Bien que la raison pour laquelle nous devons dormir demeure essentiellement un mystère, nous savons que le sommeil est crucial au maintien d’une bonne santé. Un manque de sommeil peut nous laisser fatigués et léthargiques, influer sur notre humeur et notre appétit, nuire à notre concentration et même exacerber certaines maladies. Pour couronner le tout, de nouvelles recherches indiquent qu’un manque de sommeil, tout comme un sommeil excessif, peut accroître nos risques de développer la colite ulcéreuse (CU), une maladie inflammatoire chronique de l’intestin laquelle consiste en une ulcération fine de la muqueuse interne du gros intestin. La CU peut être une maladie dévastatrice; les personnes qui en sont atteintes peuvent souffrir de diarrhée, de saignements rectaux et de crampes abdominales.

Une étude bien connue, qui a suivi plus de 150 000 infirmières pendant plus de 30 ans, a trouvé que les femmes qui dormaient en moyenne six heures par nuit ou moins étaient légèrement plus susceptibles de développer la CU que les femmes qui dormaient de sept à huit heures chaque nuit.1 Encore plus alarmant, celles qui dormaient plus de neuf heures chaque nuit étaient environ deux fois plus susceptibles de développer la CU que celles qui dormaient une quantité d’heures idéale.

Les chercheurs ont été surpris de trouver que les habitudes de sommeil ne semblent avoir aucun impact sur les personnes atteintes de la maladie de Crohn (MC), un autre type de maladie inflammatoire de l’intestin qui peut toucher n’importe quelle partie du tractus gastro-intestinal. Les chercheurs soulignent qu’il existe un certain nombre d’autres différences entre les facteurs qui influent sur les taux de maladie et les traitements de la CU et de la MC. Par exemple, nous savons que la nicotine peut être bénéfique pour la CU, mais non pour la MC. Nous savons aussi qu’une réduction de l’apport en vitamine D accroît l’incidence de la MC, mais non de la CU.

Alors, pourquoi les personnes qui dorment trop ou pas assez sont-elles plus susceptibles de développer la CU? Puisque les recherches n’en sont qu’à leurs débuts, nous n’en sommes pas certains, mais les auteurs de l’étude ont quelques idées à ce sujet. Ils avancent que la perturbation du sommeil peut activer des cellules inflammatoires partout dans le corps, ce qui peut entraîner le développement de troubles inflammatoires. De plus, un sommeil excessif est souvent le résultat d’un sommeil de mauvaise qualité (il faut dormir plus longtemps lorsque le sommeil est constamment interrompu) et c’est ce sommeil de mauvaise qualité, lequel est reconnu pour favoriser l’inflammation, qui causerait les symptômes, et non le sommeil excessif. D’autres études, menées sur des souris, ont révélé qu’un manque chronique de sommeil peut aggraver la CU.

Il est clair que dormir suffisamment est essentiel. De nombreuses études ont montré qu’il existe une relation en U entre le sommeil et le développement de nombreuses autres maladies. Autrement dit, les personnes qui dorment trop ou pas assez sont bien plus à risque que les personnes qui dorment suffisamment (généralement de sept à huit heures chaque nuit). Ce phénomène se présente dans de nombreuses maladies et affections, notamment le cancer colorectal, la maladie du cœur, le diabète, l’obésité et la maladie mentale, ainsi que dans la mortalité générale.

Si vous avez des inquiétudes sur les effets qu’un manque de sommeil pourrait avoir sur vous, consultez votre médecin.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 192 – 2014
1. Ananthakrishnan AN. et al. Sleep Duration Affects Risk for Ulcerative Colitis: A Prospective Cohort Study. Clinical Gastroenterology and Hepatology. 2014;12:1879-86.