Le cancer colorectal (CCR) est la deuxième principale cause de décès par cancer en Amérique du Nord après le cancer du poumon. On estime que 6 % des Canadiens développeront un CCR, la moitié d’entre eux demeurant asymptomatiques jusqu’à ce que la maladie atteigne un stade avancé. Le CCR se développe habituellement à partir d’adénomes bénins appelés polypes qui peuvent être facilement décelés et retirés par un médecin lors d’une colonoscopie. Il peut prendre de dix à quinze ans pour qu’un polype se transforme en cancer. Puisque le cancer colorectal peut être aisément traité lorsqu’il est détecté à un stade précoce, le dépistage des polypes et leur excision lors d’une colonoscopie peuvent dramatiquement améliorer les résultats obtenus auprès des patients. Les médecins diagnostiquent le CCR chez près de 19 200 patients chaque année au Canada et 8 400 décèderont de la maladie.

Malheureusement, seulement un Canadien sur cinq subira l’important test de dépistage. L’idée d’une colonoscopie peut être redoutable pour les patients qui se souviennent des « histoires d’horreur » de colonoscopies douloureuses d’autrefois pratiquées avec des instruments moins flexibles et de plus grande taille; pour d’autres, il est tout simplement trop gênant de penser aux problèmes liés aux intestins et d’en parler. Heureusement, grâce à la technologie moderne, la colonoscopie est maintenant une procédure nettement plus confortable et il est plus socialement acceptable de nos jours de discuter de troubles médicaux, tels que les habitudes intestinales, que dans le passé.

 

Comment le CCR est-il détecté?

Le dépistage est un terme qui décrit les tests et les examens réguliers qu’effectuent les médecins chez les personnes qui ne démontrent aucun signe d’une maladie. Ces personnes sont peut-être plus susceptibles de développer une maladie parce qu’elles ont des facteurs de risque élevés. Il existe de nombreux débats quant à l’étendue du dépistage de polypes et du CCR devant s’effectuer chez la population générale et les moyens utilisés pour le faire.

Au Canada, il existe de nombreux outils de dépistage pouvant être utilisés par votre médecin pour déterminer si un CCR est en voie de développement. Les chercheurs continuent de trouver des façons de détecter le CCR et de prédire sa présence éventuelle, entre autres en étudiant l’ADN du patient pour la présence de marqueurs génétiques connus qui le rendrait plus susceptible de développer un CCR. Certains des tests actuels les plus courants sont décrits ci-dessous, l’intervalle recommandé pour le déroulement de ces tests étant indiqué entre parenthèses pour toutes les personnes de plus de 50 ans n’ayant pas d’antécédents familiaux de CCR. Celles chez qui les facteurs de risque sont plus élevés doivent subir un dépistage plus fréquent.

 

Test de recherche de sang occulte dans les selles

Dans le cadre de ce test, le patient fournit trois échantillons consécutifs de selles qui sont examinées pour la présence de sang caché. Si du sang est détecté, votre médecin demandera des tests additionnels. (tous les deux ans) et

 

Sigmoïdoscopie par tube souple

Lors de cette procédure, un médecin insère un tube souple muni d’une minuscule caméra dans la partie inférieure du côlon par le rectum. En visualisant la surface de la muqueuse du côlon inférieure, le médecin peut prélever une petite quantité de tissu (biopsie) à des endroits précis qui sera par la suite examiné en laboratoire, ou il peut retirer des polypes entiers. Le patient ne requiert pas de sédation. Puisqu’on accède à seulement la partie inférieure du côlon à l’aide de ce test, on ne peut exclure tous les endroits possibles pour la présence d’anomalies. (tous les cinq ans) ou

 

Test de recherche de sang occulte dans les selles et sigmoïdoscopie par tube souple

Voir les détails ci-dessus. (en combinaison, tous les cinq ans) et

 

Lavement baryté en double contraste

Ce test consiste en la prise d’une série de radiographies à rayon X du rectum et de la partie inférieure des intestins, c.-à-d. le côlon, donnée après que le patient ait reçu un lavement avec une solution blanche et crayeuse contenant du baryum. Le contraste offert par la solution sur la radiographie permet aux médecins de visualiser la présence de polypes ou d’anomalies dans le côlon. L’introduction d’air dans le côlon en même temps que l’agent de contraste baryté définit davantage les structures du côlon et du rectum, fournissant donc un double contraste. Votre médecin demandera peut-être des tests additionnels selon les résultats de la radiographie barytée. (tous les cinq ans)

 

Colonoscopie

Lors de cette procédure un médecin insère un mince tube souple muni d’une minuscule caméra dans le côlon par le rectum. Cette procédure se déroule habituellement en consultation externe, souvent dans un hôpital. Comme dans le cas de la sigmoïdoscopie, en visualisant la surface de la muqueuse de tout le côlon, le médecin peut prélever une petite quantité de tissu (biopsie) à des endroits précis qui sera par la suite examiné en laboratoire, ou il peut retirer des polypes entiers. Une légère sédation rend la procédure plus confortable pour le patient. (tous les dix ans)

 

Quel test me convient?

