Votre affection GI a-t-elle un effet sur vos os?

Par Gwen Ellert, B. Sc. inf., M. Ed., IA

L’ostéoporose est une maladie des os caractérisée par une faible densité osseuse et une détérioration de la qualité (solidité) osseuse, qui peut entraîner un risque accru de fracture. La perte osseuse se produit lentement sur plusieurs années. Encore insuffisamment reconnues et traitées, les fractures osseuses attribuables à l’ostéoporose sont plus courantes que l’ensemble des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des cancers du sein.

Au cours de leur vie, au moins une femme sur trois et un homme sur cinq subiront une fracture en raison de l’ostéoporose. Les endroits les plus fréquemment touchés par la perte osseuse sont l’avant-bras, la colonne vertébrale, la hanche, le haut du bras et l’épaule. La santé des os n’est pas considérée comme un « soin urgent » et est rarement abordée lors d’une visite chez le médecin, même après une fracture. Malheureusement, des statistiques d’Ostéoporose Canada indiquent que 28 % des femmes et 37 % des hommes qui subissent une fracture de la hanche mourront dans l’année qui suit.

Affections GI qui influent sur les os

De nombreuses affections gastro-intestinales ont été associées à une faible densité osseuse et à l’ostéoporose. Les recherches indiquent que les fractures osseuses (os brisés) sont presque deux fois plus courantes chez les personnes ayant reçu un diagnostic clinique de maladie cœliaque que chez celles qui ne souffrent pas de cette affection. En outre, l’incidence des fractures chez les personnes atteintes de la maladie inflammatoire de l’intestin est 1,4 fois plus élevée que chez la population générale. Le risque de fracture est environ 1,2 fois plus élevé chez les patients ayant subi une chirurgie bariatrique.

D’autres informations sur les os

L’os est un tissu vivant qui se forme et se résorbe tout au long de la vie selon un processus appelé remodelage osseux. Le développement et le maintien du tissu osseux se font par l’entremise d’une bonne nutrition et d’activités de renforcement des os dès un jeune âge. Le corps gagne plus de masse osseuse qu’il en perd jusqu’à environ l’âge de 16 à 20 ans chez les femmes et de 20 à 25 ans chez les hommes, moment où la masse osseuse maximale (ou pic) est atteinte. Comme pour la gestion de notre premier compte bancaire, nous voulons déposer autant d’argent (tissu osseux) que possible pour notre avenir. Nous ne pouvons effectuer des dépôts à notre « compte bancaire osseux » que jusqu’au moment où notre « masse osseuse maximale » est atteinte. Notre masse osseuse demeure stable jusqu’à la mi-trentaine, après quoi nous devons vivre sur ce que nous avons déposé (formé). Notre solde commence alors à changer et nous retirons plus d’os que nous n’en formons ou n’en déposons.

L’ostéoporose primaire est une perte osseuse liée à la génétique (ADN des parents), à l’âge ou à des facteurs ménopausiques. La génétique peut être responsable pour autant que 60 à 80 % de la perte osseuse. La perte liée à l’âge commence naturellement à un rythme de 0,5 à 1 % par an après la mi-trentaine, c’est-à-dire après que les os ont atteint leur masse osseuse maximale et se sont stabilisés. Chez les femmes, une perte osseuse rapide de 1,5 à 3 % par an se produit pendant cinq ou six ans dans la période entourant le début de la ménopause, puis elle ralentit progressivement, se stabilisant à 1 % par an.

Un homme sur quatre de plus de 50 ans subira une fracture liée à l’ostéoporose. L’hypogonadisme, ou un faible taux de testostérone chez les hommes, est notamment un facteur de risque d’ostéoporose.

L’immobilité, la maladie ou les médicaments sont des causes secondaires de perte osseuse ou d’ostéoporose. Des affections telles que la maladie cœliaque et la maladie de Crohn peuvent entraîner une malabsorption du calcium, de la vitamine D et d’autres nutriments, tandis que des médicaments tels que la prednisone et les inhibiteurs de l’aromatase (médicaments utilisés dans le traitement du cancer du sein chez les femmes ménopausées et pour la gynécomastie chez les hommes) peuvent avoir un effet sur les os à tout âge. Ces situations nécessitent la prise de mesures plus importantes en vue d’atteindre une masse osseuse maximale et protéger la santé des os avec l’âge.

