De l’aide pour les enfants présentant un surpoids

L’équilibre entre les différentes espèces de bactéries dans les intestins peut influer sur la santé de nombreuses façons que nous commençons à peine à découvrir. La plupart d’entre nous reconnaissent que l’introduction de certaines bactéries néfastes peut causer des maladies telles que la gastroentérite. Toutefois, des changements plus subtils de l’équilibre microbien peuvent avoir un effet sur des aspects de la santé qui ne semblent pas liés, comme la maladie mentale et l’obésité.

De nombreuses compagnies offrent des produits contenant des probiotiques (bactéries bénéfiques pour la santé) comme option de traitement pour une vaste gamme de maladies. Cependant, la consommation de probiotiques n’est pas la seule façon d’apporter des modifications au niveau des bactéries intestinales. Notre alimentation (aliments consommés et non consommés) peut avoir un impact important sur les types de bactéries qui prolifèrent dans notre tractus intestinal. Suivre un régime occidental type – riche en sucre raffiné et en gras et pauvre en légumes – peut augmenter la quantité de bactéries pathogènes dans l’intestin. Inversement, un régime riche en fibres peut accroître la quantité de bactéries bénéfiques et diminuer la quantité de bactéries nocives telles qu’E. coli.1

Les prébiotiques sont des aliments qui nourrissent les probiotiques déjà présents dans notre intestin, contribuant à la prolifération de ces bactéries bénéfiques. Le type de prébiotique le plus courant est un fructo-oligosaccaride appelé inuline, un type de glucide complexe. Parmi les sources alimentaires courantes d’inuline, on retrouve les topinambours, les asperges, les poireaux, les tomates, les oignons, l’ail, les bananes, les grains entiers et la racine de chicorée. Cependant, l’inuline est aussi disponible sous forme de supplément (Benefibre® et marques de magasin).

L’obésité infantile influe sur la santé de bien des façons et peut accroître le risque de plusieurs maladies digestives, dont le reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique, la stéatose hépatique non alcoolique, le syndrome de l’intestin irritable et la dyspepsie fonctionnelle.2

En 2017, une équipe d’experts de l’Alberta a publié une étude sur les effets de prébiotiques sur les enfants obèses ou ayant un surpoids.3 Les experts ont constaté que l’administration de suppléments prébiotiques aux enfants les aidait à perdre du poids, en raison de la manipulation de leur microbiome.

Les auteurs ont mené un essai unicentrique à double insu, contrôlé par placebo, auprès de deux cohortes distinctes à l’Université de Calgary. Les participants étaient des enfants âgés de 7 à 12 ans qui présentaient un surpoids ou étaient obèses, mais étaient autrement en bonne santé. Les enfants ont été désignés de façon aléatoire pour recevoir soit 8 grammes d’inuline enrichie d’oligofructose (un prébiotique), soit un placebo de maltodextrine, les deux ayant la même valeur calorique, et ce, chaque jour pendant 16 semaines.

À la fin de l’essai, les enfants ayant pris le prébiotique avaient pris une quantité saine de poids typique pour leur âge, mais les enfants ayant pris le placebo avaient accumulé une quantité de graisse nettement supérieure à la quantité considérée comme idéale. Un enfant en santé se trouvant dans le groupe d’âge étudié devrait prendre environ 2 ou 3 kg par année. Selon les projections des chercheurs, les enfants ayant pris le prébiotique étaient sur la bonne voie pour prendre 3 kg au cours d’un an, tandis que les enfants ayant pris le placebo auraient probablement pris 8 kg au cours d’un an, chiffre sensiblement plus élevé qu’il ne devrait l’être.

Les enfants ayant pris le prébiotique ont aussi tiré d’autres bienfaits, entre autres une diminution des taux de triglycérides, une perte de graisse abdominale et une augmentation importante des bactéries bénéfiques du genre Bifidobacterium dans le tractus gastro-intestinal.

Une autre étude menée par les mêmes chercheurs a découvert qu’un supplément prébiotique contribuait à accroître la satiété chez les enfants obèses ou ayant un surpoids, de façon à ce que les enfants étaient moins enclins à trop manger pendant un déjeuner au buffet.4

Bien que les résultats de cette étude soient intéressants, des recherches additionnelles seraient requises pour déterminer si les prébiotiques constituent un outil de gestion du poids efficace pour les enfants. Toutefois, les aliments qui contiennent des prébiotiques sont peu couteux et sont nutritifs, donc il n’y a aucun danger à encourager les enfants obèses ou présentant un surpoids à consommer davantage de ces aliments.


Publié pour la première fois dans le bulletin Du coeur au ventreMC numéro 202 – 2017
1. Brown K et al. Diet-Induced Dysbiosis of the Intestinal Microbiota and the Effects on Immunity and Disease. Nutrients. 2012;4(8): 1095–1119.
2. Rajindrajith S et al. Obesity and Functional Gastrointestinal Diseases in Children. Journal of Neurogastroenterology and Motility. 2014;20(3):414–416.
3. Nicolucci AC et al. Prebiotic Reduces Body Fat and Alters Intestinal Microbiota in Children With Overweight or Obesity. Gastroenterology. 2017;pii:S0016-5085(17)35698-6.
4. Hume MP et al. Prebiotic supplementation improves appetite control in children with overweight and obesity: a randomized controlled trial. The American Journal of Clinical Nutrition. 2017;105(4):790-799.