De ces tests courants, la colonoscopie est la façon la plus précise de détecter les polypes ou le CCR et elle permet de retirer immédiatement la plupart des polypes. Les patients peuvent choisir de regarder la procédure à un écran vidéo. Cette procédure prend habituellement entre 10 à 20 minutes. Le rétablissement est rapide et normalement absent de douleur.

Chez les patients atteints de MII et les personnes chez qui le risque est élevé, une colonoscopie fournit la meilleure garantie que le côlon est exempt de cancer. D’autres tests pour le dépistage du CCR sont moins fiables, mais peuvent être acceptables chez les personnes qui ne sont pas considérées à risque élevé. Les intervalles pour les tests de dépistage décrits ci-dessus sont plus fréquents lorsque le risque est accru. Votre médecin déterminera l’intervalle qui vous convient.

Nos voisins américains sont encouragés par les décideurs en matière de soins de santé de subir une colonoscopie sans égard à la probabilité individuelle de développer un CCR. Cependant, la politique canadienne envers les patients à risque moyen est ambivalente, probablement parce que nous n’avons pas la capacité d’effectuer le nombre de colonoscopies requises. Dans le cas des personnes chez qui le risque de développer un CCR est supérieur à la moyenne, les médecins recommandent un dépistage par colonoscopie. Les personnes qui remarquent du sang dans leurs selles ou qui éprouvent d’autres symptômes liés aux intestins doivent bien sûr le signaler immédiatement à leur médecin.

 

Qui devrait subir des tests de dépistage?

L’Association canadienne de gastroentérologie et les lignes directrices de la Fondation canadienne de la santé digestive recommandent que :

  • Les personnes atteintes d’une MII chronique (maladie de Crohn colique ou colite ulcéreuse) devraient subir un dépistage une fois par année ou aux deux ans lorsqu’elles souffrent de la maladie depuis une période de huit à dix ans.
  • Les personnes dont un membre de la famille au premier degré (parent, frère ou sœur) a reçu un diagnostic de CCR avant l’âge de 60 ans ou dont multiples parents sont touchés devraient subir un dépistage tous les cinq ans. Le premier dépistage devrait se produire dix ans avant l’âge auquel le parent a reçu le diagnostic ou à l’âge de 40 ans, selon la première éventualité.
  • Les personnes ayant trois parents ou plus qui sont touchés ou un parent de premier degré touché avant l’âge de 40 ans, devraient recourir au conseil génétique et possiblement à des tests génétiques pour déceler des maladies héréditaires précises qui augmentent le risque de CCR et qui peuvent exiger un dépistage plus intensif.
  • Les personnes n’ayant aucun facteur de risque devraient considérer un dépistage quelconque à partir de l’âge de 50 ans; il pourrait s’agir d’une colonoscopie tous les dix ans, d’un test de recherche de sang occulte dans les selles une fois par année ou aux deux ans ou d’autres options pouvant être discutées avec leur médecin.
  • Il faut se souvenir qu’une colonoscopie sous des mains expertes n’est habituellement pas douloureuse. En fait, la plupart des patients disent que la partie la plus désagréable de la procédure est la préparation. Bien qu’il soit vrai que les effets secondaires de certains médicaments de préparation sont désagréables, un produit plus récent pourrait mieux vous convenir.

 

Préparation à la colonoscopie

Savoir à quoi s’attendre peut aider à dissiper les craintes et à soulager l’inconfort.

La préparation à la colonoscopie est synonyme d’un côlon propre. La capacité du médecin à voir l’intérieur de votre côlon dépend de la mesure dans laquelle le côlon est vidé de selles. Si votre gros intestin n’est pas entièrement propre, les résultats des tests risquent de ne pas être précis. Les exigences précises pour la préparation à la colonoscopie peuvent être différentes de celles décrites ci-dessous puisque certains hôpitaux ou cliniques effectuant des colonoscopies peuvent avoir des exigences très particulières. Assurez-vous de suivre les instructions précises qui vous sont données par votre médecin.

Afin de nettoyer votre côlon, votre médecin vous demandera de faire l’achat d’un purgatif (médicament qui entraînera l’évacuation du contenu de vos intestins) à la pharmacie qui devra être pris la journée avant votre colonoscopie. En plus de prendre un purgatif, vous devez vous limiter à une diète de liquides clairs et règle générale, vous devez rester à proximité des toilettes. Votre médecin pourrait aussi vous aviser de changer la façon dont vous prenez certains de vos autres médicaments dans les journées précédant la procédure.

