Nous avons déjà mentionné dans le passé la possibilité que le sucralose perturbe la muqueuse intestinale, et de ce fait, qu’il serait impliqué dans le développement de la maladie de Crohn chez les personnes susceptibles. Les édulcorants artificiels font encore une fois l’objet de critiques. Cette fois, les chercheurs croient qu’il est possible que les édulcorants artificiels modifient notre microbiote intestinal, causant une intolérance au glucose chez les personnes qui consomment ces produits.

Les gens consomment des édulcorants artificiels depuis plus d’un siècle afin de donner un goût sucré aux aliments et aux boissons sans ajouter les effets négatifs du sucre et d’autres édulcorants hypercaloriques. Les édulcorants artificiels ne coûtent habituellement pas cher, ne contiennent pas beaucoup de calories et sont perçus comme ayant des effets plus positifs sur le taux de glycémie. En théorie, ils seraient généralement plus sains que des édulcorants caloriques et constituent donc un additif alimentaire extrêmement courant partout au monde.

Dans l’étude en question, quelques semaines après avoir donné de l’eau, de l’eau contenant du sucre (soit du glucose ou du sucrose) ou de l’eau contenant un édulcorant artificiel à des souris en santé, les chercheurs ont observé des résultats intéressants.1 Les souris consommant un édulcorant artificiel ont développé une intolérance au glucose, mais les souris consommant du sucre ou tout simplement de l’eau, n’ont pas développé d’intolérance. Cette constatation est particulièrement intéressante du fait que les chercheurs ont utilisé trois différents types d’édulcorants artificiels : la saccharine, le sucralose et l’aspartame. Chacun de ces produits a entraîné une importante intolérance au glucose, la saccharine exerçant l’effet le plus marqué.

 

Qu’est-ce que l’intolérance au glucose?

L’intolérance au glucose se produit lorsque le corps développe une résistance à l’insuline. Puisque l’insuline est l’hormone qui signale aux cellules d’absorber le sucre (glucose) dans le sang, en présence d’une résistance à l’insuline, le glucose demeure en circulation dans le sang au lieu de nourrir les cellules. Cela peut éventuellement entraîner un diabète de type 2.

 

Qu’est-ce cela a à voir avec le microbiote intestinal? Les scientifiques continuent à dénicher plus d’informations sur les puissantes interactions entre les aliments que nous consommons et notre microbiote intestinal. Nous savons que des changements importants peuvent se produire lorsque l’on change l’environnement intestinal, par exemple lorsque l’on prend certains probiotiques ou antibiotiques ou même lorsque l’on consomme des prébiotiques, aliments qui encouragent la croissance de bactéries particulières.

Le tractus gastro-intestinal (GI) ne peut traiter les édulcorants artificiels de la même façon qu’il décompose et digère le sucre et autres aliments naturels. Cela signifie que les édulcorants artificiels demeurent intacts en s’acheminant dans le tube digestif supérieur, et rendus au côlon, ils exercent un effet sur les bactéries qui s’y trouvent. Le microbiote colique est un milieu complexe qui joue un rôle central dans la régulation de multiples processus physiologiques.2 Les chercheurs ont découvert que les édulcorants artificiels entraînaient une augmentation des bactéries du genre Bacteroides et une diminution du genre Clostridiales, ce qui d’après eux, pourrait avoir provoqué l’intolérance au glucose. Ils ont observé cet effet avec tous les types d’édulcorants artificiels, chez les souris minces et obèses, et chez celles dont le régime était normal ou riche en matières grasses, avec l’effet le plus prononcé constaté chez les souris consommant de la saccharine.

Pour confirmer l’hypothèse que des changements au microbiote intestinal étaient responsables du développement de l’intolérance au glucose, les chercheurs ont donné des antibiotiques aux souris. Cela a rétabli le taux de tolérance au glucose à un niveau semblable chez les souris de tous les groupes, peu importe si elles avaient consommé un édulcorant artificiel, du sucre ou tout simplement de l’eau. De plus, ils ont constaté qu’en effectuant une transplantation fécale à partir des souris qui consommaient des édulcorants artificiels aux souris qui consommaient du sucre, ils transféraient essentiellement l’intolérance au glucose aux souris nourries avec du sucre. Puisqu’une modification des bactéries intestinales activait ou désactivait la tolérance au glucose, les chercheurs ont conclu que les édulcorants exercent leur effet à ce niveau.

Cette étude soulève certainement des questions intéressantes sur l’innocuité des édulcorants artificiels et renforce les preuves qui s’accumulent selon lesquelles ces produits peuvent causer des problèmes au niveau de notre tractus GI. Ce sujet doit être examiné davantage, plus précisément au moyen d’études chez les humains.

 

Un virus qui infecte des bactéries

Nous en avons encore beaucoup à apprendre sur les microorganismes qui colonisent les intestins. Les scientifiques ont récemment découvert un virus nommé CrAssphage, qui infecte des bactéries (Bacteroidetes, plus précisément) présentes dans le tube digestif d’environ la moitié de la population humaine. Puisque l’on retrouve ce virus dans tous les groupes de la population, les chercheurs avancent qu’il doit être ancien. CrAssphage n’est pas présent chez les nouveau-nés et il est donc probablement acquis par l’exposition à l’environnement.3


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 192 – 2014
1. Suez J et al. Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota. Nature. 2014;514:181-6.
2. Clemente, J. C., et al. The impact of the gut microbiota on human health: an integrative view. Cell 148, 1258–1270 (2012).
3. Sci-News. CrAssphage: Previously Unknown Ancient Gut Virus Lives in Half World’s Population. Available at: http://www.sci-news.com/biology/science-crassphage-previously-unknown-ancient-gut-virus-02098.html. Accessed 2014-12-05.