Un diagnostic de syndrome de l’intestin irritable, de colite ulcéreuse ou de maladie de Crohn est redouté par tous les patients. Il est bien angoissant d’apprendre que l’on est atteint d’une maladie chronique qui pourrait avoir des répercussions sur nous dans l’avenir prévisible, mais de plus, l’incertitude entourant les traitements ajoute à la crainte initiale.

Pour les gens qui connaissent un trouble aigu tel qu’une fracture à la suite d’un accident de voiture ou une pneumonie occasionnée par un virus, une chirurgie ou des produits pharmaceutiques confèrent généralement un soulagement immédiat et certain. En revanche le traitement des maladies chroniques, y compris celles du tractus gastro-intestinal (GI), est beaucoup plus complexe et incertain.

Naturellement, les médecins veulent soulager la douleur et maîtriser les symptômes désagréables de la maladie chez leurs patients et ceux-ci essaieront habituellement le remède recommandé par leur médecin. Après tout, qui ne veut pas se débarrasser d’un ballonnement excessif, de la constipation (ou de la diarrhée) ou de la sensation que ses intestins tentent de faire passer un fil de fer barbelé?

Bon nombre des traitements pharmacothérapeutiques que les médecins prescrivent n’arrivent pas à éliminer le problème; ils ne font que traiter les symptômes. Lorsque le patient répond favorablement aux médicaments, ceux-ci tiennent les symptômes en échec, parfois pour une courte durée, parfois beaucoup plus longtemps. Par contre si le patient ne répond pas bien au médicament prescrit, il pourrait connaître des effets secondaires désagréables, voire débilitants, et n’obtenir aucun soulagement de ses symptômes. Son médecin essayera donc un médicament différent qui pourrait mieux fonctionner, et au besoin, en essaiera un autre, et encore un autre.

Contrairement à un bras fracturé ou à une pneumonie, il n’existe pas de médicament universel que l’on puisse prendre selon les directives de façon à ce que notre médecin prononce quelques semaines ou quelques mois plus tard : « Votre maladie du tractus GI est guérie! » La plupart des médecins dont les patients présentent ce genre de maladie chronique, englobant le diabète de type II, la polyarthrite rhumatoïde et les maladies du cœur, ont comme objectif de contrôler les symptômes de la maladie en cause afin que les patients puissent vivre une vie riche et productive, exempte de douleur.

Bien que les patients soient reconnaissants des efforts déployés par leur médecin attentif et des bienfaits d’une pharmacothérapie avancée, le fait que dans bien des cas l’on ne fait que gérer les symptômes et non guérir la maladie chronique se révèle profondément insatisfaisant. N’existe-t-il pas un traitement curatif qui puisse faire en sorte que les symptômes de la maladie ne deviennent qu’un vilain souvenir et non une menace imminente?

Un tiers des Canadiens sont touchés par au moins une affection chronique1 et certains d’entre eux se tournent vers la médecine orientale dans l’espoir qu’elle puisse être bénéfique. La médecine traditionnelle chinoise (MTC) a de l’attrait puisqu’elle considère bien plus que les symptômes du patient. Au moyen d’une approche holistique, elle examine les caractéristiques physiologiques et psychologiques du patient pour essayer de déterminer la raison profonde de ses symptômes. Une fois que le praticien de MTC arrive à expliquer pourquoi le patient a le problème et comment celui-ci se manifeste, il offrira un traitement pouvant comprendre une combinaison d’exercices légers, une thérapie à base de plantes et de l’acuponcture. Puisque chaque patient est unique, la thérapie à base d’herbes et les traitements d’acuponcture sont personnalisés.2

Ces traitements et l’approche individualisée sont rassurants et réconfortants, mais la grande question est de savoir s’ils fonctionnent vraiment. Les essais sur la MTC menés dans l’Occident sont généralement peu concluants. Malgré cela, de nombreux patients qui cherchent avidement une guérison et qui apprécient l’approche individualisée de la médecine orientale se tournent vers la MTC.3

Heureusement, de nombreuses recherches en cours tentent de découvrir les liens entre la MTC et la médecine occidentale, et ce que chaque discipline peut apprendre de l’autre. Le Dr Joseph Sung de la Chinese University of Hong Kong, par exemple, est un chef de file mondial dans la recherche gastro-entérologique et il explore activement depuis de nombreuses années les façons par lesquelles les médecines chinoise et occidentale peuvent s’entraider.