F3D3™ : Évaluation rapide des risques de fracture

F3D3™ est un outil d’auto-évaluation rapide de la santé osseuse. Si vous répondez OUI à au moins une des questions, veuillez en discuter avec votre fournisseur de soins de santé lors de votre prochaine visite.

Fracture

Avez-vous raccourci de 6 cm/2,5 po par rapport à votre taille maximale ou de 2,5 cm/1 po au cours des trois dernières années? Une perte de taille peut signaler une fracture vertébrale (de la colonne vertébrale).

Vous êtes-vous cassé un os à la suite d’un faible traumatisme après l’âge de 45 ans?

Chutes

Êtes-vous âgé de plus de 65 ans et avez-vous eu plus d’une chute au cours de la dernière année? Plus d’une chute au cours des 12 derniers mois augmente le risque de fracture.

Antécédents familiaux

L’un de vos parents a-t-il eu une posture voûtée ou s’est-il fracturé une hanche? La génétique peut représenter jusqu’à 80 % du risque d’ostéoporose.

Mode de vie/Régime alimentaire

Avez-vous consommé moins de calcium et de vitamine D que l’apport nutritionnel et l’apport en suppléments nutritionnels recommandés pour une journée? Consommation quotidienne totale de calcium (régime alimentaire plus supplément) requise selon l’âge : 4 à 8 ans, 800 mg; 9 à 19 ans, 1 300 mg; 20 à 50 ans, 1000 mg; plus de 50 ans 1 200 mg

Avez-vous été exposé au soleil moins que 10 à 15 min/jour, sans crème solaire, bras et jambes exposés au soleil, sans avoir pris le supplément de vitamine D recommandé? Apport quotidien de vitamine D requis : moins de 50 ans, 600 U.I. à 1 000 U.I.; plus de 50 ans, 800 U.I. à 2 000 U.I.

Avez-vous fait moins d’exercice que la quantité recommandée : 150 minutes par semaine ou 30 minutes par jour, cinq fois par semaine, d’exercice modéré? Cela doit comprendre des exercices avec mise en charge et des exercices de résistance/musculation.

Fumez-vous?

Avez-vous bu plus d’alcool que l’équivalent de deux verres de vin par jour?

Maladies

Souffrez-vous d’une maladie pouvant entraîner une perte osseuse (p. ex., la maladie de Crohn ou la maladie cœliaque, la polyarthrite rhumatoïde, l’alcoolisme, une maladie du foie, le diabète ou l’anorexie mentale)?

Avez-vous subi une chirurgie bariatrique?

Médicaments

Prenez-vous des médicaments susceptibles d’augmenter votre risque de perte osseuse (p. ex., glucocorticoïdes [prednisone], médicaments de réglage des hormones thyroïdiennes ou inhibiteurs de la pompe à protons [IPP])?

Prenez-vous un médicament susceptible d’augmenter votre risque de chute (p. ex., somnifères, médicaments pour la tension artérielle ou des analgésiques)?

Évaluation plus poussée

Outre votre âge, votre sexe et les questions comme celles figurant ci-dessus, une évaluation clinique peut comprendre une évaluation de votre densité osseuse et de la qualité (solidité) de vos os, ainsi que des tests de laboratoire.

Un examen de la densité minérale osseuse (DMO) est une procédure non invasive qui mesure la quantité osseuse dans une zone définie des os. Ce test est le plus souvent réalisé à l’aide d’un appareil d’absorptiométrie biénergétique à rayons X (DXA). Les résultats sont présentés sous la forme d’un score T ou d’un score Z, selon l’âge et le sexe.

Un score T est le nombre d’écarts types (ET) de votre densité minérale osseuse se trouvant au-delà ou en dessous de celle d’une personne moyenne du même sexe à l’âge de 30 ans. Pour chaque ET en dessous de la moyenne, votre risque de fracture double. Vos résultats indiqueront si votre densité osseuse est normale ou faible, ou si vous souffrez d’ostéoporose.

Un score Z est utilisé pour les enfants, la plupart des femmes non ménopausées et les hommes. Il ne peut pas être comparé à un score T. Le score Z établit une comparaison avec une personne moyenne de votre âge, s’avérant utile seulement s’il existe suffisamment de données. Un score Z de -2,0 ET ou moins est défini comme inférieur à la plage attendue en fonction de l’âge et un score Z supérieur à -2,0 ET se situe dans la plage attendue en fonction de l’âge.

