, une maladie chronique et un manque de couverture de médicaments d’ordonnance. Les répondants qui n’avaient pas de couverture d’assurance pour les médicaments d’ordonnance étaient quatre fois plus susceptibles de déclarer une non-observance due au coût que ceux qui avaient une couverture. Ceux qui avaient deux maladies chroniques ou plus étaient 1,61 fois plus susceptibles de déclarer la non-observance due au coût que ceux qui n’avaient pas de problèmes de santé chroniques.

Les chercheurs étaient surpris de constater que le taux le plus élevé de la non-observance des régimes de médicaments due au coût était en Colombie-Britannique (le taux le plus bas était au Québec). Ils suggèrent que les taux plus élevés des franchises du régime d’assurance médicaments public en Colombie-Britannique et les niveaux plus élevés de dette chez les résidents de la Colombie-Britannique pourraient être des facteurs importants contribuant à cette situation. Les auteurs suggèrent que la clé pour réduire le fardeau que représentent les menues dépenses pour les médicaments d’ordonnance au Canada serait de changer les couvertures de polices d’assurance, ce qui mènerait à une augmentation de l’adhésion des patients, améliorerait la santé des Canadiens et réduirait les hospitalisations dues aux problèmes de santé aigus.

 

De nouveaux outils

L’information est la meilleure prescription (iMP) est un programme financé par Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada qui offre des outils gratuits pour aider les patients à faire un suivi de leurs antécédents médicaux et à suivre le régime de traitement prescrit par leur médecin. iMP a été conçu pour aider les patients à travailler mieux avec toute leur équipe de soins de santé, y compris les médecins, les pharmaciens et les autres professionnels de la santé qui leur donnent des soins, afin qu’en utilisant un outil iMP ils puissent garder une liste de médicaments à jour avec eux en tout temps.

L’outil le plus récent qu’iMP va déployer est la nouvelle application iPhone – MediCarnet – qui facilite le suivi pour les patients et leur permet de planifier la prise de leurs médicaments et autres traitements. Les patients peuvent partager les dossiers qu’ils accumulent à l’aide de MediCarnet avec leur famille, leur médecin et d’autres membres de leur équipe de soins de santé, le cas échéant. L’outil peut aussi envoyer des rappels aux patients quand il est temps de prendre une dose de médicaments et quand il est temps de renouveler leurs ordonnances.

Pour de plus amples renseignements sur l’application MediCarnet, pour des conseils pratiques sur la meilleure façon de suivre de près votre régime de traitement et pour des formulaires personnalisés et des livrets que vous pouvez télécharger et imprimer, consultez le site Internet : www.knowledgeisthebestmedicine.org.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 182 – 2012
1. Fenerty SD et al. The effect of reminder systems on patients’ adherence to treatment. Patient Preference and Adherence. 2012;6:127-35.
2. Vervloet M et al. The effectiveness of interventions using electronic reminders to improve adherence to chronic medication: a systematic review of the literature. Journal of the American Medical Association. April 25 2012 Available at http://jamia.bmj.com.ezproxy.library.ubc.ca/content/early/2012/04/12/amiajnl-2011-000748.long. Accessed 2012-07-09.
3. Elkind P. The Trouble with Steve Jobs. CNNMoney.com. 2008-03-05. Accessed 2012-02-24.
4. Wikipedia. Steve Jobs page. Available at http://en.wikipedia.org/wiki/Steve_Jobs. Accessed 2012-02-29.
5. Law MR et al. The effect of cost on adherence to prescription medications in Canada. CMAJ. 2012;184(3):297-302.