Le Dr Sung n’est pas une Pollyanna. En 2003, il a personnellement travaillé aux premières lignes, en menant son équipe médicale dans la lutte contre le SRAS.4 Il reconnaît les bienfaits et les défis des deux approches à la médecine, mettant en garde contre « les divergences d’opinions entre la médecine complémentaire et la médecine occidentale » et « le manque réel ou perçu des preuves de l’efficacité »5 de la MTC. Il travaille activement à apporter certains des processus de mesure occidentaux à la MTC, surtout en ce qui concerne le traitement de maladies chroniques telles que les maladies du tractus GI. Sa recherche tente de déterminer si et comment l’étalon d’or occidental dans l’évaluation de recherches – l’étude à double insu – peut fonctionner dans les évaluations de la MTC. Le Dr Sung reconnaît également que l’innocuité, la qualité et l’efficacité des spécialités pharmaceutiques chinoises sont des préoccupations continues.

Le Dr Sung n’est pas seul dans sa recherche de l’intégration. Le Dr Jeffrey Bland, qui a fondé le Functional Medicine Institute dans l’état du Washington, est reconnu à l’échelle mondiale pour avoir créé « un nouveau modèle de médecine qui combine les connaissances occidentales modernes tirées des domaines de la biochimie et de la physiologie à l’ancienne sagesse chinoise qui repose sur des concepts d’équilibre et d’interdépendance de toutes choses ».6

Entre temps, les chercheurs augmentent leurs enquêtes sur le vaste et complexe microbiome. Les microbes individuels trouvés sur chaque personne sont dix fois plus nombreux que les cellules humaines. La variété de microbes est tellement vaste qu’il y a 100 fois plus de gènes microbiens qui exercent des effets sur le corps que le nombre de gènes humains. Les chercheurs veulent déterminer le rôle que joue le microbiome dans différentes maladies chroniques et ils commencent tout juste à comprendre les effets du microbiome sur le fonctionnement du système immunitaire. Des recherches novatrices étudient le lien entre le microbiome et le cerveau, y compris le lien entre la MII et la dépression.7,8

L’évaluation analytique rigoureuse de la MTC menée par le Dr Sung et d’autres chercheurs est une grande source d’encouragement pour les patients de l’Est et de l’Ouest. La recherche du Dr Sung commence à répondre aux questions des patients de l’Ouest qui désirent voir des données appuyant les traitements de la MTC qui sont prescrits et qui veulent savoir que ces derniers fonctionnent réellement. Entre temps, pour les patients désireux de trouver une approche holistique et individualisée à leur santé, il existe d’autres travaux de recherche qui commencent à indiquer où la MTC est plus efficace. Il est aussi encourageant de noter que l’exploration du lien entre les médecines occidentale et chinoise est axée sur les maladies du tractus GI.9


Kristin McCahon
Kristin McCahon est titulaire d’une maîtrise ès arts de l’université de la Colombie-Britannique. Elle s’intéresse depuis longtemps au domaine de la santé et aux causes des maladies.
Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 194 – 2015
1. AIIC Inf-fusion. Les maladies chroniques. Disponible à : https://inf-fusion.ca/fr/articles-de-fond/les-maladies-chroniques. Consulté le 2015-05-03.
2. Organic Themes. Irritable Bowel Syndrome: A Chinese Medicine Perspective. Disponible à : http://balfourhealing.com/?page_id=107. Consulté le 2015-05-03.
3. Vincent C et al. Why Do Patients Turn to Complementary Medicine? An Empirical Study. British Journal of Clinical Psychology. 1996;35:37-48.
4. Chinese University of Hong Kong. Biography for Professor Joseph J.Y. Sung, SBS, JP. Disponible à : http://www.cuhk.edu.hk/governance/officers/joseph-sung/english/biography.html. Consulté le 2015-05-14.
5. Zollman C et al. Herbal Medicine. British Medical Journal. 1999;319:1050.
6. Lipman F. Total Renewal. 8th ed. New York, NY: Penguin Group; 2003.
7. Major G et al. Irritable Bowel Syndrome, Inflammatory Bowel Disease and the Microbiome, Current Opinion in Endocrinology, Diabetes and Obesity. 2014;21(1):15-21.
8. Kennedy PJ et al. Irritable Bowel Syndrome: A Microbiome-Gut-Brain Axis Disorder? World Journal of Gastroenterology 2014;20(39):14105–25.
9. Sung JJ et al. Agreements among traditional Chinese medicine practitioners in the diagnosis and treatment of irritable bowel syndrome. Alimentary Pharmacology & Therapeutics. 2004;20(10):1205-10.