L’outil FRAX™ mesure la qualité des os sans utiliser de procédure invasive et constitue l’outil d’évaluation du risque de fracture sur 10 ans le plus courant à l’échelle internationale. Il est plus fiable lorsqu’il est effectué et interprété par un professionnel qui est conscient des nuances que comporte chaque question.

Un autre outil d’évaluation du risque de fracture sur 10 ans porte le nom de CAROC (créé par l’Association canadienne des radiologistes et Ostéoporose Canada) et utilise une base de données spécifique à la population canadienne. Un score T de la DMO du col du fémur obtenu par DXA est requis pour procéder à l’évaluation.

Ces outils peuvent être utilisés chez les patients n’ayant pas reçu de traitement sur ordonnance contre l’ostéoporose. Tous deux sont disponibles gratuitement en ligne. FRAX™ évalue le risque d’une fracture ostéoporotique majeure (en pourcentage), tandis que CAROC est conçu pour prédire si vous courez un risque faible, modéré ou élevé de subir une fracture de fragilisation dans les 10 prochaines années.

Enfin, en fonction de vos choix de vie et de vos antécédents médicaux, votre médecin pourrait utiliser des tests biochimiques ou de laboratoire pour exclure une cause secondaire de perte osseuse, telle qu’une carence en calcium et en vitamine D, des problèmes liés aux parathyroïdes ou à la thyroïde, ou un faible taux d’hormones sexuelles.

L’avenir

La bonne nouvelle, c’est que pour bon nombre de personnes, le processus de perte osseuse peut être ralenti ou parfois inversé par l’entremise de changements au mode de vie, ainsi que de thérapies non pharmaceutiques et pharmaceutiques.

Les recherches sur les personnes atteintes de la maladie cœliaque montrent qu’après avoir suivi un régime strict sans gluten pendant un an, la perte osseuse peut ralentir. En cas de maladie inflammatoire de l’intestin, il est utile de travailler avec votre spécialiste pour établir une stratégie favorisant l’absorption adéquate de calcium, de vitamine D et d’autres nutriments essentiels à la protection de vos os. Si vous envisagez une chirurgie bariatrique, discutez avec votre médecin d’un plan de santé osseuse pour vous assurer d’obtenir un apport et une absorption nutritionnels optimaux. Tous nécessitent un programme d’exercice approprié et régulier, qui comprend des exercices avec mise en charge et des exercices de résistance. Si un régime alimentaire, de l’exercice et des changements de mode de vie appropriés sont insuffisants, il existe de nombreuses options de médicaments éprouvés que vous pouvez envisager pour vous aider à conserver des os solides pour le reste de votre vie.

La Société GI vous encourage à discuter avec votre médecin de votre génétique, de vos facteurs de risque liés à l’âge, de nutrition, d’exercice et d’un plan de santé osseuse approprié, en particulier si vous êtes à haut risque d’une future fracture.

Gwen Ellert, M. Ed., B. Sc. inf., IA

Conseillère et éducatrice, Gwen a écrit et publié le live à succès The Arthritis Exercise Book, qui a également fait l’objet d’ateliers et de vidéos, dans le but d’aider les personnes souffrant d’arthrite à profiter pleinement de leur vie. À la suite du succès du Arthritis Exercise Book, elle a coécrit deux éditions du livre The Osteoporosis Book avec le Dr John Wade, rhumatologue, ces éditions ayant toutes deux été approuvées par Ostéoporose Canada. Les troisième et quatrième éditions ont été publiées en collaboration avec le Dr Wade et le Dr Alan Low, pharmacien, et s’intitulent The Osteoporosis Book: Bone Health. Ce livre est actuellement utilisé dans le cadre du programme de pairs éducateurs de l’American Bone Health. La formation de Gwen en soins infirmiers et en promotion de la santé, ainsi que son expérience de la gestion de la polyarthrite rhumatoïde, de l’ostéoporose et de la maladie cœliaque, affections dont elle est personnellement affligée, font d’elle une ardente défenseure des troubles squelettiques. Elle a cofondé un chapitre de la Rheumatology Nurses Society et elle est constamment sollicitée pour animer des conférences et des ateliers. Elle est également membre du conseil d’administration de la Société canadienne de recherche intestinale.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 217 – 2021