Il y a plusieurs différents types de purgatifs. Ils sont tous des agents osmotiques qui attirent de l’eau du corps pour l’apporter dans les intestins. Ils sont sécuritaires et efficaces lorsqu’ils sont utilisés chez les patients appropriés et selon les instructions, mais la tolérance varie d’un patient à l’autre. Si un patient tolère mal un purgatif, ses effets peuvent ne pas être complets, et le côlon peut ne pas être suffisamment propre pour permettre un examen approfondi.

Un purgatif couramment utilisé est le polyéthylèneglycol (PEG). Bien qu’il soit disponible en quatre différentes saveurs qui déguisent le goût salé (Colyte®, PegLyte®, Golytely®, Klean-Prep®), il faut boire quatre litres de la solution, ce qui est son plus important désavantage puisque cela est souvent trop pour le patient.

Avec le purgatif phospho-soda (Fleet®, PMS phosphate solution®), les patients doivent boire deux bouteilles de la solution diluée dans trois verres de liquide (unité) prises à 24 heures d’intervalle. Bien qu’efficace, le goût et les effets secondaires (peuvent comprendre une diarrhée soudaine, des crampes abdominales, des nausées et des vomissements) ne sont pas tolérés par tous. Les médecins avisent parfois leur patient de consommer des boissons de remplacement électrolytique (p. ex., Gatorade®) pour combattre la déshydratation, la perte d’électrolytes et l’insuffisance rénale qui pourraient se produire.

Près d’un tiers des patients n’ayant pu tolérer leur préparation intestinale la première fois ne procéderont pas à une prochaine colonoscopie. Cette situation décourageante pourrait changer avec la disponibilité d’un nouveau purgatif appelé Pico-Salax® (oxyde de magnésium, acide citrique, picosulfate de sodium), qui reçoit déjà des commentaires positifs des patients. Pico-Salax® est le seul purgatif à action double, c’est-à-dire qu’il fonctionne de deux façons (osmotique et stimulant) et il est mieux toléré par l’organisme. Le stimulant aide davantage aux intestins à éliminer les matières fécales. Des études cliniques ont démontré que les patients le tolèrent mieux que d’autres préparations et connaissent moins d’effets secondaires. Son goût est agréable et selon certains il est semblable au Tang® ou à une limonade sûre; de plus son volume est raisonnable (un verre de 5 oz, deux fois au cours de la journée). Il est cependant important de boire au moins quatre à six grands verres d’eau ou de liquide clair après chaque dose de 5 oz. Pico-Salax® est également le seul purgatif qui peut être utilisé de façon sécuritaire chez les enfants d’un an et plus.

Lors de la préparation intestinale, buvez beaucoup de liquides clairs (si vous pouvez y voir à travers, vous pouvez le boire) pour empêcher la déshydratation et pour aider à complètement vider votre côlon; ne mangez aucun aliment solide. Arrêtez de boire des liquides clairs trois heures avant la colonoscopie. Souvenez-vous de rester près des toilettes. On vous donnera probablement un sédatif avant la colonoscopie, donc vous devrez vous faire conduire à la maison après la procédure.

Le meilleur moyen de prévenir le cancer colorectal est de subir un dépistage au moment propice et à l’aide du bon test. Cela pourrait être la meilleure chose que vous aurez jamais faite!

 

Facteurs de risque du CCR

Les facteurs suivants posent un risque accru de développer un CCR :

  • Diagnostic antérieur de polypes ou d’un CCR au stade précoce
  • Antécédents familiaux de CCR ou de polypes
  • Maladie inflammatoire de l’intestin (MII) de longue date
  • Antécédents familiaux de cancers utérin ou ovarien chez de jeunes parents ou chez plusieurs parents.
  • Âgé de 50 ans ou plus

 

Premiers signes avertisseurs du CCR

  • Présence de sang dans ou sur les selles (soit une couleur rouge vif ou très foncée)
  • Changement persistant des habitudes intestinales normales sans raison apparente, comme de la diarrhée, de la constipation ou les deux
  • Crampes fréquentes ou constantes qui durent plus de quelques jours
  • Selles plus étroites que d’habitude
  • Malaises abdominaux persistants ou récurrents, ballonnements, plénitude ou crampes
  • Envie fréquente ou continue de vider ses intestins, mais avec seulement une légère évacuation de selles
  • Sensation que les intestins ne se vident pas complètement
  • Perte de poids inexpliquée
  • Fatigue constante

 


Remarque : De nombreuses personnes recevant un diagnostic de CCR n’ont jamais connu de symptômes ou de premiers signes avertisseurs.